L’artillerie française à Waterloo

Histoire, technique et ordre de bataille

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L’artillerie a joué un grand rôle durant la campagne de Belgique en 1815 et les historiens s’en sont fait l’écho. Malheureusement, la plupart des auteurs contemporains n’ont qu’une notion très vague de ce qu’était réellement l’artillerie au temps de Napoléon. L’évolution de cette arme au cours des deux siècles qui nous séparent de ces événements a été telle que bon nombre de notions qui étaient évidentes pour les historiens du XIXe siècle nous sont devenues totalement étrangères. De telle sorte que l’on trouve parfois sous la plume d’auteurs réputés sérieux de la deuxième moitié du XXe siècle des commentaires qui frisent l’absurde. Nous allons tenter dans cet article de retracer – brièvement : un fort volume n’y suffirait pas – l’histoire de l’arme en France et de montrer pourquoi Napoléon – prétendument artilleur lui-même – ne pouvait pas demander à son artillerie plus qu’elle n’était techniquement en mesure de lui fournir.

Les six calibres de France

L’artillerie à feu, à ses débuts, n’était considérée qu’en tant que composée de pièces de siège, plus apte à abattre de puissants murs que les trébuchets ou onagres en usage jusque-là. Certains chefs de guerre – le premier étant peut-être Edouard III d’Angleterre en 1346 à Crécy – mirent en ligne en campagne ce qu’il est convenu d’appeler des canons. Mais jusqu’au XVIe siècle, ces armes étaient plus impressionnantes qu’efficaces. Intransportables une fois l’action engagée, elles ne présentaient aucune fiabilité et explosaient généralement après une douzaine de coups. Vers le milieu du XVe siècle, on commença à construire des affûts à roue permettant de transporter les pièces sur le champ de bataille. L’invention des tourillons permettant de fixer le canon sur l’affût tout en lui laissant une certaine liberté de pointage constitue une amélioration capitale de même que l’utilisation de la fonte de fer puis du bronze pour couler les canons au lieu du fer pour les forger ; autre amélioration : l’utilisation de la fonte de fer pour fabriquer les boulets, jusque-là taillés dans la pierre. C’est l’époque où, en France, sous Charles VII, Jean Bureau constitue le premier « système » : on ne fabriquerait plus en France que des pièces de 2, 4, 8, 16, 32 et 64 livres. Ce système dit « des six calibres de France » resta très longtemps en vigueur.

Ainsi qu’on le voit, c’est dès cette époque que l’on commença à donner le calibre des pièces d’après le poids de la munition qu’elles tirent. Il faut sans doute voir l’origine de cette particularité au fait que le système de poids était beaucoup plus uniforme que le système de mesures de longueur et donnait lieu à moins de variation.

Le boulet étant en fonte de fer et la fonte de fer pesant toujours le même poids spécifique, la sphère est toujours du même poids selon le volume. La masse volumique de la fonte peut pourtant varier de 6800 à 7400 kg/m³, mais la variation n’est pas importante pour un aussi petit volume. Pour faire plaisir aux amateurs de calculs, voici les caractéristiques d’un boulet de 12 en fonte de fer à 7200 kg/m³ [1]. Il est entendu que la livre, ancienne mesure de poids en France, est égale à 488,5 g, soit 0,4885 kg. Un boulet de 12 pèse donc 5,862 kg. On peut donc fondre 1 228 boulets dans 1 m³ de fonte et un boulet fait 792 cm³ soit 0,000792 m³. On utilise alors la formule V = 4/3 pi ^{3}   et l’on obtient 5,794 cm de rayon et 11,58 cm de diamètre. Soit si l’on transpose en mesures anciennes (au « pied-du-roi ») : 4 pouces 3 lignes 9 points. On verra que le calibre du boulet de 12 (11,77 cm soit 4 pouces 4 lignes 4 points) utilisé sous l’Empire, est très légèrement supérieur.

Au XVIe siècle, sous Henri II, Jean d’Estrées, grand-maître de l’artillerie, procéda à une rationalisation du système dit « des six calibres de France ». C’est lui qui détermina la proportion des pièces : un tiers du parc sera constitué de pièces tirant des gros calibres de 16 à 64 livres et destiné aux sièges, deux tiers destinés à l’artillerie de campagne.

Louvois

François Michel Le Tellier, marquis de Louvois
Gravure du XIXe siècle.

Mais c’est sous Louis XIV que l’on sembla vouloir s’orienter vers un vrai système d’artillerie. Louvois commença par revenir au principe des « six calibres de France » que l’on avait un peu oublié au cours des temps. Louvois, pour autoritaire qu’il ait été, n’osa cependant pas complètement bousculer le vieux système de Jean Bureau : on supprima les pièces de 2 livres et on ajouta la pièce de 12 livres au système. Mais, malgré tout, le parc de l’artillerie du roi de France restait désespérément éclectique : trois sortes de pièces (longues, moyennes et courtes), soit en bronze soit en fonte de fer, étaient en service pour chaque calibre. A chacun de ces types de pièces correspondait en principe un affût particulier, mais là aussi régnait la plus parfaite anarchie. A cette pléthore, venaient encore se greffer des normes qui différaient suivant les fonderies. A ces pièces vinrent s’ajouter des mortiers de tous les calibres ainsi que des pièces légères « à la suédoise ». On ne pouvait en effet pas avoir été aveugle au point d’ignorer les progrès que, durant la guerre de Trente Ans, le roi de Suède Gustave-Adolphe avait fait faire à l’artillerie, la rendant plus légère et plus mobile. La timide réforme de 1679 avait été une tentative de réponse à ces nouveautés. Mais loin d’atteindre son but, cette réforme ne fit qu’aggraver le mal, ajoutant des matériels nouveaux à des matériels anciens que l’on ne se décidait pas à abandonner : on trouvait encore des couleuvrines dans les parcs d’artillerie !… Les artilleurs se montraient à l’époque fort conservateurs. Non seulement, ils restaient attachés à leurs anciens principes, mais ils refusaient de voir les progrès qu’avaient fait leurs ennemis traditionnels en la matière. Ainsi en va-t-il, par exemple, de la gargousse : alors que les Autrichiens, inspirés par les Suédois, avaient généralisé son usage, les Français continuaient à préférer le chargement à la lanterne.

  

La méthode consistait à amener un baril de poudre auprès de la pièce à approvisionner avec des bouchons de foin et des boulets. On défonçait le baril ; on puisait, au moyen d’une lanterne – une louche cylindrique – la poudre et on la versait dans le canon ; on refoulait ; on mettait un bouchon de paille  (la « bourre »), on refoulait ; on plaçait le boulet avec un bouchon et on refoulait encore. Pour le tir rapproché, on supprimait les bouchons. En cas d’urgence, et de tir à mitraille, on utilisait quand même une gargousse, ce qui rendait le tir beaucoup plus rapide. Ce dernier détail prouve que les artilleurs n’étaient pas gens pressés et qu’ils privilégiaient le tir lent et précis que permettait la variation de la charge de poudre. La hausse était déterminée par des coins « de mire », soit de simples éclisses préformatées que l’on glissait entre la culasse et l’entretoise de culasse.

