La garde impériale à Waterloo

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              « Pendant quinze ans, la Garde impériale n’a peut-être pas donné quinze fois dans les grandes batailles de Napoléon, mais elle était là, l’ennemi ne l’ignorait pas ; cela suffisait. »
                                                                  Émile Marco de Saint-Hilaire[1]

Généralités

Aux origines

La garde de la Convention

Au mois de septembre 1792, le Comité de Salut public estima qu’il serait utile que la représentation nationale disposât d’un corps militaire destiné à assurer sa défense et présenta un projet de décret en ce sens à la Convention qui le vota le 14 mars 1793. Six semaines après, la commission qui avait été chargée de constituer cette unité avait fini ses travaux et les officiers désignés pour la commander se présentaient à la barre de l’assemblée pour prêter serment. Aussitôt, le nouveau corps de troupe releva les postes de garde jusqu’alors tenus par la garde nationale parisienne dans et autour des locaux occupés par la Convention aux Tuileries. La Garde conventionnelle était composée de quatre compagnies en un seul bataillon, avec sapeurs, tambours et corps de musique. Elle comptait 500 hommes, état-major et officiers compris. L’uniforme, très semblable à celui de la Garde nationale, était bleu « de roi », avec parements et passepoils rouges, culotte blanche, guêtres noires. Les boutons de l’habit étaient frappés d’un faisceau de licteur surmonté du bonnet phrygien et entouré de l’inscription Garde de la Convention nationale.

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Garde de la Prévôté de l’Hôtel (1777)
© Musée de l’Armée (Paris) par Europeana

La rapidité avec laquelle la garde fut constituée ne permit pas de sélectionner avec toute la rigueur voulue les hommes destinés à la constituer mais la commission avait tourné ses regards vers les anciens membres de la Garde de la prévôté de l’hôtel, licenciée cinq ans auparavant.

La Garde de la prévôté  de l’hôtel existait sous saint Louis et, sans faire partie de la Maison militaire du roi, exerçait auprès du souverain des fonctions très particulières : les Gardes de la prévôté faisaient la police dans la partie extérieure du palais : cours, péristyles, jardins et parcs des résidences royales. « Le jour, ils se tenaient, armés d’une pertuisane et d’un mousquet, devant les portes principales ; la nuit, ils faisaient de fréquentes patrouilles dans les environs. Leur uniforme consistait en un habit bleu de roi galonné sur les coutures comme les uniformes des autres corps ; d’une culotte, d’une veste rouge et d’un chapeau à cornes de forme plate également galonné. Lorsque le roi sortait de son palais, les Gardes de la Prévôté exerçaient une attentive surveillance sur le chemin que le souverain parcourait. Dans les cérémonies publiques, ils précédaient le grand-maître de la maison du roi, etc.[2] » Cette formation, on s’en doute, était constituée de soldats d’élite sélectionnés parmi les meilleurs hommes de l’armée et, pour en faire partie, il fallait appartenir à une famille noble. Émile Marco de Saint-Hilaire, à qui nous empruntons la plupart de ces détails, raconte qu’il n’a tenu qu’à un hasard – ou à la malveillance du duc d’Épernon – que la Garde de la prévôté n’accompagnât pas Henri IV lorsqu’il voulut se rendre chez Sully le 14 mai 1610 et qu’elle ne fût donc pas en mesure d’arrêter le bras de Ravaillac.

Lorsqu’en 1787, le ministre de la Guerre de Louis XVI, Saint-Germain, pour des raisons d’économie, mit assez malencontreusement fin à l’existence de la Maison militaire du Roi, la Garde de la prévôté fut dissoute. Elle comptait alors 160 hommes qui furent versés en tant que sous-officiers dans les divers régiments de l’armée de ligne.

Garde nationale de Paris (1792)

Mis à part les anciens membres de la Garde de la prévôté, le recrutement des membres de la Garde conventionnelle n’avait pas été très rigoureux, disions-nous. Aussi trouva-t-on à côté de sous-officiers d’élite, des hommes dont le principal mérite était d’être protégé par l’une ou l’autre des fortes personnalités du comité de salut public : Marat, Robespierre, Couthon, etc. C’est ce qui explique que la Convention, après avoir renversé Robespierre le 9 thermidor an II, ne confia pas à sa Garde le soin d’aller arrêter les « décrétés d’arrestation » à l’hôtel de ville, mais bien plutôt à la gendarmerie et aux sections. Le 9 thermidor marqua d’ailleurs une date dans l’histoire de la Garde puisque, à partir de cette date, l’assemblée – ou plutôt les hommes qui la dominaient maintenant – entreprit d’épurer la Garde de ses éléments trop liés aux « terroristes » de l’ancien Comité de Salut public. C’est donc une Garde conventionnelle épurée qui, sous les ordres de Bonaparte, prit la tête de la répression sanglante du 13 vendémiaire.


La garde du Directoire exécutif

Lorsque la Convention se sépara, laissant la place au Directoire, la Garde conventionnelle changea de nom sans changer de forme quoiqu’elle passât du service du pouvoir législatif à celui du pouvoir exécutif. L’article 166 de la Constitution de l’an III précisait : « Le Directoire exécutif aura sa Garde habituelle, soldée aux frais de la république ; cette Garde sera composée de cent vingt hommes à pied et de cent vingt hommes à cheval. Le Directoire exécutif sera constamment accompagné de sa Garde dans les cérémonies et marches publiques : celle-ci aura toujours le premier rang. Chaque membre du Directoire exécutif se fera précéder et suivre au dehors de deux gardes…[3] » C’est donc tout naturellement que, le 6 brumaire an IV, la Garde de la Convention devint la Garde du Directoire exécutif, se contentant de changer l’inscription gravée sur ses boutons…

Le Directoire incorpora progressivement dans les rangs de sa Garde de nombreux vétérans des différentes campagnes qui ont marqué son existence, de telle sorte que, peu à peu, ce corps devint ce qu’il est convenu d’appeler une « unité d’élite ». La Garde du Directoire exécutif, suivant le décret du 13 vendémiaire an V (4 octobre 1796), comptait un état-major, deux compagnies à pied et deux compagnies à cheval, chacune de ces compagnies de 110 hommes. Un arrêté du 24 vendémiaire suivant fixait les conditions de recrutement : les officiers devaient mesurer cinq pieds trois pouces (environ 1,73 m) et être âgés de vingt-cinq ans au moins ; les gardes, tant à pied qu’à cheval, cinq pieds six pouces (environ 1,85 m), ce qui, compte tenu de la grandeur moyenne d’un homme à cette époque (environ 1,60 m), est considérable : le but d’impressionner est manifeste. Conditions essentielles : ces hommes devaient savoir lire et écrire « correctement », avoir participé à deux campagnes « de la liberté » au moins et avoir « essuyé le feu de l’ennemi ». La moralité des hommes était surveillée de près.

L’uniforme de la Garde du Directoire n’était guère différent de celui des sa devancière de la Convention : « habit bleu de roi ; revers et parements écarlates avec liserés blancs ; retroussis agrafés, garnis de grenades écarlates ; tours de poche (en travers) fermé d’un passepoil écarlate ; veste blanche ; culotte blanche ; guêtres noires montant au-dessus du genou, avec bouton de cuivre jaune ; épaulettes et dragonne rouges ; chapeau uni avec une ganse blanche, une cocarde nationale, des marrons et un plumet rouge ; boutons blancs à l’habit, à la veste et au chapeau ; ce bouton empreint du faisceau de la république ; une grenade blanche sur la giberne [4]. » L’uniforme des Gardes à cheval, à quelques détails près, était identique. Précisons d’emblée que la garniture des fusils et des mousquetons étaient en cuivre, à la différence des troupes de ligne dont les armes étaient garnies de fer.

La Garde du Directoire exécutif ne joua aucun rôle lors du coup d’État de Brumaire. Sans doute, le directeur Moulin tenta-t-il de rassembler la Garde qui était paisiblement demeurée dans ses quartiers du Petit Luxembourg, alors que les événements avaient pour théâtre le château de Saint-Cloud. On peut se demander ce qui se serait passé si la Garde avait été à Saint-Cloud… Mais ce n’était pas sa place : elle était la Garde des Directeurs et non celle des assemblées législatives. Et les Directeurs siégeaient au Luxembourg…

Quel que soit l’état d’esprit qui régnait au sein de la Garde des Directeurs exécutifs, lorsque Bonaparte passa pour la première fois les troupes de la garnison de Paris en revue, la Garde était à la place d’honneur : « Le 20 brumaire, Bonaparte, salué premier consul par le peuple de Paris, vint dans la place du Carrousel, à la tête d’un nombreux état-major, passer la revue des régiments qui formaient la garnison de Paris. La Garde du Directoire occupait la droite de la ligne de bataille. Bonaparte annonça au front de bandière de ce corps, qu’il prendrait désormais la dénomination de Garde des Consuls, et des cris de vive le général Bonaparte ! retentirent aussitôt sur toute la ligne. La Garde impériale était née ! [5] »

La garde des consuls

Un arrêté des consuls, daté du 7 frimaire an VIII (28 novembre 1799) ne tarda pas à officialiser la chose :

    « Les consuls de la république, considérant la nécessité de donner à leur Garde une force et un état convenables à la dignité du gouvernement du peuple français, arrêtent que la Garde des consuls sera dorénavant composée de cette manière, savoir :
    Art. 1er. Un état-major général ;
    Une compagnie d’infanterie légère ;
    Deux bataillons de grenadiers à pied ;
    Une compagnie de chasseurs à cheval ;
    Deux escadrons de cavalerie ;
    Une compagnie d’artillerie légère dont une escouade montée.[6] »

Les articles suivants de l’arrêté fixaient le cadre de ces unités.

La compagnie d’infanterie légère dont il est fait mention à l’alinéa 2 ne fut formée que plus tard et devint plus tard le corps des chasseurs à pied de la vieille garde. Par ailleurs, la compagnie prévue de chasseurs à cheval fit place à deux escadrons composés chacun de deux compagnies. Les deux escadrons prévus de grenadiers à cheval furent bientôt portés à trois, composés chacun de trois compagnies. Les consuls désignèrent les commandants de leur Garde : le général de division Lannes (futur maréchal et duc de Montebello) devint son commandant en chef, tandis que le général de brigade Bessières (futur maréchal et duc d’Istrie) en devint le commandant en second.

Quant à l’uniforme, il ne subit pas de changement notable par rapport à celui de la Garde du Directoire si ce n’est l’adoption du bonnet d’oursin « garni d’une plaque portant une grenade ; sur le sommet, une croix en galon de laine jaune, de douze lignes de larges (2, 64 cm), sur un fonds écarlate [7] ; un cordon en laine jaune, à un seul gland ; sur le devant du bonnet, un gland pendant au-dessus de la plaque. Plumet rouge et cocarde nationale. » La giberne portait une seule grenade en cuivre et les garnitures du fusil étaient en fer, comme dans la ligne.

Le 25 messidor an X (14 juillet 1802), on procéda à quelques modifications dans la grande tenue d’été : les guêtres – qui jusque-là étaient noires et qui le restèrent dans les autres tenues – devinrent blanches. Par ailleurs, le cordon du bonnet – jusque-là en laine jaune – fut remplacé par un cordon en fil blanc, tandis que la croix du haut du bonnet devint également blanche. La garniture des fusils redevint en cuivre.

La Garde consulaire jouissait de la haute paie et, en conséquence, était jalousée par les unités de ligne. La chronique relate plusieurs incidents, parfois très graves, qui eurent lieu, opposant des membres de la Garde et des lignards, la plupart du temps des sous-officiers, qui ne supportaient pas l’idée que les hommes de la garde fussent les « chouchous » du Premier consul. 


La garde consulaire à Marengo.

Gravure aquarellée sur acier par Girardet d’après Raffet. (Coll. Part.) 

Et c’est ainsi qu’en mai 1800, la Garde participa à la deuxième campagne d’Italie, franchissant péniblement le grand Saint-Bernard puis, le 2 juin, pénétrant à Milan. Elle se couvrit de gloire à Marengo [8].

En novembre 1801, un nouvel arrêté des consuls porta que la garde consulaire serait commandée par quatre officiers généraux qui prendraient tous les jours et directement l’ordre du Premier consul. Il était créé un poste de « gouverneur du palais du gouvernement qui prendra directement l’ordre du premier consul [9]. » Il était stipulé que ce gouverneur – plus tard grand maréchal du palais – aurait pour adjoints six adjudant capitaines et six adjoints supérieurs, dont l’un serait nommé commandant d’armes à Saint-Cloud et un autre commandant de l’École militaire à Paris. Les quatre commandants de la garde devaient être constamment de service par roulement de décade en décade. Le gouverneur du palais avait pour attribution la distribution des postes, les consignes et les rapports relatifs au service et la police des palais du gouvernement.

En vertu de cet arrêté  furent nommés commandants en chef de la Garde consulaire : le général Davout, pour les grenadiers à pied ; le général Soult, pour les chasseurs à pied ; le général Bessières, pour la cavalerie et le général Mortier pour l’artillerie et les matelots [10]. Le général Lannes perdit ainsi le commandement qu’il avait reçu à l’issue de la campagne d’Italie en récompense de ses services. Certains auteurs attribuent cette disgrâce au franc-parler un peu vif du général à propos du gouvernement ; d’autres pensent plutôt que Lannes « chipotait » dans la caisse de la Garde dont il avait la charge… On peut en tout cas affirmer que la familiarité dont usait le général avec le Premier consul – qu’il persistait à tutoyer et qu’il continua à tutoyer après 1804 – commençait à gêner celui-ci « dans sa dignité ». Lannes fut nommé à l’ambassade de Lisbonne.

Un nouvel arrêté  du 17 ventôse an X (8 mars 1802) vint encore perfectionner l’organisation de la Garde :

    « Art. 1er. A l’avenir la Garde consulaire sera composée de la manière suivante ; savoir :
    Quatre officiers généraux.
    Un inspecteur aux revues.
    Un capitaine du génie.
    Un commissaire des guerres.
    Un corps de grenadiers et un corps de chasseurs à pied, composés chacun d’un état-major, avec deux bataillons ; et chaque bataillon, de huit compagnies.
    Un régiment de grenadiers à cheval, composé d’un état-major avec quatre escadrons de deux compagnies chacun.
    Un régiment de chasseurs à cheval, composé provisoirement de deux escadrons, de deux compagnies chacun avec son état-major.
    Un escadron d’artillerie à cheval, avec un état-major et une compagnie d’artillerie à pied. ».

Les articles suivants entrent dans le détail de la composition de chacune de ces unités. En outre, l’arrêté créait une « compagnie de vétérans, formée des officiers, sous-officiers et garde (sic) qui auront servi trois ans dans la Garde consulaire, et seront jugés hors d’état de continuer de faire un service actif;  leur solde sera la même que celle des grenadiers à pied ». L’arrêté prévoyait aussi les conditions d’admission des gardes aux Invalides et l’organisation de l’hôpital militaire du Gros-Caillou, spécialement affecté aux corps des Gardes des consuls. 

Dans son article 32, l’arrêté fixait la composition de la Garde : État-major et administration : 22 h. ; Infanterie : 4.594 h ; Cavalerie 2.400 h. ; artillerie : 240 h. ; service de santé : 10 ; total : 7.266 h. Les conditions d’admission dans la Garde étaient draconiennes : « être en activité de service ; avoir fait au moins quatre campagnes, avoir obtenu des récompenses accordées aux braves pour fait d’armes ou action d’éclat, ou avoir été blessé ; avoir la taille d’un mètre 8 décimètres (5 pieds 6 pouces) au moins pour les grenadiers, et un mètre 7 décimètres (5 pieds 4 pouces) au moins pour les chasseurs ; et avoir toujours tenu une conduite irréprochable.[11]»

La garde impériale

Le dernier pas fut franchi le 29 juillet 1804, lorsqu’un décret signé Napoléon porta que : « La Garde consulaire prendra à l’avenir la qualification de Garde impériale ; elle continuera d’être spécialement attachée au service de ma personne… » La composition de la garde était fixée comme suit :

    1 État-Major général ;
    1 Régiment de grenadiers à pied ;
    1 Régiment de chasseurs à pied ;
    1 Régiment de grenadiers à cheval
    1 Régiment de chasseurs à cheval ;
    1 Corps d’artillerie ;
    1 Légion d’élite de gendarmerie ;
    1 Bataillon de matelots.

Il était prévu que chaque régiment d’infanterie se voit attaché un bataillon de vélites et que le régiment de chasseurs à cheval se voit attachée une compagnie de mameluks. En outre, la compagnie de vétérans de la Garde était maintenue. Les bataillons d’infanterie comprenaient chacun huit compagnies et ceux de vélites, cinq.

Pour être complet, donnons la composition d’une compagnie de grenadiers ou de chasseurs à pied :

    1 Capitaine
    1 Lieutenant en premier
    2 Lieutenants en second
    1 Sergent-major
    4 Sergents
    1 Fourrier
    8 caporaux
    2 Sapeurs, rang de caporal
    80 Grenadiers (ou Chasseurs)
    2 Tambours.

Une compagnie de grenadiers ou de chasseurs à cheval comprenait :

    1 Capitaine
    2 Lieutenants en premier
    2 Lieutenants en second
    1 Maréchal-des-logis chef
    6 Maréchaux-des-Logis
    1 Fourrier
    10 Brigadiers
    96 Grenadiers ou Chasseurs
    3 Trompettes
    1 Maréchal ferrant [12]  

La Garde impériale n’avait donc plus grand-chose en commun avec la Garde de la Convention qui l’avait précédée. Cependant l’uniforme des hommes de 1804 rappelait encore celui de leurs devanciers. L’ordonnance, comme on le pense, était très précise : la plaque du bonnet d’oursin, en cuivre jaune, portait une aigle couronnée tenant une foudre dans ses serres, avec deux petites grenades à chaque angle du bas de cette plaque, au lieu du faisceau de licteurs. Les boutons portaient également une aigle couronnée. La giberne était ornée d’une grande aigle semblable à celle du bonnet et d’une petite grenade à chaque angle inférieur.

La petite tenue d’hiver des grenadiers à pied était ordinairement un pantalon de drap bleu collant avec des bottes à la Souvarov ; une culotte de nankin, le bas de coton blanc avec le soulier à boucles d’argent ovales et les gants blancs de tricot formaient la petite tenue d’été. La capote de drap bleu, à deux rangs de boutons, collet droit agrafé, venait compléter ces tenues.

L’arrêté du 10 thermidor an XII (29 juillet 1804) règle dans les moindres détails l’organisation de la Garde impériale et notamment son recrutement :

    « Il était fait par chaque régiment d’infanterie de cavalerie, d’artillerie à pied et à cheval de l’arme, et par chaque bataillon du train, une liste de six sous-officiers ou soldats susceptibles d’être appelés à faire partie de la Garde, au fur et à mesure des besoins que les corps éprouvaient.
    « Les conditions à remplir pour être compris dans ses listes étaient :
    « Pour les régiments de dragons et de chasseurs, six ans de service au moins, et deux campagnes : taille d’un mètre 733 millimètres (5 pieds 4 pouces).
    « Pour les régiments de hussards, même temps de service et taille d’un mètre 705 millimètres (5 pieds 3 pouces).
    « Pour les régiments de carabiniers, cuirassiers, artillerie à pied et à cheval, même temps de service, et taille d’un mètre 760 millimètres (5 pieds 5 pouces).
    « Pour les régiments d’infanterie de ligne et d’infanterie légère, cinq ans de service et deux campagnes : taille d’un mètre 760 millimètres (5 pieds 5 pouces).
    « Pour les bataillons du train, même temps de service, et taille d’un mètre 678 millimètres (5 pieds 2 pouces).
    « Les sujets devaient s’être constamment distingués par leur conduite morale et militaire.
    « La formation de ces listes appartenait aux chefs de corps ; leur choix devait porter sur tous les hommes, qu’ils fussent présents au corps ou qu’ils en fussent détachés. « Aucun chef de corps, disait le décret, ne pourra se refuser à porter des sous-officiers sur cette liste, sous prétexte qu’en entrant dans la Garde, ils sont obligés de renoncer à leur grade, parce que, si ces sous-officiers sont dans le cas d’en faire momentanément le sacrifice, ils auront bientôt obtenu dans cette troupe d’élite, s’ils s’y conduisent bien, un avancement qui les en dédommagera. »  Les listes ainsi constituées étaient présentées aux inspecteurs-généraux d’armes ou, à leur défaut, aux généraux commandant les départements, chargés de passer la revue des hommes désignés, et d’approuver définitivement les listes sur lesquels ils étaient portés, en certifiant, sur le rapport des chefs, à l’égard des candidats qui appartenaient aux bataillons et aux escadrons éloignés, qu’ils avaient toutes les qualités requises.
    « Ces listes étaient formées en double expédition ; elles indiquaient les noms et prénoms des sujets, leur grade, âge, taille, lieu de naissance et le département ; le domicile et la profession qu’ils exerçaient avant d’entrer au service, et enfin la profession de leurs parents : ces listes contenaient en outre, le détail des services et campagnes des candidats.
    « Après qu’elles avaient été approuvées par les inspecteurs-généraux de l’armée, ou par les généraux commandant les départements, on expédiait ces listes au ministre de la guerre, et on lui adressait ensuite dans un bref délai, l’état des mutations qui pouvaient être survenues parmi les hommes désignés.
    « Les militaires choisis pour entrer dans la Garde restaient à leurs corps, où ils continuaient leur service jusqu’à ce que le ministre de la guerre prescrivît de les diriger vers Paris pour y être enrégimentés.[13]»

D’éblouissants privilèges

La Garde était l’objet de tous les soins de l’empereur. Tous les engagements, toutes les promotions, tous les détails de service devaient passer sous ses yeux. Dans la Garde impériale, on comptait en 1815 de l’infanterie, de la cavalerie lourde (grenadiers à cheval et dragons), de la cavalerie légère (chasseurs à cheval et lanciers), de l’artillerie à pied, de l’artillerie à cheval, de la gendarmerie, des marins, des sapeurs et du train d’artillerie et d’équipage. La garde était ainsi devenue une véritable armée dans l’armée. 

L’effectif de la Garde ne cessa d’augmenter durant tout l’Empire. En 1805, elle comptait 12 000 hommes et   56 000 en 1812. Malgré de lourdes pertes lors de la campagne de Russie, l’effectif de la Garde grimpa encore jusqu’à 102 000 hommes en 1814 ! Il est vrai qu’à ce moment, les critères de sélection étaient considérablement assouplis. Les nouvelles unités créées selon ces critères prirent le nom de Moyenne et de Jeune Garde afin de les distinguer de l’élite, la Vieille Garde. Dans les nouveaux régiments des Moyennes et Jeunes Gardes, on recruta des Hollandais, des Polonais, des Italiens et, plus exotiques, dès 1804, des Mameluks.