Il faut ajouter à cela qu’en août 1703, se trouvant écrasé sous le poids de la dette, Louis XIV décréta la suppression de tous les offices d’artillerie existants pour les remplacer par des offices vénaux, héréditaires de surcroît, et assortis de privilèges exorbitants.

La réforme de 1720

C’est la période de paix qui suivit la mort de Louis XIV qui permit d’essayer de rationaliser un peu tout cela. L’une des premières mesures prises par le Régent fut, dès mars 1716, la suppression de tous les offices dans l’artillerie créés par les édits de 1703, 1704, 1706, 1708 et 1715. Le Régent, dans l’exposé des motifs de son ordonnance, justifiait cette suppression par la fin de l’état de guerre : « Ces offices sont devenus à charge à l’État et à nos finances, par les privilèges et exemptions dont jouissent ceux qui ont acquis lesdits offices, et par les gages considérables qui leur ont été attribués… » Et le prince constatait que certains acquéreurs de ces offices étaient si peu compétents que l’autorité avait été obligée « afin que le service n’en souffrît point, de commettre et d’employer, par des commissions particulières, en leurs lieu et place… d’autres officiers plus expérimentés entre ceux qui avaient été conservés pour composer les équipages d’artillerie à la suite des armées. »

Insigne de poche
 du 1er Régiment (français) d’Artillerie

qui a repris les traditions
du régiment Royal-Artillerie
On s’accorde à voir dans cet arrêté la main de Claude Le Blanc, homme jouissant de la confiance totale du Régent, membre du Conseil de la Guerre depuis 1716 et secrétaire d’État à la Guerre à partir de 1718. C’est ce même Le Blanc qui inspira l’ordonnance du 5 février 1720 qui réorganisait le service de l’artillerie. Le régiment royal de Bombardiers fut incorporé en même temps que toutes les compagnies de Mineurs dans le régiment Royal-Artillerie. En même temps, l’ordonnance organisait les compagnies du Royal-Artillerie en leur attribuant : « un capitaine en premier, un capitaine en second, deux lieutenants, deux sous-lieutenants, quatre sergents, quatre caporaux, quatre anspessades (aide-caporaux), deux cadets, deux tambours et quatre-vingt soldats »[2]. Chaque compagnie serait divisée en trois escouades. « La première, qui sera double, sera composée de vingt-quatre canonniers ou bombardiers… ; la seconde escouade sera composée de douze mineurs et sapeurs… et douze soldats-apprentis. La troisième escouade sera composée de douze ouvriers en fer et en bois à l’usage de l’artillerie… et douze ouvriers-apprentis. »

Une autre ordonnance, daté du même jour, réglait le service du régiment Royal-Artillerie, dont les bataillons devaient être soumis à une double inspection : celle des directeurs et inspecteurs généraux de l’infanterie et celle des deux officiers chargés spécialement des écoles d’artillerie. L’ordonnance désignait pour directeur général des écoles d’artillerie, Louis Camus Destouches [3], et pour inspecteur général desdites école, le maréchal de camp Jean-Florent de Vallière. L’ordonnance établissait aussi les écoles d’artillerie à Metz, Strasbourg, La Fère, Grenoble et Perpignan et leur imposait leur programme d’instruction. Il est à remarquer que l’instruction de ces écoles était dispensée aux hommes de troupe autant qu’aux officiers, même si le programme de ces derniers était beaucoup plus complet, notamment sur la théorie de l’arme : « On leur enseignera les fortifications et les parties de géométrie nécessaires pour les éclairer à bien placer une batterie dans toutes les occasions où l’on se sert de canons et de mortiers, à tirer autant juste qu’il est possible le canon, les bombes et les pierres, à bien mener les sapes, à conduire les galeries et rameaux des mines, à placer les fourneaux et à déterminer leurs charges ; on les instruira dans les parties de méchaniques qui apprennent à se servir avec adresse des leviers, poulies et cordages pour le mouvement des fardeaux… »

Vallière

Destouches et Vallière s’attaquèrent aussitôt avec acharnement à leur tâche. Dès le 23 juin 1720, ils adressaient aux écoles une instruction déterminant la création de polygones de tirs. Le 22 mai 1722, le régent signe une longue ordonnance « réglant le service de l’artillerie dans les armées, les places et les écoles » dont le but est d’assimiler définitivement les officiers d’artillerie aux officiers du régiment Royal-Artillerie. C’est donc cette ordonnance donne à l’artillerie son caractère militaire. Mais les ingénieurs restèrent en dehors de la hiérarchie militaire et n’eurent aucun grade correspondant à leur fonction jusqu’à l’ordonnance du 7 février 1744 qui les intégraient définitivement à l’armée.

Jean-Florent de Vallière
par J.B. Lemoyne II
(RMN, Cl. Bulloz)

Destouches mourut en 1726, mais Vallière, après avoir ainsi réglé le problème du personnel de l’artillerie, entama la réorganisation du matériel qui allait le rendre célèbre. L’ordonnance du 7 octobre 1732, allait bouleverser le paysage des artilleurs. En quatorze articles, Vallière réglait la question de la diversité anarchique des matériels :

« I. Il ne sera dorénavant fabriqué des pièces de canon que du calibre de 24, de 16, de 12, de 8 et de 4 ; des mortiers de 12 pouces juste et de 8 pouces 3 lignes de diamètre ; des pierriers de 15 pouces ; et, pour l’épreuve des poudres, de 7 pouces ¾ de lignes.
« II. Les dimensions et le poids des pièces de chaque calibre, des mortiers et pierriers, de même que les dimensions des plates-bandes et moulures, la position des anses et des tourillons, et les ornements desdites pièces, mortiers et pierriers demeureront fixés, suivant et conformément aux tables, esquisses, plans et coupes que Sa Majesté en a fait dresser, et qui seront insérés à la suite de la présente ordonnance ; sans que sous quelque prétexte que ce soit il puisse y être fait aucun changement.
III. La lumière des pièces de canon, mortiers et pierriers, sera percée dans le milieu d’une masse de cuivre rouge, pure rosette, bien conroyé, et aura la figure d’un cône tronqué renversé.
IV. Il sera fait pour les pièces de canon, ainsi qu’il est marqué aux plans, un canal extérieur, depuis la lumière jusqu’à l’écu des armes de Sa Majesté, d’une ligne de profondeur et de 6 lignes de large, pour éviter que le vent ne chasse la traînée de poudre.
V. La visière et le bouton de mire seront supprimés.
VI. Les pièces continueront d’être coulées par la volée.
VII. Le poids, tant des pièces de canon, que des mortiers et des pierriers, l’année, le quantième du mois de la fonte & le nom du fondeur, seront marqués sur la pièce.
VIII. On observera de numéroter sur l’un des tourillons, par première, deuxième, troisième et quatrième, les pièces, mortiers et pierriers de chaque fonte. »

 
Un canon de 12 livres fondu par Hyeronymus Castranova
à Naples en 1732

Quoique napolitaine, cette pièce correspond aux prescriptions définies par Vallière. A comparer avec, à droite, le canon de 12  fondu par Johann II Maritz à La Haye en 1792 et qui répond à celles de Gribeauval.

 

Les cinq derniers articles réglaient la manière dont les pièces devaient être fondues et éprouvées.