La Vieille Garde en particulier, les deux premiers régiments de Grenadiers et de Chasseurs, avait tissé des liens tout particuliers avec l’empereur qu’elle suivait partout. C’est elle qui fournissait les gardes aux palais impériaux, c’est elle qui constituait le « décor » des banquets d’État, c’est elle qui gardait sa tente sur le champ de bataille. Napoléon connaissait des centaines de soldats de la Garde par leur nom et s’arrêtait pour parler familièrement avec les sentinelles.

La Garde était réellement privilégiée. La solde était plus du double de celle d’un homme de la ligne. Un grenadier de la garde recevait 80 centimes par jour alors que son camarade de la ligne n’en avait que 30. Un caporal touchait 2, 22 frs alors qu’un lieutenant de la ligne percevait 2, 77 frs. Un grade dans la Garde équivalait au grade supérieur dans la ligne. Ainsi, un caporal de la Garde était l’égal d’un sergent dans la ligne, un sergent à un sergent-major, un capitaine à un chef de bataillon. Un sergent-major de la garde pouvait tout comme un lieutenant de la ligne se promener en ville avec un sabre d’officier, des bas blancs et une canne. La Garde avait les meilleures casernes, la meilleure nourriture – c’étaient des cuisiniers civils qui lui préparaient ses repas –, et bénéficiaient de trains d’approvisionnement particuliers. Leur service de santé était perfectionné et placé sous la direction du célèbre chirurgien général, le baron Larrey.

Les régiments de ligne devaient céder le pas aux unités de la Garde. Le règlement prévoyait qu’il devait faire halte et front et présenter les armes pendant que les bugles ou les tambours sonnaient ou battaient le salut auquel les hommes de la Garde répondaient à peine.

Évidemment, tous ces privilèges avaient fait naître un certain ressentiment dans la ligne. Une plaisanterie qui courait dans la ligne consistait à demander quelle était la différence entre ceux « qui en étaient » et ceux « qui n’en étaient pas ». On répondait en ricanant que, dans la Garde, les ânes avaient le grade de mules. Les hommes de la Vieille Garde tenaient particulièrement à se distinguer des autres. Leur moustache retroussée, que Napoléon leur interdisait de cirer, leur havresac plus grand, leur uniforme de meilleure qualité, leur grand bonnet en poils d’ourson, les cuivres de leurs fusils, leurs mains tatouées et leurs boucles d’oreille en or, tout annonçait l’élite de l’élite. Tout le monde pourtant n’était pas impressionné par cet aspect. Mark Adkin cite le témoignage d’un peintre britannique, Benjamin Haydon, qui assista à une revue à Fontainebleau en 1814 :

« Je n’ai jamais vu des gaillards aussi épouvantables que la Garde de Napoléon. Ils avaient l’apparence de vieux « banditti » pur-sang disciplinés. La dépravation, l’audace et la soif de sang étaient gravés sur leur visage… Leurs moustaches noires, leurs gigantesques bonnets à poils, et leur expression féroce étaient leur image de marque.[14]»

Et pourtant, très paradoxalement, c’est la Garde impériale, et tout particulièrement la Vieille Garde, qu’on engageait le moins dans la bataille… La Jeune Garde marchait toujours en tête des autres unités de la Garde impériale et, lorsque l’empereur, toujours personnellement, ordonnait que l’on engage la Garde, c’est invariablement la Jeune Garde que l’on envoyait d’abord au combat. Pendant ce temps-là, la Vieille Garde attendait et regardait le spectacle. Il est d’ailleurs frappant de constater que, dans n’importe quelle bataille, sauf à Waterloo, c’est la Vieille Garde qui a toujours subi les pertes les moins lourdes. La ligne surnommait les gendarmes d’élite de la Garde « les Immortels ». Non parce qu’ils étaient particulièrement braves, mais parce que, comme on ne les engageait jamais dans le combat, ils ne subissaient aucune perte…

Après la première abdication, en 1814, Louis XVIII dissout les régiments de la Garde et répartit ses effectifs dans les villes de garnison. L’empereur avait été autorisé à emmener avec lui à l’île d’Elbe 600 volontaires et il les prit évidemment dans la Garde. Lors de son retour, dès le 13 mars, il reconstitua la Garde. Un décret du 21 mars rendait cette reconstitution officielle en précisant que, dorénavant, nul étranger ne pouvait être admis dans aucun des corps préposés à la garde de la personne de l’empereur.

Un décret du 8 avril 1815 régla la réorganisation de la Garde en y ajoutant deux brigades de deux régiments chacune. Afin de les distinguer des « anciens », ces soldats reçurent le nom de voltigeurs et de tirailleurs de la Garde. Napoléon comptait recruter 35 000 hommes pour sa Garde. Il ne parvint jamais à remplir cet effectif : tous les vétérans en demi-solde ne rejoignirent pas. Il fallut donc « bricoler »… Les hommes des deux premiers régiments de Grenadiers et de Chasseurs qui avaient douze ans de service furent versés dans les 1ers régiments. Et les 2èmes régiments recrutèrent les vétérans de plus de huit ans d’ancienneté dans la ligne. Les hommes qui avaient quatre ans d’ancienneté fournirent les 3èmes régiments et l’on compléta difficilement le cadre de la Jeune Garde de volontaires et de flanqueurs corses.

    « Napoléon, néanmoins, se décida (selon sa coutume) à prendre l’offensive ; et quelques jours avant son départ pour aller se mettre à la tête de l’armée, on lut dans le Moniteur l’article suivant, rédigé en forme de bulletin, relatif à la Garde impériale :

      « On a augmenté la vieille Garde de trois bataillons ; douze autres, formés de « militaires rentrés qui ont fait plusieurs campagnes, viennent d’être réunis à « la jeune Garde.
      « La Garde impériale reçoit tous les jours de nombreux renforts ; dans peu, « elle sera portée à quarante mille hommes. Le général Drouot est nommé « aide-major général de la Garde ; le général Friand commande les grenadiers « à pied, et le général Morand les chasseurs à pied de la vieille Garde. Le « général Guyot commande les grenadiers à cheval ; le général Ornano, les « dragons ; le général Colbert, les lanciers. Le colonel Deschamps commande « l’artillerie légère, qui aura bientôt quatre-vingt pièces de canon attelées. Les « Polonais sont commandés par le colonel Germanowsky, qui a accompagné « l’Empereur à l’île d’Elbe.
      « Les trois divisions d’infanterie de la jeune Garde sont commandées par les « généraux Brayer, Meunier et Barrois.
      « L’Empereur a passé en revue les différents corps de la Garde impériale, les « gendarmes de la garde de Paris et les sapeurs-pompiers. Toutes ces troupes « étaient dans la plus brillante tenue. Sa Majesté a parcouru les rangs à « pied, et a inspecté les régiments dans le plus grand détail. La revue « commencée à une heure, n’a fini qu’à six heures du soir. Pendant tout le « temps qu’elle a duré, les cris de « Vive l’Empereur ! » n’ont pas cessé de se « faire entendre jusqu’à la rentrée de Sa Majesté à l’Élysée-Napoléon.[15]»

L’infanterie

L’organisation de l’infanterie de la Garde impériale à l’époque de Waterloo semble un peu compliquée. Cela est dû au fait que sur le champ de bataille l’organisation de la Garde ne correspond pas à son organisation administrative. 

Administrativement, la garde comporte 3 divisions : une de Grenadiers, une de Chasseurs, une de Tirailleurs et Voltigeurs

En ordre de bataille, ces divisions administratives disparaissent. Les deux régiments les plus anciens, le 1er et le 2ème Grenadiers, le 1er et le 2ème Chasseurs constituent la Vieille Garde. Les unités plus récentes, les 3ème et 4ème Grenadiers, les 3ème et 4ème Chasseurs constituent la Moyenne Garde. Quant aux 2 régiments de Tirailleurs et aux 2 régiments de Voltigeurs, ils constituent la Jeune Garde

En mouvement, les régiments de la Jeune Garde marchaient en tête, suivis par la Moyenne Garde, la Vieille Garde en dernier, formant la réserve de la réserve. Lorsque, le soir du 17 juin, la Garde arriva sur le champ de bataille à Waterloo, c’est exactement la formation qu’elle adopta sur la route entre le Caillou et Rossomme. Un bataillon – le 1er bataillon du 1er régiment de Chasseurs – fut commis au soin de garder le quartier général du Caillou, les bagages et le trésor de l’empereur.

C’est également l’ordre dans lequel elle fut jetée dans la bataille, à l’exception de deux bataillons de la Vieille Garde (les 1/2 Grenadiers et 1/2 Chasseurs) qui furent envoyés au secours de la Jeune Garde à Plancenoit.

Chaque régiment de la Garde impériale était composé de deux bataillons de quatre compagnies de 130 à 150 hommes chacune. L’empereur, désireux d’augmenter l’effectif de chaque compagnie et de le porter à 200 hommes, augmenta considérablement le cadre. En plus du capitaine et du lieutenant, présents dans n’importe quelle compagnie de la ligne, chaque compagnie de la garde aurait eu deux sous-lieutenants au lieu d’un, six sergents au lieu de quatre, douze caporaux au lieu de huit et quatre tambours au lieu de deux. La vitesse avec laquelle on reconstitua la Garde ne permit pas d’atteindre ces chiffres, de telle sorte que chaque bataillon de la Garde comptait en moyenne seize officiers.

La Vieille Garde

Grenadier et officier du 1er grenadiers à pied


En juin 1815, la Vieille Garde était placée sous le commandement du général de division Friant tandis que le général de division Roguet en était le commandant en second.

Pertes à Waterloo : nous donnons pour chaque régiment  de la Garde impériale les pertes – tués, blessés ou disparus – subies à Waterloo. Ces chiffres sont des estimations : il est en effet impossible d’être précis dans ce domaine. La Garde impériale, suite à la débâcle catastrophique du 18 juin, ne put en effet être passée en revue que le lundi 26, soit huit jours après la bataille. Ce sont les chiffres recueillis lors de cette revue que nous donnons ici. Pour chaque régiment, nous donnons successivement l’effectif supposé au 18 juin, le nombre de présents à la revue du 26 juin et le pourcentage de pertes par rapport à l’effectif d’origine. C’est ainsi que pour la Vieille Garde (Marins de la Garde exceptés) nous avons :

Effectif au 18 juin : 4 840 hommes
imagePrésents le 26 juin : 1 981 hommes
Pourcentage des pertes : 59 p.c.

  • Le 1er régiment de Grenadiers à pied

Ce régiment constitue le plus ancien des régiments de la Garde à pied. A l’origine, il était constitué de bataillons d’Anciens et de bataillons de Vélites, jeunes gens instruits sélectionnés dans la ligne. Ce sont ces soldats que l’on appelait familièrement les « Grognards ». Constitué de vétérans chevronnés, ce régiment était commandé à Waterloo par le maréchal de camp (général de brigade) Petit [16].

Les critères d’entrée dans cette unité d’élite étaient particulièrement exigeants et le restèrent en 1815, malgré les difficultés de recrutement. Les grognards avaient une moyenne de trente-cinq ans et devaient mesurer au moins 1, 80 m (5 pieds, 6 pouces). Ils avaient tous au moins douze ans de service. Quatre grenadiers sur cinq portaient la Légion d’Honneur et un tiers avaient participé à 20 campagnes au moins.

A l’ensemble des quatre régiments de Grenadiers de la Garde avait été attribuée une nouvelle Aigle qui était confiée au 1er bataillon du 1er régiment. Ce régiment disposait d’une fanfare complète de 24 musiciens en tête desquels marchait un porteur de chapeau chinois. Cette musique comprenait des caisses claires et une grosse caisse. Au soir de Waterloo, après l’échec de l’attaque de la Moyenne Garde, le 1er régiment forma deux carrés de bataillon près de la Belle-Alliance et la musique joua sans désemparer la marche régimentaire – La Grenadière – dans l’espoir de rallier le plus d’hommes possibles.

Le Grenadière
La marche régimentaire du 1er Grenadiers


Le 1er régiment de Grenadiers était en 1815 la seule unité à être équipée réglementairement et complètement. A Waterloo, ils combattirent en capote bleue, pantalons bleus, bonnet d’oursin brun foncé et grand havresac. Les garnitures de leurs fusils – pontets et anneaux de suspension – étaient en cuivre17. Leurs manches étaient ornées de chevrons d’ancienneté.

Le 16 juin au soir, ce régiment était à la tête de la colonne de droite qui força l’entrée du village de Ligny. Il fit preuve d’une très grande violence. Le général Roguet leur avait crié : « Avertissez les Grenadiers que le premier qui me ramènera un prisonnier sera fusillé ! »

Effectif au 18 juin : 1 280 hommes.
Présents le 26 juin : 644 hommes
Pourcentage de pertes : 50 p.c.

1er Bataillon

Commandé par le major Loubers, ce bataillon est le plus ancien de l’armée impériale. Il comptait 640 hommes de tous les rangs. C’est à ce bataillon qu’était confiée l’Aigle des grenadiers de la Garde.

Au soir de la bataille de Waterloo, le carré de ce bataillon recueillit un moment l’empereur lui-même, le général Friant et quelques officiers d’état-major. Au cours de leur lente retraite vers le Caillou, les grenadiers du 1er bataillon eurent à plusieurs reprises à faire feu sur des fuyards français afin de ne pas être submergés par la déroute. Le bataillon manqua perdre son Aigle entre le Caillou et Genappe mais le drapeau fut recueilli par le 1er bataillon du 1er Chasseurs et ramené intact à Paris.

2ème Bataillon

Sous les ordres du major Combes, un ancien de l’île d’Elbe, ce bataillon à l’effectif semblable à celui du 1er bataillon, avait également combattu à Ligny et, à Waterloo, fut tenu en réserve jusqu’au moment où il constitua l’arrière-garde destinée à couvrir la retraite en désordre du reste de l’armée impériale.

  • Le 2ème Régiment de Grenadiers à pied

Le colonel-commandant de ce régiment était le maréchal de camp baron Christiani qui avait été en 1811 commandant de l’école des sous-officiers de la Garde à Fontainebleau. Au cours de la bataille de France en 1814, il avait commandé la 2ème division de la Vieille Garde.

Les critères de recrutement de ce régiment étaient les mêmes que ceux du 1er Régiment, mais à la différence de celui-ci, son équipement n’était pas aussi complet. Avec 34 officiers et 1 060 hommes, son effectif était inférieur d’environ 200 hommes à celui du 1er régiment.

A Ligny, dans la soirée, il avait participé vaillamment à la prise du village.

A Waterloo, ce régiment d’élite fut tenu en réserve jusque vers 19.15 hrs.

Effectif au 18 juin : 1 090 hommes
Présents le 26 juin : 374 hommes
Pourcentage de pertes : 66 p.c.

1er Bataillon

Sous les ordres du major Martenot, les 545 hommes de ce bataillon, avec leurs camarades du 1er bataillon du 1er Chasseurs, menèrent une contre-attaque spectaculaire sur Plancenoit qu’ils nettoyèrent de tous les Prussiens qui étaient parvenus à y pénétrer et qui menaçaient de couper la retraite de l’armée impériale par la route de Charleroi.

2ème Bataillon

Avec un effectif de 545 hommes, commandés par le major Golzio, il fut tenu en réserve jusqu’au moment où, vers 19.00 hrs, on lui ordonna de se former en carré et de soutenir en deuxième ligne l’assaut de la Moyenne Garde. Il souffrit de cruelles pertes lors de l’assaut général de Wellington.

  • Le 1er Régiment de Chasseurs à pied

image

Sergent et chasseur à pied
de la Garde impériale

C’est ce régiment qui était commandé par le maréchal de camp comte Cambronne à Waterloo. Cambronne avait commandé la Garde à l’île d’Elbe avant d’être mis à la tête de la petite armée qui escorta Napoléon de Golfe-Juan à Paris durant les premiers jours de mars 1815. On lui proposa le commandement d’une division mais il refusa afin de pouvoir rester à la tête de son régiment. Il n’en fut pas moins promu Grand Officier de la Légion d’Honneur. Il fut blessé et fait prisonnier au soir de Waterloo.

L’effectif de ce régiment était assez hybride puisque ses hommes provenaient en partie du Corps des Chasseurs royaux de Louis XVIII, des unités d’infanterie légère de la ligne et de vétérans de la campagne de Russie.

A l’instar du 1er Grenadiers, ce régiment avait une Aigle et une fanfare de 24 musiciens (mais sans chapeau chinois). La plupart des hommes de ce régiment étaient réglementairement équipés. Leur tenue était assez semblable à celle des grenadiers, à la différence de leur bonnet d’oursin qui ne comportait ni plaque en cuivre portant le chiffre de Napoléon ni « cul-de-singe ». Les couleurs distinctives des Chasseurs – et notamment le plumet – étaient le rouge et le vert, alors que celle des Grenadiers était le rouge.

Effectif au 18 juin : 1 307 hommes
Présents le 26 juin : 588 hommes
Pourcentage des pertes : 55 p.c.

1er Bataillon

Comptant 650 hommes, ce bataillon était le plus nombreux de tous ceux de la Garde, mis à  part ceux du 4ème Chasseurs qui étaient amalgamés. Son commandant était le major Duuring. Cet officier de nationalité hollandaise avait commandé le 3ème Grenadiers (Hollandais) intégré dans la Garde impériale en 1811. En théorie, ce bataillon aurait dû être chargé de porter l’Aigle des Chasseurs à pied, mais, commandé pour rester au Caillou surveiller le quartier général et les bagages de l’empereur, le drapeau fut confié au 2ème Bataillon. Le 1er Bataillon du 1er Chasseurs ne fut pas engagé lors de la bataille proprement dite mais reçut la difficile mission de retarder l’avance prussienne afin de couvrir la déroute française et de permettre aux bagages – et au trésor… – de l’empereur de quitter intacts le champ de bataille. A un moment difficile à préciser, mais vraisemblablement au moment où l’entrée de Genappe se faisait dans la plus complète confusion, le porte-aigle du 1er Grenadiers trouva refuge dans les rangs du 1er Chasseurs. C’est ainsi que celui-ci se retira en bon ordre jusqu’à Fleurus.

2ème Bataillon

Comptant lui aussi quelque 650 hommes, commandé par le major Lamouret – qui passe pour être le premier à avoir mis pied à terre à Golfe-Juan – ce bataillon se vit confier l’Aigle du régiment lors de la bataille de Waterloo. Dans la soirée, il fut formé en carré pour soutenir en deuxième ligne l’attaque de la Moyenne Garde. Lors de la retraite de celle-ci, le 2ème Bataillon du 1er Chasseurs se vit submergé par les fuyards et perdit sa cohésion au point que le lieutenant Martin qui portait l’Aigle se vit contraint de trouver refuge dans le carré du 2ème Bataillon du 2ème Chasseurs. L’Aigle des Chasseurs fut sauvé de la capture mais le lieutenant Martin ne put jamais rejoindre son unité avant d’atteindre Laon. Ce bataillon a longtemps passé pour avoir été le fameux « Dernier Carré », mais il n’en est rien.

  • Le 2ème Régiment de Chasseurs à pied

Le commandant du régiment était le maréchal de camp baron Pelet qui s’était illustré lors de la retraite de Russie alors qu’il formait l’arrière-garde du maréchal Ney et lors de la campagne de France de 1814. C’est le général Pelet qui opéra la sélection des hommes destinés à accompagner Napoléon à l’île d’Elbe.

A Waterloo, l’équipement et les uniformes des soldats de ce régiment étaient assez conformes aux modèles réglementaires de la Garde.

A Ligny, ce régiment fut envoyé sur le champ de bataille avec la Jeune Garde afin de soutenir le corps de Vandamme qui livrait un combat acharné pour les villages de Saint-Amand et du Hameau.

A Waterloo, il attendit plus de six heures avant que, vers 19.00 hrs, le régiment fût scindé. L’un de ses bataillons – le 1er – fut envoyé à Plancenoit tandis que l’autre, après quelques instants encore, était formé en carré pour supporter en deuxième ligne l’attaque de la Moyenne Garde sur la ligne anglo-alliée. Le soldat Vivien, du 2ème Régiment de Chasseurs, fut le plus vieux survivant de l’infanterie de la Garde à Waterloo : il mourut à Lyon en 1892 ; il avait 106 ans.

Effectif au 18 juin : 1 163 hommes
Présents le 26 juin : 375 hommes
Pourcentage des pertes : 68 p.c.

1er Bataillon

Avec ses 581 Chasseurs commandés par le major Colomban, ce bataillon était plus fort que la moyenne des bataillons de la Garde à Waterloo. Après les combats déjà très éprouvants de Ligny deux jours plus tôt, le 1er Bataillon livra le 18 juin des corps à corps acharnés à Plancenoit. Certains de ses hommes, emportés par une rage aveugle, allèrent jusqu’à égorger des prisonniers prussiens. C’est le commandant du régiment, le général Pelet, qui dut mettre lui-même un terme au massacre. Cet épisode est généralement méconnu par les auteurs18 pour qui les Prussiens furent les seuls sur le champ de bataille à se comporter comme des sauvages. Mais l’événement est très significatif de l’extrême violence qui caractérisa les combats de Plancenoit.

2ème Bataillon

Fort d’environ 580 hommes, ce bataillon était commandé par le major Mompez. Il resta inoccupé, fumant, devisant ou sommeillant, durant toute la journée. Ce n’est que vers 19.00 qu’il fut envoyé en appui de l’attaque de la Moyenne Garde. Il ne prit pas directement part à cet assaut mais fut impliqué dans la confusion qui suivit l’échec de cet assaut. Un moment appuyé par de la cavalerie, il retraita en bon ordre vers la Belle-Alliance où il put recueillir le lieutenant Martin et l’Aigle des Chasseurs de la Garde.

Les Marins de la Garde

Quoique ne faisant pas à proprement partie de la Vieille Garde, on a l’habitude d’y compter la Compagnie des Marins de la Garde dans la mesure où cette unité est l’une des plus anciennes de l’armée impériale : elle fut en effet formée dès 1803. Cette compagnie, quoique formée de fantassins, avait gardé ses traditions navales, conservant notamment les noms de grades traditionnels dans la Marine. C’est ainsi que son commandant était le lieutenant de vaisseau Préaux, tandis que ses sous-officiers étaient des maîtres, des seconds maîtres (ou contre-maîtres) et des quartiers maîtres.