L’ordonnance était accompagnée d’un véritable atlas représentant les pièces telles qu’elles devaient être construites avec toutes leurs dimensions, leurs épaisseurs et même leurs moulures, les cotes en calibre étant ensuite converties en pieds, pouces et lignes dans des tableaux d’une grande précision. On constate que les canons de Vallière sont, pour les plus gros, longs de 22 calibres, et pour les plus légers, de 26 calibres. La maxime de Vallière était en effet de compenser la faiblesse du calibre par la force de la poudre ; dès lors les canons les plus légers devaient-ils être plus longs afin d’atteindre la précision de tir et la portée voulue.

Le « système » Vallière, ainsi qu’on l’appela – quoiqu’il ne s’agît pas d’un système à proprement parler – consistait donc à ne plus admettre que cinq types de canons, deux types de mortiers et deux de pierriers.

Encore fallait-il que, techniquement, la fabrication des canons permette de respecter les normes déterminées par Vallière.

Les fondeurs

Jusqu’alors, les canons étaient fondus selon la technique « du noyau ». On commençait par construire un moule autour d’un cylindre métallique correspondant au calibre. Le bronze était ensuite coulé dans le moule et une fois qu’il avait durci, on retirait la barre métallique. On alésait alors l’âme afin qu’elle soit aussi régulière que possible. Cette technique, pour astucieuse qu’elle soit, n’en était pas moins assez aléatoire. La barre métallique pouvait être mal centrée, elle pouvait bouger lors de la coulée, elle pouvait se déformer à la chaleur et l’alésage – au couteau ! – n’offrait aucune garantie d’exactitude…

C’est en 1704 qu’un fondeur bernois du nom de Johann Maritz trouva la solution à ce problème. Il eut l’idée de couler la pièce sans y introduire de noyau et, une fois refroidie, de la forer en son centre. Mais cette opération, longue et difficile exigeait une précision millimétrique que les moyens mécaniques de l’époque n’autorisaient pas. Maritz inventa alors une machine qui répondait à ces besoins. Une fois coulé et refroidi, le canon était fixé horizontalement sur la machine face à un forêt dont le diamètre correspondait à celui de l’âme désirée. Cette technique présentait toutefois un inconvénient : il coûtait plus cher en métal. Mais Maritz y répondait en récupérant les déchets de l’alésage pour une fonte ultérieure et en faisant remarquer qu’il diminuait considérablement le nombre de pièces ratées, souvent insoupçonnables, et qui se brisaient aux essais ou, pire, sur le champ de bataille.

En 1725, le gouvernement français voulut remettre les fonderies de Lyon et de Perpignan en service et se mit en quête de fondeurs compétents pour y opérer. Le lieutenant général d’artillerie du Lyonnais, Baraillon de Saint-Didier, ne trouvant en France personne répondant aux exigences, se tourna vers la Suisse et s’intéressa très vivement à Maritz. Mais celui-ci n’entendait pas quitter son atelier bernois sans une très sérieuse compensation financière que les Français jugèrent exorbitante. Baraillon engagea alors un fondeur d’origine saxonne nommé Georg Munich qui donna toute satisfaction jusqu’au début 1732 lorsque, au cours d’essais, quatre pièces – deux canons et deux mortiers – montrèrent des signes de détérioration prématurée. Vallière, alerté, exigea de connaître les raisons de cette défaillance. Après enquête, il s’avéra que Munich avait cru faire des économies en ne portant pas l’alliage à une température suffisante pour assurer le parfait amalgame du cuivre et de l’étain. La faiblesse de l’alliage se constatait surtout dans les environs de l’âme : le noyau métallique avait sans doute augmenté les effets du mauvais mélange. Sommé de s’expliquer, Munich refusa d’admettre les conclusions des experts, s’obstina en déniant toute compétence aux artilleurs et se vit finalement renvoyer en avril 1733.

La recherche d’un nouveau maître-fondeur pour remplacer Munich ramena Maritz sur le tapis. En effet, l’enquête des artilleurs avait montré que c’est le système même de la fonte à noyau qui présentait des vices. En outre, à l’heure où l’Europe réarmait, on risquait fort de voir Maritz passer au service d’une puissance étrangère moins regardante à la dépense…

Le secrétaire à la Guerre, d’Angervilliers, pour se faire une opinion, demanda à soumettre le système de Maritz à des épreuves. C’est ainsi que le 2 mai 1734, Johannes Maritz débarqua à Lyon avec sa machine à forer les canons. On lui fit couler une pièce de 12 et une pièce de 24 selon sa méthode. Vallière lui-même assistait aux épreuves et s’avoua conquis. Il voyait là le moyen de réaliser son vœu le plus cher : uniformiser la fabrication des pièces d’artillerie. Maritz fut donc engagé et installé dans l’atelier de Lyon. En 1738, son fils, Jean II, fut mis en possession de l’atelier de Strasbourg où l’on transporta la machine à forer. En 1746, Jean II fit construire une deuxième machine pour l’installer dans l’atelier de Douai qui restait aux mains des Bérenger. Cependant le jeune fils Bérenger suivit l’enseignement de Maritz, fit connaissance de la fille de Jean II qu’il épousa en 1750, l’année même où Maritz fut anobli. Il était, dans les faits, maîtres de trois fonderies sur les cinq que comptait le royaume et supervisait les autres en tant que commissaire général des fontes. L’uniformisation des fabrications dont rêvait Vallière était dès lors une réalité.

Le canon « à la suédoise »

Mais, si Vallière faisait faire un progrès considérable dans l’uniformisation et la simplification de l’artillerie, il ne réglait nullement le problème des affûts. Il s’opposa même avec vigueur aux améliorations proposées dans ce domaine. Un canon de 12 pour être tracté avait toujours besoin de neuf chevaux que l’on attelait encore toujours à la file …

Bien plus grave : alors que la gargousse était déjà utilisée pour le service de nombreuses pièces, Vallière en revint à l’ancien système dit « à la lanterne » que nous avons décrit plus haut. Il jugeait en effet ce système plus précis dans le dosage de la charge et plus économique.

L’administration de Vallière se montra donc fort conservatrice mais elle ne put complètement s’opposer à quelques innovations marquantes. Ainsi, en 1737, le général gouverneur de la place de Metz, le comte de Belle-Isle, sur les rapports d’un de ses officiers qui avait examiné l’artillerie suédoise, fit fondre un canon et construire un affût « à la suédoise ». il confia le maniement de cette pièce légère à des soldats de l’infanterie qui, au bout de huit jours, avaient acquis assez d’habileté pour tirer 10 coups à la minute !

Le comte de Breteuil qui détenait à cette époque le portefeuille de la Guerre fut mis au courant des essais pratiqués à Metz et se montra fort sceptique devant une telle performance. Aussi ordonna-t-il de renouveler les essais. En même temps, il fit monter les canons, que l’on fora au calibre de 4, sur un nouvel affût imaginé par le capitaine Cuisinier, commandant la compagnie d’ouvriers d’artillerie de Metz. L’expérience fut un triomphe et, malgré les réticences du vieux Vallière, le ministre ordonna la fabrication de cinquante pièces « à la suédoise ».