L’histoire de cette compagnie est longue et glorieuse. A l’origine, les Marins de la Garde constituaient un bataillon de cinq compagnies et servirent, groupés ou en détachement, durant les campagnes de 1805 à 1807. En 1808, le bataillon fut pratiquement détruit lors de la bataille de Baylen en Espagne. Cependant une compagnie de Marins de la Garde servit durant la campagne de Russie et lors de la bataille de France en 1814. Les Marins de la Garde, sauf le respect qui leur est dû, étaient un peu les hommes à tout faire et on les employa à construire des bateaux ou des ponts ou à exécuter des travaux de génie aussi bien qu’à combattre. Ils portaient une veste et des pantalons bleus et leurs buffleteries étaient en cuir noir. Leur shako à pompon était protégé par une toile cirée noire. Les officiers portaient la tenue de la Marine : bicorne, manteau droit, galons et boutons dorés. Les Marins étaient armés de carabines de dragons, de baïonnette et d’un type de sabre qui leur était particulier. A Waterloo, ils portaient un fanion mais pas d’Aigle. Le 16 juin, avec le Génie de la Garde, la compagnie des Marins de la Garde forma une petite colonne qui donna l’assaut au côté est du village de Ligny. A Waterloo, ils furent stationnés immédiatement derrière le 1er Régiment de Grenadiers de la Vieille Garde et ils ne furent jamais directement engagés dans la bataille jusqu’au moment où ils participèrent aux combats d’arrière-garde destinés à protéger la retraite de l’armée.

La Moyenne Garde

Lors de la campagne de Belgique, le général de division comte Morand était à la tête de la moyenne Garde tandis que le général de division comte Michel, tué à Waterloo lors de l’assaut de la Moyenne Garde, en assurait le commandement en second.

Effectif au 18 juin : 3 587 hommes
Présents le 26 juin : 710 hommes
Pourcentage des pertes : 80 p.c.

  • Le 3ème Régiment de Grenadiers à pied

image Ce régiment constitué d’environ 1 200 hommes était commandé par le maréchal de camp baron Poret de Morvan. Cet officier était un vétéran qui avait servi lors des campagnes d’Italie et de Saint-Domingue. Il avait combattu avec la Jeune Garde à Craonne et fut gravement blessé à Laon. Il fut encore blessé à Waterloo lors de l’ultime assaut contre la ligne anglo-alliée qu’il mena à la tête du 1er bataillon du 3ème Grenadiers, au côté du maréchal Ney et du général Friant.

Le 3ème Chasseurs était de formation récente puisqu’il ne fut constitué que le 8 avril. Le temps et, surtout, les moyens manquèrent pour pouvoir l’équiper complètement. C’est surtout à leurs coiffures que l’on pouvait voir la pauvreté de ces grenadiers : si certains possédaient le bonnet d’ourson réglementaire, la plupart étaient en bicorne, en shako ou, même, en bonnet de police. Beaucoup des fusils distribués à ce régiment étaient des fusils de la ligne, avec les garnitures en acier ou lieu des garnitures en cuivre propres à la Garde, et certains avaient dû tresser la bretelle de leur arme avec de la ficelle.

A Ligny, ce régiment faisait partie de la colonne de gauche qui attaqua le village à  la fin de la journée. A Waterloo, il resta en réserve jusqu’au moment où il fut envoyé à l’assaut de la ligne alliée. Formé en deux carrés de bataillon, seul le 1er bataillon monta à l’assaut, le 2ème étant placé en réserve par l’empereur lui-même entre la Haye-Sainte et Hougoumont.

Effectif au 18 juin : 1 164 hommes
Présents le 26 juin : 201
Pourcentage des pertes : 84 p.c.

1er Bataillon

Les 580 grenadiers de ce bataillon, placé sous les ordres du major Guillemin qui avait combattu à Leipzig dans la Jeune Garde, constituaient l’aile flanquante gauche de l’attaque de la Moyenne Garde contre la ligne de Wellington. Il fut repoussé par une charge du bataillon hollando-belge de Detmers au moment même où il abordait la crête. Une contestation a surgi après la bataille, certains auteurs ayant du mal à admettre qu’une brigade hollando-belge ait pu combattre victorieusement une unité de la Garde en pleine possession de ses moyens. Le fait est pourtant incontestable même si l’on peut admettre que le 1/3 Grenadiers avait été diminué dans ses moyens par le tir de l’artillerie pendant qu’il gravissait la pente, puis lorsqu’il eut à essuyer un vigoureux tir en rafale britannique.

2ème Bataillon

Le major Belcourt commandait ce bataillon de 580 grenadiers. A Waterloo, Napoléon disposa le 2/3 Grenadiers en carré sur une petite élévation de terrain entre la Haye-Sainte et Hougoumont où le bataillon eut les plus grandes difficultés à résister à l’assaut général ordonné par Wellington après l’échec de l’attaque de la Moyenne Garde. Il fut très cruellement éprouvé, perdant plus de 200 hommes ; de telle sorte qu’au lieu d’un carré, il ne formait plus qu’un mince triangle lorsqu’il subit l’assaut conjoint de la cavalerie et de l’infanterie britannique sortie de Hougoumont. Le major Belcourt et les quelques survivants de son bataillon parvinrent néanmoins à la Belle-Alliance où ils reçurent l’ordre de se disperser dans les autres bataillons de la Garde qui résistaient encore.

  • Le 4ème Régiment de Grenadiers à pied

Ce régiment était le plus récemment constitué des régiments de Grenadiers, n’ayant été formé que six semaines avant la bataille de Waterloo. De telle sorte qu’il rencontra les plus grands problèmes, non seulement pour être équipé, mais même pour remplir son effectif. Quand le régiment se mit en route vers la Belgique, il ne comportait qu’un seul bataillon.

Les uniformes de cette unité avaient pour la plupart été fournis en urgence par la Garde nationale et montrait une étrange bigarrure : les capotes de ces grenadiers étaient de toutes les couleurs : bleues, grises ou même beiges comme la ligne… Comme beaucoup de ces Grenadiers venaient de la Jeune Garde, ils avaient conservé leur tenue d’origine : shako, fusil et havresac de la ligne.

Le commandement du régiment était assuré par le maréchal de camp baron d’Harlet, un vétéran de la Garde qui avait combattu à Eylau, en Russie, en Espagne et en France.

Le 4ème Grenadiers fut lourdement impliqué dans les combats du village de Ligny. A Waterloo, son unique bataillon prit part à l’attaque de la Moyenne Garde contre la ligne alliée. Il atteignit le sommet de la pente où il se maintint un court instant avant d’être repoussé, sans doute par le 2ème bataillon du 30ème régiment à pied britannique ou, peut-être, par le 2ème bataillon du 73ème régiment. Il ne put résister et dévala la pente en désordre.

Effectif au 18 juin : 520 hommes
Présents le 26 juin : 100 hommes
Pourcentage des pertes : 83 p.c.

1er Bataillon

Commandé par le major Lafargue, l’unique bataillon du 4ème Grenadiers comptait 520 hommes. Lors de l’assaut contre la ligne alliée, le major Lafargue tomba mortellement blessé.

  • Le 3ème Régiment de Chasseurs à pied

Constitué le 8 avril 1815, ce régiment a été complété par des mutations en provenance de la Jeune Garde. Les conditions de constitution du 3ème Chasseurs étant similaires à celles des régiments de grenadiers de la Moyenne Garde, la tenue et l’équipement des chasseurs était comparables à ceux des grenadiers, c’est-à-dire extrêmement variés et très rarement réglementaires…

Le chef de corps était le colonel Malet. Cet officier présente une particularité unique dans les rangs de la Garde impériale. Avant de recevoir sa commission d’officier dans la garde consulaire en 1802, il avait été tambour-major. C’est en cette qualité qu’il participa aux campagnes d’Italie et d’Egypte. Être chef d’une musique militaire à cette époque n’était pas une sinécure : Malet fut blessé à Lodi et à Saint-Jean d’Acre. Passé dans la Garde, il fut encore blessé à Essling. Ces brillants états de service lui valurent la Légion d’honneur et il était aux côtés de Napoléon à Marengo, à Vienne, à Madrid, à Moscou, à Dresde, à Paris et à l’île d’Elbe où il était commandant en second du bataillon placé sous les ordres de Cambronne. Le colonel Malet rencontra la mort au sommet de la pente de Mont-Saint-Jean au moment, où à la tête de son régiment, il donnait l’assaut à la ligne anglo-alliée.

1er Bataillon

Ce bataillon était commandé par le major Cardinal, un officier sorti du rang, qui trouva la mort en même temps que son colonel sur la pente qui mène aux Vertes Bornes.

2ème Bataillon

Commandé par le major Angelet, ce bataillon comptait 530 hommes. Lorsque le bataillon fut refoulé par les Gardes de Maitland, Angelet fut touché. C’était sa douzième blessure de guerre…

  • Le 4ème Régiment de Chasseurs à pied

Ce régiment, comme le 4ème Grenadiers, mais pour d’autres raisons, ne comptait qu’un seul bataillon à Waterloo. En effet, il avait souffert de telles pertes à Ligny, où il fut impliqué dans la prise de Saint-Amand et du Hameau, que l’on jugea expédient de fusionner les deux bataillons pour n’en plus former qu’un seul. Cela explique l’exceptionnelle importance de son effectif : 800 hommes.

Le régiment était commandé par le maréchal de camp baron Henrion qui avait prouvé  son habileté à la bataille de Montmirail où il commandait le 2ème Chasseurs. Comme au 3ème Chasseurs, aucune compagnie de ce régiment ne comptait 20 hommes habillés et armés réglementairement. L’assaut du 4ème Chasseurs se heurta au 52ème Régiment britannique à pied qui le repoussa. Le général Henrion fut blessé au cours de cet assaut.

1er et 2ème Bataillons

Fusionné, ce grand bataillon comptait 800 hommes sous les ordres du major Agnès qui fut tué au cours de l’assaut de la Moyenne Garde. L’officier d’état-major du capitaine Agnès avait été Garde suisse du roi vingt-huit ans auparavant avant d’être incorporé comme caporal dans la Garde des Consuls.

La Jeune Garde

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Voltigeur et Tirailleur de la Garde

C’est au début du mois d’avril 1815 que Napoléon reconstitua la Jeune Garde qui succédait ainsi aux unités de tirailleurs et de voltigeurs qui avaient été recrutées entre 1809 et 1813. La Jeune Garde ne bénéficiait pas de la haute paye des autres formations de la Garde mais en arborait les insignes.

En théorie, les fantassins de la jeune Garde portaient en 1815 la capote bleu-gris et des épaulettes vertes pour les voltigeurs et rouges pour les tirailleurs. Leur coiffure était le shako à pompon, parfois protégé par une toile cirée. Comme dans la ligne, seuls les sous-officiers et les caporaux portaient le sabre-briquet et la troupe était armée du fusil ordinaire de la ligne, sans garnitures en cuivre. Aucun des régiments de la Jeune Garde n’avait reçu une Aigle, mais ils étaient accompagnés de tambours et de fifres ainsi que d’autres musiciens équipés d’instruments « récupérés » dans les dépôts des Chasseurs ; tout cela ne constituait cependant pas une musique complète et réglementaire, normalement composée de 24 musiciens.

A Waterloo, la Jeune Garde était commandée par le général de division comte Duhesme, secondé par le général de division comte Barrois.

La division de la Jeune Garde fut impliquée dans les combats de Ligny où elle soutint les efforts du corps de Vandamme pour s’emparer de Saint-Amand et du Hameau. A Waterloo, la division fut la première de la Garde a être jetée dans la bataille lorsque vers 18.00 hrs on l’envoya tenir Plancenoit.

La division était composée de deux brigades comptant deux régiments chacune.