L’immense supériorité du canon à la suédoise réside à la fois dans son poids et dans sa mobilité. En effet, ce canon n’avait que 17 calibres de longueur au lieu de 26 pour le canon de 4 du « système Vallière » et ne pesait que 600 livres (150 fois le boulet) au lieu de 1 150 ! Ajoutons à cela que, après les expériences, on put réduire la charge de poudre à une livre un tiers au lieu de deux livres sans changer les performances de la pièce . Le nouvel affût, plus léger, plus facile à atteler que l’ancien, était pourvu d’une vis de pointage remplaçant les anciens coins de mire et portait un coffre de chargement entre les deux flasques, de telle sorte que la pièce, à peine dételée, pouvait ouvrir le feu sans attendre les caissons. Grâce à sa légèreté, les déplacements sur le champ de bataille pouvaient se faire sans chevaux. Le nouveau canon de 4 était attelé à trois chevaux à la file, au lieu de sept pour le même calibre dans le système Vallière. Le coffret contenait 55 coups

Disons-le tout de suite : le canon à la suédoise est le modèle de toutes les pièces mises en œuvre par Gribeauval. En tout cas, suite à l’expérience malheureuse de la campagne de 1741 au cours de laquelle on n’engagea pas les nouvelles pièces de 4 et qui vit le matériel d’artillerie fondre comme neige au soleil à cause de son manque de mobilité, les généraux exigèrent à corps et à cri un système de pièces plus courtes et plus légères. On réclama le rétablissement de la cartouche à boulet pour augmenter le rythme de tir.

Le duc du Maine, qui était grand-maître de l’artillerie, et qui était très jaloux de ses prérogatives, refusa d’envisager une réforme du système Vallière. Il voyait dans le canon à la suédoise un gros inconvénient : ces pièces étaient destinées à accompagner l’infanterie sur le champ de bataille et leur service distrayait un personnel nombreux des grosses batteries qui continuaient à bénéficier de sa préférence. On se contenta donc, par égard pour le duc, d’augmenter le personnel du corps royal d’artillerie pour servir les pièces à la suédoise.

Mais nul n’est éternel, et le duc du Maine moins encore puisqu’il mourut au cours d’un duel en 1755. Aussitôt, l’entourage militaire du roi remit en chantier la réforme qu’il avait tant souhaitée. Et cela se traduisit par l’ordonnance du 20 janvier 1757 :

« Art. 1. – Il sera délivré dorénavant, à l’entrée en campagne, des magasins de l’artillerie, une pièce de canon à la suédoise à chacun des bataillons d’infanterie, tant française qu’étrangère, qui seront destinés à servir en campagne.
Art.2. – Ladite pièce à la suédoise sera montée sur son affût et un avant-train ; elle sera garnie d’un coffre qui contiendra les munitions nécessaires. »

Ainsi donc, les canons à la suédoise, étaient servis par des fantassins et non plus par des artilleurs. Vallière crut en mourir…

Mais toutes ces années d’inertie n’avaient pas empêché les scientifiques et les techniciens de l’arme de se pencher – à leurs risques et périls – sur les questions que posait l’artillerie. Bernard Forest de Bélidor démontra le premier que la portée n’était pas réellement proportionnelle à la charge en poudre :

« La poudre qui s’enflamme dans les derniers instants est en bien plus grande quantité que celle qui agit au commencement de l’explosion ; l’on voit qu’il s’en faut bien qu’un boulet ou une balle reçoivent toute l’impulsion de la poudre, et ce serait même beaucoup s’ils en recevaient la moitié. »

En conséquence, il proposait soit de donner une forme sphérique aux chambres [4] – qui accélérait la déflagration des gaz – soit de ralentir la sortie du projectile en l’obligeant à suivre des rayures. Les conclusions de Bélidor soulevèrent un tonnerre de réprobations au point qu’il fut « admis à faire valoir ses droits à la retraite ». Mais le maréchal de Belle-Isle, décidément progressiste, n’en fit pas moins vérifier les expériences de Bélidor sur le polygone de Metz, et les conclusions de cette étude aboutissaient au même résultat. On se décida donc à réduire la charge de poudre au tiers du poids du boulet. Logiquement, il aurait fallu continuer sur la piste tracée par Bélidor et entreprendre de raccourcir la longueur et l’épaisseur des canons et donc leur poids, puisqu’ils avaient une influence limitée sur leur portée. Mais Vallière veillait et interdit absolument tout changement…Le malheureux a dû pousser de sombres gémissements quand, au cours de la campagne de 1756 en Allemagne, le maréchal de Broglie, aux prises avec un ennemi doté du double de son artillerie et empêtré dans les longues et lourdes pièces du système, entreprit de forer ses pièces de 8 et de 12, augmentant leur calibre et les transformant en pièces de 12 et de 16 beaucoup plus légères et maniables que leurs équivalents du « système ».

La mort du vieux général en 1759 ne suffit pas à débloquer les choses puisque son fils Joseph Florent Vallière défendit avec acharnement le système de son père même contre Gribeauval. Mais cette mort eut au moins le mérite de permettre à Bélidor de réintégrer son corps…

Enfin vint Gribeauval…

Gribeauval

Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval,
Dessin à la mine de plomb, sanguine, gouache et aquarelle
 par Louis Carrogis dit Carmontelle (1760). 
Chantilly, Musée Condé. (RMN)

Né à Amiens en 1715, Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval entra dans l’artillerie royale en 1732 et reçut sa commission d’officier en 1735. En 1752, on le retrouve capitaine d’une compagnie de mineurs. Il est envoyé en Prusse pour y observer l’évolution de l’artillerie que présidait Frédéric II. Après le retournement des alliances, en 1757, Gribeauval est envoyé en Autriche où il se distingua dans la défense de Schweidnitz l’année suivante. Fait prisonnier par les Prussiens, il est échangé et revient en Autriche où il reçoit l’ordre de Marie-Thérèse, distinction rarement accordée à un étranger.

Le séjour de Gribeauval en Autriche fut pour lui une source réelle d’inspiration. En 1753, en effet, le prince Liechtenstein, avait révolutionné l’artillerie autrichienne en imposant le premier vrai système intégré d’artillerie digne de ce nom en Europe. Gribeauval constata que, alors que les artilleurs prussiens tâtonnaient, les artilleurs autrichiens avaient introduit un grand nombre de nouveautés qui rendait leur arme sans doute la plus efficace d’Europe. On possède de lui un rapport daté de Vienne le 3 mars 1762 répondant à un questionnaire en dix-huit points, rédigé par le ministère de la Guerre [5], qui ressemble furieusement à une « liste de courses » comme les connaissent les espions modernes. C’est une véritable photographie de l’artillerie autrichienne de campagne à l’époque de Marie-Thérèse. Les remarques faites par Gribeauval préfigurent à merveille la philosophie qui va l’inspirer par la suite :