Effectif au 18 juin : 4 283 hommes
Présents le 26 juin : 3 280 hommes
Pourcentage des pertes : 74 p.c.

 

1ère Brigade

Sous les ordres du maréchal de camp Chartrand qui ne survécut à la bataille que pour être fusillé comme traître.

  • 1er Régiment de Tirailleurs de la Garde

Comptant un peu plus de 1 100 hommes, ce régiment était placé sous les ordres du colonel Trappier de Malcolm.

Effectif au 18 juin : 1 109 hommes
Présents le 26 juin : 83 hommes
Pourcentage des pertes : 92 p.c.

1er Bataillon

560 hommes sous les ordres du major Cogne

2ème Bataillon

550 hommes sous les ordres du major Delaunay.

  • 1er Régiment de Voltigeurs de la Garde

Ce régiment avait un effectif largement supérieur à la moyenne puisqu’il comptait plus de 1 200 hommes et était placé sous le commandement du major Secrétan.

Effectif au 18 juin : 1 219 hommes
Présents le 26 juin : 196 hommes
Pourcentage des pertes : 84 p.c.

1er bataillon

Le major Guasco commandait ce bataillon fort d’environ 600 hommes.

2ème Bataillon

Un peu plus de 600 hommes sous les ordres du major Laborde, un ancien de l’île d’Elbe comme son collègue, le major Guasco.

2ème Brigade

La 2ème Brigade comptait quelque 400 hommes de moins que la 1ère et était placé sous les ordres du maréchal de camp baron Guye.

  • 3ème Régiment de Tirailleurs de la Garde

Un peu moins de 1 000 hommes sous le colonel Pailhès.

Effectif au 18 juin : 988 hommes
Présents le 26 juin : 164 hommes
Pourcentage des pertes : 84 p.c.

1er Bataillon

500 hommes sous le major Dambly

2ème Bataillon

488 hommes sous le major Jacquot

  • 3ème Régiment de Voltigeurs de la Garde

Un peu moins de 1 000 hommes sous le colonel Hurel.

Effectif au 18 juin : 967 hommes
Présents le 26 juin : 146 hommes
Pourcentage de pertes : 87 p.c.

1er Bataillon

480 hommes sous le major Pion

2ème Bataillon

487 hommes sous le major Roby.

Cavalerie

Cavalerie lourde de la Garde impériale

Lors de la campagne de 1815, la cavalerie de la Garde était répartie entre deux divisions. La division de cavalerie lourde, sous le lieutenant général Guyot, était composée d’un régiment de Grenadiers à cheval, d’un régiment de Dragons – les Dragons de l’Impératrice – et d’un escadron de Gendarmerie d’Élite.

  • Régiment des Grenadiers à Cheval de la Garde

Grenadier à cheval de la Garde

Cette unité  d’élite fut, à l’origine, constituée en 1799 comme un régiment de cavalerie légère, mais en 1804, on l’inclut sous son nom : Régiment des Grenadiers à cheval de la Garde impériale. A l’origine, il comptait 1 018 cavaliers organisés en quatre escadrons de deux compagnies chacun.

Ils étaient montés sur de grands chevaux noirs et leur grande taille – au moins 1, 70 m – encore augmentée par leur grand bonnet à poils en faisaient des combattants très impressionnants. Comme leurs pairs de la Garde à pied, les Grenadiers à cheval touchaient la haute paie et bénéficiaient d’importants privilèges sur leurs collègues de la ligne. Ce fait, ajouté à leur attitude un peu arrogante à l’égard de leurs camarades de la ligne, les avaient fait détester. On ne les appelait que par leurs sobriquets ironiques : les « Dieux » ou quelquefois les « Gros talons » ou les « Géants ».

Le 18 juin, ils avaient cependant perdu quelque peu de leur superbe. Leur habillement, souvent élimé – ils avaient gardé leur tenue « bleu impérial » d’avant 1814 qu’on ne leur avait jamais renouvelé – et trempé par les grosses pluies de la veille, leurs chevaux dont la remonte avait été effectuée sans trop se préoccuper des critères sévères établis jadis, leur donnaient un air assez misérable. Leurs grands manteaux blancs, autrefois si élégants, étaient sales et ceux qui ne les portaient pas sur les épaules les avaient roulés un peu n’importe comment sur leur selle ou en travers de leur poitrine. Quant à leur coiffure, si certains portaient le haut bonnet d’oursin, beaucoup ont fait la campagne en chapeau ou en bonnet de police. Mais ils avaient gardé les traditions des Grenadiers de la Garde qui exigeait les cheveux longs rassemblés en une queue tressée et les anneaux d’or aux oreilles. Seuls les trompettes avaient gardé toute leur fierté avec leur uniforme bleu clair, leur bonnet à poils blanc et leurs chevaux gris.

L’armement des Grenadiers à cheval, consistait essentiellement en un sabre courbe de cavalerie lourde, une paire de pistolets, et une carabine de dragon avec sa baïonnette.

A Waterloo, le régiment comptait 796 hommes placés sous le commandement du général de division Jamin, marquis de Benuy.

  • Régiment des Dragons de la Garde impériale – Dragons de l’Impératrice

Dragons de la garde impériale

Les dragons sont en principe, dans toutes les armées du monde, des fantassins montés. Ils n’utilisaient normalement leurs petits chevaux que pour se rendre rapidement à un point ou un autre du champ de bataille. Arrivés où ils étaient appelés, ils mettaient pied à terre et combattaient à pied. Mais à l’époque qui nous occupe, la tactique des dragons était devenue très différente. Ils combattaient en fait comme les cuirassiers de la cavalerie lourde, constituant comme eux une unité de choc.

Au début du Consulat et de l’Empire, Napoléon éprouva quelque difficulté pour monter toute sa cavalerie. Lorsqu’il eut l’intention d’envahir l’Angleterre, il forma deux divisions de dragons… à pied. Ces hommes étaient habillés, équipés et armés comme des fantassins. Mais on leur avait donné en dotation des bottes de cheval, une selle et tout le harnachement nécessaire. L’intention était de les faire débarquer sur le littoral anglais et de les monter lorsque l’on aurait capturé assez de chevaux pour le faire. Cette étrange idée fut abandonnée en même temps que l’empereur tournait ses regards vers l’Est. Les dragons « à pied » furent alors utilisés pour protéger les bagages et les parcs d’artillerie. Les malheureux dragons furent évidemment brocardés dans l’armée où on les surnommait les « sabres de bois ».

Un régiment de Dragons fut intégré dans la Garde en 1806. Les cavaliers furent recrutés dans la ligne et les officiers sélectionnés dans le cadre des Grenadiers et des Chasseurs à cheval de la Garde. L’empereur offrit à son épouse ce régiment qui porta dès lors le nom de « Régiment des Dragons de l’Impératrice ». En 1810, l’impératrice changea mais le nom resta…

Le régiment fut engagé  en Espagne, à Essling, à Wagram, en Russie, à Bautzen à Leipzig et à Hanau.

La tenue des Dragons de l’impératrice était composée d’un habit d’une couleur verte un peu plus sombre que celle de l’habit des Dragons de la ligne. Les revers et collet sont de la couleur distinctive du régiment : rouge. Ils portent un casque de style « grec » en cuivre doré, à cimier orné d’une crinière de cheval flottante (noire pour la troupe, blanche pour les trompettes), d’un bandeau en peau de tigre – la ligne avait un bandeau noir – et d’un plumet rouge et blanc. Le pantalon était gris en campagne, les bottes noires et les éperons peints en noir.

En principe, en 1815, le régiment était placé sous le commandement du général de division comte d’Ornano mais celui-ci avait été blessé en duel, dès lors c’est le général de division baron Letort qui en prit la tête. A son tour, Letort fut grièvement blessé à Ligny et mourut le 17 juin. C’est donc au colonel Hoffmayer que revint le commandement des Dragons de l’Impératrice.

Le régiment comptait, au matin de Waterloo, 816 cavaliers répartis en quatre escadrons et participa aux grandes charges contre le centre anglo-allié.

  • Escadron des Gendarmes d’Élite de la Garde impériale

Gendarme d’élite de la garde

Certainement l’unité la moins populaire de toute l’armée impériale… Il s’agissait en quelque sorte de la police militaire de la Garde. Et dans aucune armée du monde, la police militaire n’est très populaire.

A l’origine, il s’agissait d’un escadron d’élite faisant partie de la Gendarmerie et composée en grande partie d’anciens sous-officiers de l’armée. En 1802, cet escadron fut incorporé à la Garde consulaire, essentiellement pour protéger le Premier Consul des attentats dont il était alors très souvent victime. Au cours des diverses campagnes, il devint habituel de leur adjoindre des auxiliaires qui provenaient de la Gendarmerie nationale puis impériale. Leur mission principale était de protéger la personne de l’empereur, les bagages de sa Maison et ses résidences. Bien naturellement, comme Napoléon, contrairement à une légende qui a la vie dure, se tenait toujours très prudemment éloigné de la ligne de front, les Gendarmes d’Élite ne virent pas très souvent le feu dans une grande bataille. Le peu de pertes qu’ils subirent dans leur mission les fit méchamment surnommer par la ligne les « Immortels ».

Ils étaient montés sur de grands chevaux noirs, portaient une tunique bleue à revers rouges et des culottes grises, des bottes noires et un bonnet d’oursin sans aucune décoration. Ils étaient armés d’un sabre de cavalerie lourde légèrement courbé, de pistolets et d’un mousqueton. Ces hommes impitoyables, très disciplinés et très dévoués avaient de quoi effrayer tous les malintentionnés qui auraient eu l’idée de rôder dans les environs de la personne impériale.

Un seul demi-escadron participa à la bataille de Waterloo et de manière tout à fait inhabituelle. Lorsqu’il lui devint évident que le corps de von Ziethen allait faire son apparition sur le champ de bataille, Napoléon donna personnellement l’ordre à son escadron de service de galoper à travers les lignes pour répandre le bruit que c’était Grouchy qui arrivait. Cette tentative désespérée d’ « intoxiquer » ses propres hommes se retourna contre l’empereur : quand à droite, les hommes des divisions Durutte et Marcognet réalisèrent que c’étaient bien des Prussiens qui se trouvaient devant eux, ils comprirent que les « Immortels » leur avaient menti et que l’empereur lui-même les trahissait. Ils n’écoutèrent plus rien ni personne et se débandèrent pour s’enfuir aussi vite que leurs jambes le leur permettaient.

Cavalerie légère de la Garde impériale

La cavalerie légère de la Garde était commandée par le général de division Lefebvre-Desnoüettes.