1° Il n’y a, en Autriche, que trois calibres de canon (3, 6 et 12) et deux d’obusiers (7 et 10 livres de pierre).
2° Ces pièces ne font que 16 calibres de boulet de longueur.
3° Les flasques d’affût n’ont qu’un calibre d’épaisseur mais ils sont renforcés par de très solides sous-bandes et malgré leur légèreté, les affûts se montrent très résistants.
4° L’effectif se monte à 5 bouches à feu par mille hommes, y compris le canon de régiment qui consiste en 2 pièces de 3 livres par bataillons.
5°Le canon de régiment ne quitte pas les bataillons ; les autres pièces sont partagées en 4 divisions de réserve.
6° Les pièces de 3 sont approvisionnées de 200 coups par pièce dont 150 à boulets et le reste en cartouches à balles.
7° Les cartouches à boulet sont semblables à celles utilisées en France, mais sont peintes avec une peinture qui empêche la poudre de tamiser et n’empâte pas les pièces. Les boites à cartouches sont de fer blanc, avec un culot de fer battu d’un doigt d’épaisseur et elles contiennent des balles de fer bien ébarbées, beaucoup plus efficace que les balles en plomb utilisées en France.
8° Les étoupilles (ou tuyaux d’amorce) sont plus gros que les français et les lumières des pièces sont donc plus grandes. Ces étoupilles sont de cuivre ou de fer blanc. Dans le fond de leur charge, on place un petit cône en cuivre très pointu pour percer la gargousse.
9° Les caissons d’artillerie sont à peu près semblables aux français mais ils ne tournent pas sur eux-mêmes et ont une flèche au lieu de brancards (« limonières »).
10° Les pièces de 3 pèsent environ 400 livres et sont attelées à deux chevaux ; chaque pièce a son caisson attelé à deux chevaux également et porte 170 à 180 cartouches. Le coffret d’affût porte 20 à 30 cartouches ;
Les pièces de 6 pèsent entre 6 et 700 livres et sont attelées à quatre chevaux ainsi que les caissons qui portent 90 à 100 coups ;
Les pièces de 12 pèsent environ 1400 livres, sont attelées à six chevaux, leurs deux caissons à quatre et ils transportent chacun 70 cartouches à 3 livres de poudre pour le boulet et 3 ½ livres pour la cartouche à balle.
11° Les chevaux d’artillerie sont aux frais de l’Impératrice et entretenus par la direction de l’artillerie et non par des entrepreneurs civils.
12° L’artillerie de régiment suit les bataillons ; l’autre marche, selon les circonstances, à côté des colonnes, dans les colonnes mêmes, devant ou derrière. Le parc marche toujours à part.
13° Les pièces sont servies par 8 hommes. Gribeauval remarque que dans l’artillerie de régiment, parmi ces 8 hommes, 2 seulement sont des artilleurs, les autres étant fournis par les régiments d’infanterie eux-mêmes.
14° Les canonniers et leurs officiers restent attachés à leur pièce pour toute la campagne et en sont donc responsables. « Par là, ils sont tous intéressés, officiers et soldats, à soigner de près leurs attirails et munitions, puisque leur honneur en dépend ; aussi tout est soigné icy avec la plus grande attention. »
15° Devant l’ennemi, les pièces sont traînées à bras, sauf s’il y a de très grands mouvements à fournir.
16° … (à propos des pièces d’origine étrangère, moins efficaces et plus difficiles à servir que celles d’origine autrichienne)
17° Il y a 20 à 30 obusiers dans l’armée, attelés à quatre chevaux, efficaces dans l’attaque des postes mais de peu d’usage en plaine.
18° Après avoir parlé des coins de mire, Gribeauval fait remarquer que les affûts de 12 ont un double encastrement de tourillons « pour faire porter dans les marches partie du poids de la pièce sur l’avant-train ».

Louis XV s’était en effet vu soumettre par le ministre de la Guerre, à l’époque le duc de Choiseul, un mémoire qui montrait l’état catastrophique (« effrayant » selon le rapport lui-même) dans lequel se trouvait son artillerie. Le mémoire en 22 points, dont la plupart des auteurs estiment qu’il a été inspiré par les rapports de Gribeauval, réclamait, à propos de l’artillerie de campagne, des réformes urgentes et des réponses précises aux questions suivantes :

1° Fixation invariable des canons de campagne et de siège ;
2° Composition d’un équipage de campagne pour une armée de 100 000 hommes. Proportion des équipages à la force des armées ;
3° Mode d’emploi du canon d’infanterie : doit-il rester avec l’infanterie ou venir combattre avec le parc d’artillerie ? Doit-il être servi par des canonniers ou par des soldats d’infanterie ?
4° Fixation du meilleur modèle pour les affûts ainsi que pour les accessoires d’artillerie. Uniformité de construction dans les arsenaux ;
5° Fixation des règles de construction pour les obusiers et leurs affûts ;
6° Fixation des règles de construction pour les mortiers et leurs affûts ;
7° Modèles de caissons à adopter ;
8° Fixation du vent des boulets, de la forme des gargousses, des cartouches, etc.

L’auteur anonyme du rapport concluait :« Tout le militaire convient qu’à l’avenir les batailles, les actions, les attaques et défense de poste à la guerre ne seront plus décidées que par la supériorité de l’artillerie. » A quoi Gribeauval, interrogé par le ministre sur ce rapport, répondait sagement : «  Il faut bien se garder de laisser oublier aux troupes leurs manœuvres et évolutions. La meilleure artillerie sera peu de chose, si l’armée est mal disposée et ne sait pas manœuvrer. »

Le duc de Choiseul
Copie d’après les frères Van Loo
Verdun,  Musée de la Princerie
(RMN)

Choiseul, avec l’appui actif de Louis XV, s’attaqua avec vigueur à la réforme en profondeur de l’armée. Il faut faire remarquer que Choiseul est, à proprement parler, l’inventeur de nombreuses réformes dont on crédite généralement la Révolution : fin du privilège noble pour les grades d’officiers subalternes, fin du recrutement des compagnies par leur capitaine, instruction des recrues prise en charge par le Roi et, donc, création de l’Ecole militaire, fin du logement de la troupe chez l’habitant et, donc, « encasernement » progressif de l’armée, création d’un système de milice mettant fin au mercenariat, etc. Comme toutes les réformes entreprises sous Louis XV, celle-ci connut des sorts divers et la mort du roi en 1774 amena une réaction conservatrice qui mit à mal la plupart des progrès réalisés sous son règne.

En attendant, Choiseul proposa Gribeauval au poste d’inspecteur général de l’artillerie, proposition agréée par le roi et assortie d’un brevet de maréchal-de-camp. La charge de grand-maître de l’artillerie ayant été supprimée dès 1755, Gribeauval se trouva à même d’opérer les réformes radicales que le roi attendait de lui.

La première chose que fit Gribeauval, c’est de mettre un terme à la confusion des genres en appliquant une stricte séparation entre l’artillerie de campagne, celle de siège, celle de côtes et celle de place. A propos de l’artillerie de campagne, son premier soin fut, en 1764, de réunir une commission de techniciens chargés de l’aider dans son entreprise et d’en expérimenter les essais.

La commission tomba vite d’accord pour dire que la première chose à faire, c’était d’augmenter la mobilité de l’artillerie de campagne et, à cet effet, de l’alléger radicalement. On commença par abandonner les pièces de 16 aux artilleries de siège et de place et à limiter au calibre de 12 l’artillerie de campagne. On convint ensuite d’alléger les pièces de 12, de 8 et de 4, étant bien entendu qu’elles devaient conserver la portée idéale de 500 toises, soit à peu près 1000 mètres. Gribeauval, s’appuyant sur les travaux de Bélidor, suggéra donc d’unifier la longueur des canons à 18 calibres (au lieu des 20, 22 ou même 26 naguère préconisés par Vallière) et leur poids à environ 150 fois celui de leur boulet.

Les expériences menées par la commission à Strasbourg conclurent que ces modifications répondaient parfaitement à l’objectif poursuivi. On ne fondit dès lors plus de pièces qu’en fonction de ces critères et l’on obtint ainsi des canons de 12 pesant 1800 livres au lieu de 3200, des canons de 8 pesant 1200 livres au lieu de 2100 et des canons de 4 pesant 600 livres au lieu de 1150. On voit immédiatement le gain réalisé. Gribeauval ne s’était pas montré plus radical qu’il ne convenait : les artilleries prussienne et autrichienne avaient déjà diminué la longueur de leurs pièces à 16 calibres ; mais Gribeauval préféra garder une marge de manœuvre se traduisant par une plus grande solidité de ses pièces. Les faits devaient lui donner raison : certaines pièces fondues sous Gribeauval et portant le chiffre de Louis XV étaient encore en service dans la Grande Armée…

Ces modifications furent accompagnées de changements radicaux dans la fabrication. Jusque-là, en effet, on avait presque limité les interventions des artilleurs à la réception des pièces et on laissait la liberté aux fondeurs de procéder un peu comme ils voulaient. De telle sorte que là-même où Vallière avait fixé des normes, il existait des variations assez importantes entre les pièces, tenant souvent au manque de rigueur des unités de mesure. On a vu des pièces sensément de même calibre dont la bouche et l’âme variant de deux lignes (près de 5 mm). Parfois, les tourillons étaient de longueur inégale ou n’étaient pas exactement dans le même axe, ce qui avait des conséquences désastreuses dont la moindre n’était pas que, lors du tir, la pièce sortait de son axe pour se jeter sur un côté de l’affût, ne manquant pas de le disloquer en peu de temps. Pour remédier à cela, il n’y avait qu’un moyen : tailler les flasques d’affût à la mesure des variations présentées par les tourillons ; de telle sorte que beaucoup de pièces devaient avoir leur affût particulier. Ce qui allait à l’encontre même des objectifs de Gribeauval, à savoir l’interchangeabilité entre les canons et les affûts. Gribeauval, avec la collaboration enthousiaste de Jean II Maritz, inspecteur général aux fontes, mit fin à cela en désignant des officiers chargés de surveiller toutes les étapes de la fonte et en leur distribuant des étalons en cuivre de très grande précision, la célèbre « étoile d’artillerie ». On mit définitivement fin à la fonte « à noyau » : tous les canons seraient coulés pleins, puis forés sur la machine de Maritz. La surface extérieure serait presque entièrement façonnée sur le tour avec la plus grande précision sous la surveillance des inspecteurs armés de leur étalon en cuivre. Cette manière de faire avait l’avantage de révéler le moindre défaut dans la coulée – qu’il devenait impossible de masquer – mais comme conséquence de supprimer les belles ornementations que Vallière avait dessinées… On attacha une grande attention à la fonte des tourillons et on leur ajouta des embases destinés à laisser le moins de jeu possible entre la pièce et la flasque de l’affût.

En outre, outre la lumière fut percée dans un grain de cuivre rosette vissé à froid dans la pièce, ce qui avait l’avantage de réduire les déformations subies lors de la déflagration et de maintenir un diamètre constant de l’ouverture où devait se placer l’étoupille d’amorce que, par la même occasion, on adopta définitivement.

Par ailleurs, la composition de la poudre de changea pas, mais Gribeauval renonça à l’usage qui consistait à transporter la poudre et les projectiles sur le champ de bataille dans des voitures séparées et adopta définitivement la cartouche à boulet.

La commission procéda à de nombreux essais pour déterminer la matière dont seraient enveloppées les gargousses et s’arrêta à la serge croisée, dans la mesure où ce textile produisait le moins de flammèches toujours dangereuses au moment du rechargement. La charge de poudre fut fixée à 4 livres pour le canon de 12, 2 ½ livres pour le canon de 8 et 1 ½ livres pour celui de 4. Ainsi chargée un canon de 12, à une inclinaison de 6° au-dessus de l’horizontale, portait jusqu’à 911 toises (1775,5 m), celle de 8 à 633 toises (1233,7 m) et celle de 4 à 773 toises (1509,5 m), toutes ces portées dans les conditions optimales du polygone. Notons, car ce détail est souvent ignoré que, dans une cartouche, le boulet est fixé par des bandelettes en fer-blanc à un sabot de bois qui est attaché au sachet de serge contenant la poudre.

Quant au boulet, on augmenta son diamètre de manière à réduire le vent à une ligne (2,2256 mm) au lieu de deux précédemment. Le tir était ainsi plus précis, l’usure des pièces était réduite du fait que le boulet avait moins de jeu pour se heurter à l’âme du canon et la portée plus longue puisque les gaz produits par la poudre ne pouvaient s’échapper. Pour les projectiles à mitraille, Gribeauval s’inspira largement du modèle autrichien et adopta des boites cylindriques en tôle, munies d’un culot en fer et remplies de balles en fer battu. Les pièces de 12 et celles de 8 pouvaient tirer deux modèles de boites contenant 41 balles de 1 pouce 5 ligne (38,35 mm) et ou 112 balles de 1 pouce (27,07 mm) ; les pièces de 4 pouvaient tirer deux modèles aussi : l’un de 41 balles, l’autre de 61 balles.

Bien entendu, des spécifications aussi précises, notamment en ce qui concerne le vent, exigeaient une vérification rigoureuse lors de la réception du matériel. Jusque là, on s’était contenté de vérifier le calibre des boulets au moyen d’un gabarit appelé lunette. Mais, bien sûr, si la lunette arrêtait les boulets qui ne seraient pas entré dans l’âme du canon, elle laissait passer les boulets trop petits, créant ainsi un vent trop important, ou ceux qui présentaient une aspérité ou étaient ovalisés. On eut alors l’astucieuse idée de faire rouler les boulets dans un tuyau  qui aurait une ligne de moins que la pièce : tous les boulets qui s’y arrêtaient seraient rebutés. Puis on passait les boulets par une lunette ayant neuf points (9 x 0,188 mm) de moins d’ouverture : tous ceux qui passaient étaient rejetés.

Bien entendu, les acquits de Gribeauval n’auraient pas suffi s’il ne s’était sérieusement penché sur la question des affûts que Vallière lui-même avait quelque peu négligé. Nous avons dit que Gribeauval avait été frappé par la légèreté et la solidité des affûts autrichiens. Le but recherché était ici encore la mobilité. On augmenta donc le diamètre des roues d’avant-train ; on fit monter les affûts et les avant-trains sur des essieux de fer tournant dans des boîtes en fonte lubrifiées. Cela avait pour conséquence de rendre la voiture d’artillerie plus facile à manœuvrer mais présentait l’inconvénient d’augmenter l’effet du recul, d’autant plus considérable que la pièce était légère. Gribeauval, pour tenter de remédier à cet inconvénient, retraça le profil des flasques, donnant à la crosse un angle d’incidence sur le sol assez prononcé. Par ailleurs, le fait de renforcer l’affût en y appliquant de nombreuses ferrures augmentait son poids, réduisant ainsi un peu le recul.