  • Régiment des Chasseurs à cheval de la Garde

Officier de Chasseurs à cheval de la garde

De toutes les armes de cavalerie, c’est celle des Chasseurs qui est la plus récente puisqu’on n’en connaît pas avant 1779. C’est pourtant le noyau de la cavalerie légère de Napoléon. Les Chasseurs ont pour missions toutes celles que l’on assigne généralement à de la cavalerie légère : reconnaissance, observation, couverture, escorte, poursuite, coups de main et, en cas d’extrême nécessité, charge. On les considère comme les yeux et les oreilles de l’armée. Naturellement, on les retrouve sur tous les champs de bataille de l’Empire. La Grande Armée a connu jusqu’à 29 régiments de Chasseurs à cheval. A Waterloo, il y en avait huit, y compris celui de la Garde. On a attribué ce nombre impressionnant au fait qu’il était beaucoup plus économique d’équiper et d’habiller un chasseur que n’importe quel autre cavalier… Mais cela n’a pas empêché que durant vingt-cinq ans on s’est retrouvé avec 18 sortes différentes de coiffures pour les Chasseurs à cheval : cela allait du chapeau au colback en passant par le shako, le bicorne ou le bonnet à poil… Ajoutons à cela une infinité de plumets et de pompons de tous les modèles et de toutes les couleurs et l’on comprendra qu’il faut être un expert extrêmement affûté pour distinguer un régiment de Chasseurs à cheval d’un autre. Il semble même que le 1er régiment de Chasseurs à cheval portait à Waterloo, le casque à chenille qui leur avait été fourni sous la restauration et dont les cavaliers s’étaient contenté de marteler la plaque ornée de fleurs de lys. Quoi qu’il en soit, la tenue des Chasseurs à cheval était aisée à reconnaître. L’habit et le surtout étaient uniformément vert foncé. Les collets et revers étaient de la couleur distinctive du régiment et brodés d’un petit cor. La Garde impériale avait le rouge comme couleur distinctive. On la distinguait facilement des régiments de chasseurs à cheval de la ligne par son colback de fourrure à flamme rouge. En théorie, du moins : il semble bien que la plupart des chasseurs à cheval de la garde impériale ait fait la campagne de 1815 en bonnet de police…

L’uniforme de Chasseur à cheval de la Garde impériale est beaucoup plus familier au lecteur qu’il ne pense : c’est dans cet uniforme – la petite tenue – que l’on représente le plus souvent Napoléon lui-même ; c’est cet uniforme qu’il portait à Waterloo sous sa redingote grise et c’est dans cet uniforme qu’il fut enterré. On n’a jamais très bien su pourquoi Napoléon, qui, à l’origine, était artilleur et qui était un piètre cavalier, s’est pris d’affection pour cette tenue…

L’armement des Chasseurs à cheval se composait d’un sabre très courbe de cavalerie légère, d’une carabine avec sa baïonnette, et de pistolets.

Le Régiment de Chasseurs à cheval de la Garde comptait au matin du 18 juin 1 197 cavaliers répartis en quatre escadrons sous le commandement du général de division baron Lallemand[17]

C’est à la tête de ce régiment que le général Lefebvre-Desnouëttes lança la deuxième grande charge de cavalerie contre les carrés anglo-alliés.

  • Régiment des Chevau-Légers Lanciers de la Garde impériale

Lancier polonais de la garde
Lancier rouge de la garde


Cette unité  comportait deux escadrons très faciles à discerner l’un de l’autre. Le premier, sous les majors Schmit et Jermanowski, étaient en bleu foncé et portaient le nom de « Lanciers polonais ». Le second, commandé par le général comte de Colbert-Chabanais, portait un magnifique habit d’un beau rouge sur un pantalon rouge (en grande tenue) ou bleu foncé (en tenue de campagne), d’où son nom de « Lanciers rouges». Tous portaient une shapska à plateau carré de type polonais. Les lanciers qui n’appartenaient pas à la Garde étaient tous en vert.

C’est quand la ville de Varsovie fournit une escorte de lanciers à Napoléon en décembre 1806, que l’idée vint à l’empereur de constituer des unités de lanciers au sein de la Grande Armée. En mars 1807, il recrutait un pulk de cavaliers polonais qu’il incorpora à la Garde. Ces Polonais se battirent en Espagne. Pendant ce temps, le roi Louis de Hollande créait à son tour une unité de lanciers qu’il revêtit de rouge pour les distinguer de leurs camarades polonais. En 1811, le régiment hollandais de Lanciers fut incorporé à la Garde et devint l’escadron des « Lanciers rouges ».

En 1809, furent créés les unités de lanciers de la ligne.

Naturellement, ce qui caractérise les Lanciers, c’est leur lance. Pourtant, ils n’en avaient pas tous. Dans une unité de lanciers, d’après l’ordonnance d’avril 1813, les armes étaient distribués comme suit :

Par compagnie (125 hommes) :

  • Au premier rang : deux sergents avec chacun un sabre et deux pistolets ; quatre caporaux avec chacun un sabre, un mousqueton et sa baïonnette, un pistolet et une lance ; 44 cavaliers, chacun avec un sabre, un pistolet et une lance.
  • Au deuxième rang : 4 caporaux et 44 hommes de troupes avec chacun un sabre, un mousqueton et sa baïonnette et un pistolet
  • Au troisième rang (surnuméraire) : 1 sergent-major, 2 sergents, 1 maréchal-ferrant avec chacun un sabre et deux pistolets ; 3 trompettes avec chacun un sabre et un pistolet, 2 maréchaux-ferrants avec un sabre et un pistolet, 9 cavaliers avec chacun un sabre et une lance.

Cela signifie que le nombre d’armes distribuées dans une compagnie de lanciers est le suivant :

  • 125 sabres
  • 109 pistolets
  • 52 mousquetons avec leur baïonnette
  • 9 carabines
  • 57 lances.

Il est évidemment impossible de savoir si cette distribution correspond exactement à  celle de juin 1815, mais il est certain que, comme le prévoit l’ordonnance de 1813, moins de la moitié des lanciers étaient effectivement armés de lances.

La lance était longue de 2, 7 mètres avec une hampe en bois noirci et une pointe en acier. Elle était maintenue par une bride en cuir. Au sommet était attaché un pennon rouge sur blanc en queue d’aronde.

Ce pennon suscita des discussions parmi les officiers de lanciers. Certains estimaient que ce morceau de tissu était à ce point visible qu’il en rendait l’unité trop reconnaissable et qu’il en faisait une cible un peu trop facile pour les canonniers ennemis. D’autres pensaient au contraire que ce pavillon était de nature à effrayer les chevaux ennemis. Finalement, chaque commandant de compagnie choisissait si l’on déployait ou si, au contraire, on nouait le pennon[18]

Un autre débat s’éleva parmi les militaires : la lance était-elle, oui ou non, avantageuse ? Résumons en trois mots les arguments des pour et ceux des contres :

POUR
  • L’effet moral, en particulier sur des fantassins mal entraînés
  • La longueur de la lance qui dépasse d’un bon mètre la tête du cheval, ce qui permet de surclasser le fantassin armé d’un fusil avec sa baïonnette.
  • La lance est meurtrière : un coup de lance met un ennemi hors combat, ce qu’un coup de sabre ne fait pas nécessairement.
  • La lance est exceptionnellement efficace lorsque l’on poursuit un ennemi qui fuit.
CONTRE
  • En cas de mêlée avec de la cavalerie ennemie, la lance perd toute efficacité et le lancier reste souvent empêtré dans cette longue perche.
  • La lance est mal adaptée aux services de reconnaissance ou d’estafette ; du fait de sa longueur et de son pennon, elle signale de loin la présence du lancier.
  • Du fait même de son pouvoir de pénétration, la lance peut représenter un danger. Il n’était pas rare qu’après avoir empalé un ennemi, il devienne impossible de ressortir l’arme de son corps. Il n’était pas considéré comme très adroit d’abandonner sa lance.
  • Le maniement de la lance est compliqué : il faut de nombreuses heures d’entraînement pour que le cavalier en apprenne les subtilités.

Seul le 2ème escadron de Chevaux-Légers Lanciers, les anciens lanciers rouges hollandais, participèrent aux grandes charges de cavalerie.

  • Escadron de Mamelouks

Mameluck de la garde

Nous ne serions pas complet, si nous n’évoquions cet escadron étrange.

En 1801, Bonaparte adjoignit un escadron de Mamelouks à la Garde Consulaire. Cette unité avait une apparence assez folklorique avec ses hommes revêtus de tenues pseudo orientales. Elle était composée de Musulmans – ou réputés tels – de toutes origines, de toutes races et de toutes provenances. On recruta pour cet escadron des hommes originaires de Géorgie, de Circassie, de Crimée, d’Arabie, de Syrie, d’Égypte, d’Abyssinie, du Darfour, d’Albanie, de Turquie, de Hongrie, de Malte, de Tunisie, d’Algérie et d’ailleurs… Deux de leurs officiers provenaient de Bethléem mais tous les sous-officiers fourriers étaient Français. On équipa les cavaliers de cet escadron d’un cimeterre, d’une paire de pistolets et d’une longue dague.

L’aspect folklorique de cet escadron était trompeur : les Mamelouks de la Garde étaient redoutables et le montrèrent à Austerlitz. L’empereur les en récompensa en leur donnant une Aigle. On les retrouve sur les champs de bataille de Pologne, d’Espagne, de Wagram et de Russie. C’étaient des cavaliers d’une adresse exceptionnelle : ils faisaient ce qu’ils voulaient de leurs chevaux. Ils semaient la panique dans les rangs ennemis lorsqu’ils apparaissaient ; ils avaient en effet la réputation d’être assez habiles pour faire sauter une tête d’un simple coup de cimeterre…

En avril 1815, une ordonnance impériale porta qu’un escadron de deux compagnies de Mamelouks serait adjoint aux Chasseurs à cheval de la Garde. Le recrutement fut satisfaisant et on distribua des tenues adéquates à ces cavaliers. Cependant, aucun témoignage ne fait mention de la présence d’un escadron de Mamelouks distinct sur le champ de bataille. Il est vraisemblable que les hommes de cet escadron combattirent dans les rangs des Chasseurs à cheval de la Garde. On trouve en tout cas le nom de deux vétérans de l’escadron des Mamelouks sur les états du régiment de Chasseurs à cheval : le commandant Renno et le capitaine Abdallah.

L’artillerie

Nous parlons très longuement par ailleurs de l’artillerie de la Garde et de son déploiement. Il nous suffira donc ici d’en rappeler quelques éléments particuliers.

Les premières batteries d’Artillerie furent adjoints à la Garde dès 1799 [19], laquelle devint ainsi un corps d’armée complet avec une infanterie, une cavalerie et une artillerie, et par voie de conséquence un train.

Napoléon assurant personnellement le commandement de toute son artillerie, il n’existe pas de grande différence entre les artilleurs de la ligne et ceux de la Garde si ce n’est au niveau de l’armement. L’artillerie de la garde comptait en effet 13 batteries qui réunissaient 52 pièces de 6 livres, 18 de 12 livres, 52 obusiers de 5.5 pouces et 6 de 6 pouces.

  • Artillerie à pied de la Vieille Garde

Commandée par le maréchal de camp Lallemand, cette unité comptait 5 compagnies dont les 3 premières constituaient la réserve de pièces de 12.

  • Artillerie à cheval de la Vieille Garde

Commandée par le colonel Duchand, elle comptait 4 compagnies qui étaient distribuées parmi les régiments à cheval de la Garde : 2 à la cavalerie légère, 2 à la cavalerie lourde.

  • Régiment d’Artillerie de la Marine Impériale

A cela nous ajouterons deux compagnies d’artillerie à pied qui étaient adjointes à la Jeune Garde et qui en réalité étaient fournies par le 2ème bataillon de Marine de la Garde ; deux compagnies du même bataillon affectées à la Moyenne Garde et nous atteindrons le nombre fatidique de 13 unités d’artillerie de la Garde. Si le lecteur trouve étrange que l’on ait affecté des marins au service de pièces de campagne, qu’il se rappelle que, de manière plus étrange encore, une compagnie d’artillerie à cheval de la Marine était affectée au 6ème corps… Il s’agit là du résultat d’une tradition déjà ancienne puisqu’un corps d’Artillerie de Marine et des Colonies fut créé dès 1792.