Il faut remarquer que pour les pièces de 12 et de 8, Gribeauval avait prévu sur les affûts deux encastrements pour les tourillons, l’un pour la position de tir, l’autre à quatre calibres en arrière du premier pour le transport, reportant ainsi le poids de la pièce vers l’arrière et le répartissant entre les deux trains. Et enfin, il place un coffret à munitions entre les deux flasques, permettant à la pièce d’ouvrir le feu dès sa mise en place sans attendre les caissons. L’affût de l’obusier de campagne (de 6 pouces) est semblable à celui des canons, si ce n’est l’essieu qui est en bois.

Il faut aussi noter que, dans le but de faciliter le transport, Gribeauval unifia la voie de toutes les voitures d’artillerie et la fixa à 4 pieds 8 pouces 6 lignes (1435 mm) du milieu d’une jante au milieu de la jante correspondante de la roue en vis-à-vis. On ne sait pas très exactement sur quelle base Gribeauval établit cette mesure mais il faut constater qu’elle correspond très exactement à l’écartement UIC des rails utilisés sur 60 p.c. des lignes de chemin de fer construites dans le monde et que cela ne saurait être une coïncidence…

Autre nouveauté importante : Gribeauval adopta l’attelage à timon qui permet des allures soutenues au lieu de celui à limonière qui ne permet que la marche au pas. Il justifiait cette mesure en écrivant : 

« Il est de nécessité absolue de trotter avec le canon et les voitures de munitions ; car il en est d’une files d’artillerie comme des colonnes d’infanterie et de cavalerie : quoique la tête marche doucement, la queue trotte pendant la moitié ou au moins le tiers de la marche. Si, dans un jour de bataille, l’ennemi marque, par son développement, qu’il veut faire effort contre la partie droite, l’artillerie de la réserve du centre doit s’y porter le plus légèrement possible, pour arriver à temps ; si la gauche est libre, elle doit remplacer avec la même vitesse ce qui est sorti du centre. S’agit-il de poursuivre l’ennemi ? Il faut se porter fort vite à l’attaque des postes qui soutiennent la retraite ; si, au contraire, il faut soutenir une retraite, on ne saurait déblayer trop tôt le chemin des troupes, ni arriver trop vite dans les postes choisis pour favoriser la retraite. Dans toutes ces occasions, il faut savoir trotter et même galoper ; ce n’est que pour ces instants précieux qu’est faite toute la dépense de l’artillerie ; il faut donc, avant tout, se mettre en état d’en profiter ; et, comme l’attelage à timon peut seul procurer cet avantage, il paraît qu’on doit s’y fixer en tâchant de diminuer, autant qu’il est possible, les inconvénients qu’il entraîne.[6] »

Les canons de 12 nécessitaient six chevaux. Ceux de 8 et de 4 en nécessitaient 4. Mais sur le champ de bataille, pour les déplacements à courte distance, il était long et difficile d’atteler les pièces et le mieux semblait de pouvoir les mouvoir sans l’aide des chevaux mais seulement à la force des canonniers et des fantassins. Gribeauval inventa un système de bretelles en bricoles et de leviers qui facilitait cette manœuvre. Huit hommes suffisaient pour déplacer les pièces de 8 et de 4 tandis que les pièces de 12 nécessitaient de 11 à 15 hommes.

Une des innovations les plus importantes de Gribeauval fut l’utilisation de la prolonge. Il expliquait :

« Pour faire de longs trajets en retraite, ou pour couvrir une colonne qui aurait à craindre l’ennemi sur son flanc, ou enfin pour franchir les fossés, rideaux, etc., avec les pièces des trois calibres, on sépare l’avant-train de l’affût, dont la crosse pose à terre ; on attache un bout d’une demi prolonge aux armons de l’avant train, laquelle passe sur l’avant train, embrasse d’un tour la cheville ouvrière, repasse sur le couvercle du coffret de munitions, et est attachée de l’autre bout à l’anneau d’embrelage ; on laisse environ 4 toises de longueur au cordage entre l’avant-train et l’affût auquel les chevaux sont attelés ; lorsqu’ils marchent, la pièce, tirée par le cordage, suit aisément, au moyen de la coupe de la partie inférieure de la crosse qui est faite en traîneau ; les canonniers et servants, portant leurs armements, accompagnent la pièce dans leur postes respectifs, à droite et à gauche. Lorsque l’on veut tirer, le maître canonnier crie : « Halte ! » et dirige la pièce en faisant le commandement : « Chargez ! » ; le coup parti, s’il ne veut pas en tirer un second, il fait le commandement : « Marche ! » S’il faut descendre ou monter un rideau, passer un fossé, on allonge, s’il le faut le cordage, les chevaux passent avec l’avant-train ; les canonniers et servants joignent leurs efforts à ceux des chevaux, et la pièce passe. [7] »

Ainsi donc, les améliorations apportées par Gribeauval et la Commission de 1764 avaient-elles pour objectif principal la mobilité de l’artillerie de campagne et, en corollaire, l’uniformisation des matériels permettant des réparations sur le terrain. Sans doute, Gribeauval ne parvint-il pas à uniformiser le diamètre des roues – il en restait 23 ! –de tous les véhicules d’artillerie mais il était parvenu à unifier leur écartement, ce qui était un progrès considérable.

En même temps que Gribeauval se préoccupait de la qualité du matériel, il proposait de le répartir en deux groupes distincts : d’une part, les canons d’infanterie (à raison de deux pièces par bataillon), servis par les sapeurs du Royal-Artllerie et mis à la disposition des chefs de brigade d’infanterie ; d’autre part, les réserves générales, au nombre de deux ou de trois, sous les ordres direct du général de l’armée. Gribeauval estimait la proportion d’artillerie nécessaire dans une armée à 4 pièces pour 1000 hommes dont, pour la réserve un quart en canons de 12, une moitié en canons de 8, et un quart en canons de 4 (outre les pièces d’infanterie). De telle sorte que si l’on compte 1000 hommes par bataillon et si l’armée compte 80 bataillons, outre les 160 pièces d’infanterie, il faut compter 40 canons de 12, 80 canons de 8 et 40 canons de 4, à quoi il faut ajouter 20 obusiers de 6 pouces affectés à la réserve.

La réaction

Le système Gribeauval fut adopté en 1765 par Choiseul. Mais il suscita une polémique dont on n’a pas idée. Jean-Florent de Vallière était mort en 1759 et c’est son fils, Joseph-Florent qui lui succéda au poste de directeur général de l’artillerie. Vallière fils se montra résolument opposé à Gribeauval, qui passait pour une créature du duc de Choiseul. Quand ce dernier fut renvoyé en 1770, les jours du système Gribeauval semblaient comptés. Le nouveau secrétaire à la Guerre, le marquis de Monteynard, semble en effet avoir été sensible aux arguments développés contre le système par Vallière fils. Quels étaient-ils ?