Il est vrai que depuis, les Français nous ont habitués à des jongleries autrement plus audacieuses : il existe actuellement dans leur armée des unités composées de « Hussards parachutistes »[20] et, actuellement, dans les sept subdivisions de l’arme blindée de cavalerie, il existe encore des cuirassiers, des dragons, des chasseurs ou des hussards alors qu’il y a bien longtemps que l’on n’a plus entendu le moindre hennissement dans les casernes françaises – ou plutôt les quartiers – si ce n’est à la Garde républicaine…


État d’esprit de la Garde en 1815.

Nous ne serions pas complet si nous ne faisions une brève allusion à l’état d’esprit qui régnait dans cette Garde. Les unités d’élite qui la constituaient étaient-ils dotés d’un moral d’acier comme on l’a souvent prétendu ? Émile Marco de Saint-Hilaire dans son ouvrage sur la Garde impériale qu’il a bien connue puisqu’il en a fait partie, aborde franchement – quoique avec le style pompeux de son époque – le sujet :

« L’armée était pleine de dévouement et de zèle ; elle s’était recrutée de vieux soldats sortis des prisons d’Angleterre, des déserts de Russie : tous savaient bien qu’il s’agissait de leur cause. Ils avaient voulu leur empereur, il fallait le garder ; ils avaient désiré leurs aigles, il fallait mourir autour d’elles, en leur imprimant encore ce rayon de gloire qui avait brillé à Austerlitz, à Iéna, à Friedland, à Wagram et à la Moskowa.
« A travers ces sentiments d’enthousiasme il se mêlait quelque chose de triste ; ce fanatisme qui, jadis, faisait courir au triomphe, en chantant, n’existait plus dans les rangs des soldats de la Garde ; ils avaient la rage au cœur contre l’ennemi commun, mais une rage sombre qui se renfermait dans ces seuls mots : « Vaincre, s’il est possible ; mourir si nous ne le pouvons pas. » Les chefs de corps étaient trop éclairés pour ne point voir que les ressources du pays étaient disproportionnées en raison des immenses préparatifs de l’Europe. Il n’y avait donc que peu de chances de succès ; mais au moins succomberait-on sur le champ d’honneur. Et puis, il faut le dire, la troupe n’avait qu’une faible confiance en ses nouveaux officiers ; elle croyait toujours avoir des traîtres dans ses rangs. La discipline, en se relâchant, avait porté un coup mortel à l’obéissance passive : le soldat raisonnait, discutait ; l’officier avait une certaine terreur morale sur la suite des événements ; quelques-uns même étaient divisés d’opinions. En un mot, si l’armée qui partait pour Waterloo avait incontestablement la même bravoure que celle d’Austerlitz, elle n’avait pas le même esprit, et cela devait porter malheur à la campagne qui allait s’ouvrir. » Et plus loin :
« Et puis tout s’était fait avec trop de précipitation : les soldats et les chefs n’avaient pas eu le temps de se connaître ; les régiments de la Garde avaient été formés à la hâte, on les avait recrutés de toutes les manières ; leurs rangs s’étaient augmentés d’officiers en demi-solde, qui avaient plus de courage que d’instruction et d’expérience. Il y avait encore une Garde impériale, mais il n’y avait plus de hiérarchie. Le séjour hors de Paris, qui, aux glorieuses époques, ne faisait que fortifier l’officier dans son dévouement à la patrie, l’avait, au contraire, attiédi : le soldat de la garde, qui avait toujours eu un instinct si profond, semblait comprendre qu’il n’avait plus, comme jadis, toute la France pour lui ; la classe bourgeoise était effrayée, les classes supérieures hostiles à l’ordre des choses. Restaient les fédérés, mais ces derniers avaient excité une extrême antipathie, même chez la troupe de ligne [21]…»  

En guise de post-scriptum…


Vidéo YouTube
La Marche des Grenadiers de la Vieille Garde à Waterloo 


Les amateurs de musique militaire connaissent très bien la Marche de la Vieille Garde à Waterloo dite parfois aussi Les grenadiers de la vieille garde à Waterloo. Elle figure sur la plupart des disques consacrés à l’épopée impériale. Mais les pochettes de ces disques sont terriblement avares de détails sur cette partition, au point de n’en pas donner le compositeur. Ou, si elles le donnent, elles ne sont pas d’accord entre elles. Alain Pigeard, généralement très bien informé, mentionne sous la rubrique Musique (Morceaux) « La Marche de la garde à Waterloo » et l’attribue à Gebauer, de même d’ailleurs que la « Marche de la Garde à Leipzig »[22]. Emile Marco de Saint-Hilaire écrit, quant à lui : 

« D’après le témoignage des officiers généraux qui ne cessèrent d’être à la tête des grenadiers de la vieille garde pandant la bataille de Wayerloo, il est constant que la musique exécuta, à diverses reprises et durant les péripéties de cette sanglante journée, des morceaux tirés de l’opéra de Fernand Cortès de Spontini ; et, entre autres, une marche guerrière composée par Gebauer aîné, chef de musique du 1er régiment de grenadiers à pied…[23] »

Et Saint-Hilaire donne, en annexe de son ouvrage, la réduction pour piano de la partition de cette Marche de la Vieille Garde à Waterloo. Donc, normalement, la question est réglée…
Mais voilà ! « Gebauer l’aîné », pour dire comme Saint-Hilaire, c’est Michel-Joseph Gebauer. Et si nous nous en référons à la Biographie universelle des musiciens de Fétis, Michel-Joseph Gebauer, né en 1763, « succomba aux fatigues de la retraite de Moscou, dans le mois de décembre 1812 [24] ». Il n’a donc pu composer ni la marche de Leipzig (1813), ni celle de Waterloo… Heureusement pour nous, Gebauer avait trois frères : François-René, Pierre-Paul et Etienne-François. Comme son frère, François-René entra à la musique de la garde suisse du roi en 1788 puis, en 1790, à la musique de la Garde nationale de Paris. Comme son frère, il a été attaché à la chapelle musicale de l’empereur. Pierre-Paul, né en 1775, est mort jeune et rien n’indique qu’il ait eu un emploi officiel. Enfin, Etienne-François, entré à l’orchestre de l’Opéra comique en 1801, ne semble pas l’avoir quitté avant la fin 1822. Il est mort quelque mois plus tard. Aucun de ces deux derniers frères ne semble avoir composé pour orchestre militaire. Si un Gebauer a composé les marches de Leipzig et de Waterloo, ce ne peut donc être que François-René. Malheureusement, aucun des deux oeuvres ne figure dans le catalogue de ses oeuvres. Fétis nous dit cependant qu’il a composé trente-six marches. On peut donc légitimement avancer que la marche de la Vieille Garde à Waterloo est due à François-René Gebauer. Donc, la question est réglée…



Mais voilà ! Très récemment, la Musique de la Garde impériale de Waterloo – créée en 1974 par  Pierre Grapin au sein de la Société musicale l’Indépendance de Waterloo, a sorti un disque reprenant seize morceaux parmi lesquels nous retrouvons les Grenadiers de la Vieille Garde à Waterloo. La pochette du disque indique, au dos, chacun des morceaux avec ce qu’on peut penser être le nom de son compositeur : le Chant du départ est ainsi correctement attribué à Méhul, la Marche du Sacre à Lesueur et la Marche des Marseillais à Rouget de Lisle. Et les Grenadiers de la Vieille Garde à Waterloo à « C. Eustache ». Vérificaton faite, les éditions musicales Robert Martin attribuent effectivement nos « Grenadiers » à Charles Eustace (et non Eustache). Il ne nous reste donc plus qu’à retourner dans Fétis pour voir de qui il s’agit. Mais voilà ! Dans Fétis – qui met tout son plaisir à citer des musiciens dont il est sans doute le seul à avoir jamais entendu parler – point d’Eustace !… Mais ce n’est pas une raison pour renoncer… 


Et c’est au détour de la correspondance de Gabriel Fauré avec Camille Saint-Saëns que nous avons trouvé une allusion à Charles Eustace. Il s’agissait du chef de musique du 2e régiment de Génie à Montpellier, devenu chef des musiques militaires de la garnison de Montpellier. Lors de la création de Prométhée, aux arènes de Béziers, Gabriel Fauré avait demandé à Eustace une orchestration pour musiques d’harmonie. Cette création eut lieu le 27 août 1900. D’où nous pouvons tirer deux conclusions : Eustace ne devait pas être dénué de talent puisque Gabriel Fauré s’adresse à lui pour orchestrer une de ses oeuvres ; Charles Eustace n’a certainement pas composé la marche de Waterloo, puisqu’il était encore actif en 1900. Mais tout laisse à penser qu’il a fait un arrangement de la partition originale que nous avons attribuée à François-René Gebauer. Sur la pochette de notre disque, il aurait donc fallu faire suivre le nom d’Eustace de la mention « arr. »… De même pour la marche de la Garde à Leipzig et la marche de la Garde consulaire à Marengo, attribuées à Furgeot. Ces marches – dont on considère les auteurs comme anonymes – ont  été arrangées par Jean Furgeot (1860-1934).

Mais cela ne retire rien à l’excellente qualité du disque lui-même

M.D.


Division Eff.   Regiment Eff. Bataillon Eff.
Grenadiers à pied

Friant

4 489 Vieille Garde 1er Grenadiers

Petit

1 280 1/1 Gr

Loubers

640
2/1 Gr

Combes

640
2e Grenadiers

Christiani

1 090 1/2 Gr

Martenot

545
2/2 Gr

Golzio

545
Moyenne Garde 3e Grenadiers

Poret de Morvan

1 164 1/3 Gr

Guillemin

582
2/3 Gr

Belcourt

582
4e Grenadiers

d’Harlet

520 1/4 Gr

Lafargue

545
Chasseurs à pied

Morand

4 789 Vieille Garde 1er Chasseurs

Cambronne

1 307 1/1 Ch

Duuring

653
2/1 Ch

Lamouret

654
2e Chasseurs

Pelet

1 163 1/2 Ch

Colomban

581
2/2 Ch

Momprez

582
Moyenne Garde 3e Chasseurs

Malet

1 062 1/3 Ch

Cardinal

531
2/3 Ch

Angelet

531
4e Chasseurs

Henrion

1 090 1/4 Ch

Agnès

545
2/4 Ch

Laborde

545
Jeune Garde

Duhesme

4 774 1e Brigade

Chartrand

1er Tirailleurs

Trappier

1 109 1/1 T

Cogne

560
2/1 T

Delaunay

549
1er Voltigeurs

Secrétin

1 219 1/1 V

Guasco

615
2/1 V

Laborde

607
2e Brigade

Guye

3e Tirailleurs

Pailhès

988 1/3 T

Dambley

500
2/3 T

Jacquot

488
3e Voltigeurs

Hurel

967 1/3 V

Pion

480
2/3 V

Roby

487

 

Ordre de bataille de la Garde impériale à pied 


      Régiments Eff.  
      Chasseurs à  cheval

      Lallemand

      1 197 5 escadrons
      2e Chevau-Légers Lanciers

      Colbert

      880 4 escadrons rouges

      1 escadron polonais (bleu)

      1 peloton mamelouks


Ordre de bataille de la cavalerie légère de la Garde (Lefebvre-Desnouëttes) 


Régiments Eff.  
Grenadiers à  Cheval

Bermuy

796 4 escadrons
Dragons de l’impératrice

Hoffmayer

816 4 escadrons
Gendarmerie d’Elite

Dyonnet

106 1 escadron


Ordre de bataille de la division de cavalerie lourde de la Garde impériale (Guyot)

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