Vallière reprochait aux nouvelles pièces d’avoir moins de portée, d’être moins précises, d’avoir moins de vitesse initiale, de produire moins de ricochets, d’avoir un recul exagéré et, enfin, d’être moins solides. La seule objection recevable tient au recul, les autres démontrant une méconnaissance totale de la balistique. L’expérience avait démontré qu’une ancienne pièce de 12 avait un recul de 4 pieds et demi, tandis qu’une nouvelle, dans les mêmes conditions, produisait un recul de 15 pieds et demi. On en concluait qu’il faudrait un temps considérable pour ramener la pièce à son emplacement de tir. Gribeauval répondit sans nier le fait mais en faisant observer que la pièce, étant considérablement moins lourde, demandait moins d’effort à déplacer et que l’expérience avait démontré que, malgré cet inconvénient, le rythme de tir des nouvelles pièces de 12 était beaucoup plus élevé que celui des anciennes.

Vallière reprochait paradoxalement aux cartouches à boulet de faciliter le tir et donc de favoriser le gaspillage de munitions et aux boîtes à balles de coûter trop cher. Il montrait que la diminution du vent empêchait le tir à boulets rouges. A quoi, les partisans de Gribeauval répondaient que c’est précisément pourquoi on avait adopté des obusiers qui ne nécessitaient pas tous les apprêts et toutes les précautions que demandait un tir à boulets rouges. On reprochait aux nouveaux affûts d’être trop lourds, du fait des nombreuses ferrures qu’ils comportaient. Gribeauval répondit que cet inconvénient était réel mais que l’excès de poids était surtout dû aux coffrets de munitions, dont personne ne pouvait nier l’utilité, et de l’adoption de l’essieu en fer. Quant aux ferrures, étant normalisées, leur rechange était beaucoup plus facile et il n’était pas nécessaire, comme jadis, de les faire forger sur le terrain.

Rien ne trouvait grâce aux yeux de Vallière fils : ni les caissons dont les types étaient jugés trop nombreux, ni la bricole, ni la prolonge, ni la hausse, ni la vis de pointage… Et le ministre signa en août 1772 la suppression du système Gribeauval et le retour à l’ancien système…

La mort de Louis XV et l’avènement de Louis XVI en 1774 amena la chute du ministère d’Aiguillon et les choiseulistes revinrent au pouvoir, quoique Choiseul lui-même restât éloigné de Versailles. Le jeune roi, passionné de mécanique, s’était intéressé au débat entre « gribeauvalistes » et « valliéristes ». Peu de temps après son accession au trône, il nomma une commission de maréchaux chargés d’évaluer le système. L’avis des maréchaux de Broglie, Contades, Soubise et Richelieu fut unanime : il fallait adopter le système Gribeauval. Et vite !…. Une ordonnance d’octobre 1774 vint sanctionner la décision de la commission. Vallière fils mourut en 1776 et Louis XVI s’empressa de nommer Gribeauval inspecteur général de l’artillerie avec mission de mettre ses idées en œuvre. La France se mettait à même de posséder l’artillerie qui allait lui permettre de soutenir les guerres de la République et de l’Empire.

Canon de 12 livres monté sur un affût autrichien.
Ce canon a été fondu Par Johann II Maritz à La Haye en 1792. La différence entre l’affût du système Gribeauval et l’affût autrichien dont il s’inspire largement tient essentiellement
à sa forme un peu plus ramassée et à sa crosse plus recourbée.
On remarque aussi ici l’absence d’anneaux de pointage et d’encastrement de transport.
(Bruxelles, Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaire, 2011)

La querelle entre « bleus », valliéristes, et « rouges », gribeauvalistes, eut un effet imprévu : le neveu de Jean II Maritz, croyant les perspectives bouchées pour lui en France, installa un atelier à La Haye où il entreprit la fabrication de pièces d’artillerie selon les principes de Gribeauval. Le Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaire à Bruxelles expose trois pièces signées Johannes Maritz à La Haye : un canon de 12 monté sur un affût de type autrichien, un obusier de 24, remonté sur un affût anversois en 1854  et un obusier de 8 pouces, sur un affût autrichien lui aussi. Ce Maritz revint en France en 1802 et exerça le poste de commissaire des fontes à Douai, poste auquel lui succéda son fils sous l’Empire, en même temps qu’il dirigeait l’atelier de Strasbourg.

Le matériel du système Gribeauval

Ayant ainsi très sommairement résumé les améliorations apportées à l’artillerie française dans le courant du XVIIIe siècle et après avoir constaté que Gribeauval, pour s’être très largement inspiré du système Liechtenstein, ne l’a pas simplement copié mais y a apporté de nombreuses corrections, redessinant toutes les pièces, leurs affûts et leurs accessoires, il est temps de passer en revue l’artillerie de campagne telle qu’elle se présentait sous l’Empire.

L’affût

Plans d’un affût de 12 et ses constituants
(Louis-Napoléon Bonaparte – Etudes sur le passé et l’avenir de l’artillerie, vol 4, pl. 87)

L’affût est une voiture sur laquelle on place le canon pour le tirer ou pour le transporter. Il est composé de deux longues pièces en bois appelées flasques. Les flasques sont réunies par des entretoises : l’entretoise de volée est à la tête de l’affût ; l’entretoise de support, parce que c’est sur cette pièce que repose la culasse durant le transport, ou de mire, appelée ainsi parce que c’est contre cette pièce que s’appuie le canonnier pour pointer ; l’entretoise de crosse, enfin, assemble les crosses de l’affût. Cette dernière entretoise est percée d’un trou – la lunette – dans  lequel passe la cheville ouvrière de l’avant-train.

On constate que l’écartement des flasques au niveau des crosses est plus important qu’à leur tête. En effet, le canon a plus de diamètre à la culasse qu’aux tourillons et les flasques doivent être aussi proches que possible du canon sans toutefois le gêner. Il est essentiel que le canon soit parfaitement solidaire de l’affût et qu’il ne s’en désolidarise jamais, ni durant le tir, ni durant le transport. A cet effet, on creuse sur le dessus des flasques un enfoncement circulaire dont la profondeur est égale à deux tiers du diamètre du tourillon. Lorsque les tourillons sont placés dans ces creux, dans lesquels des susbandes en fer viennent les enfermer, le canon doit pouvoir se mouvoir dans le sens vertical tant au-dessus qu’au-dessous du plan horizontal : c’est ce qu’on appelle « pointer haut » ou « pointer bas ». Les canons de campagne peuvent être pointés sous l’angle de 3 degrés sous ce plan et 13 à 15 degrés au-dessus. Les logements des tourillons doivent donc être placés le plus près possible de la tête des flasques mais il faut qu’il reste assez de bois par-devant pour que l’affût garde sa solidité et que l’essieu dont ils déterminent la position soit solidement soutenu contre le recul de l’affût. L’essieu se trouve près de la ligne verticale qui passe derrière le logement du tourillon, afin d’assurer un équilibre entre l’avant et l’arrière de la pièce. L’essieu porte donc la plus grande partie du poids de la pièce et il transmet cette force de manière égale aux deux roues.

Un canon de 12 en position de transport sur son avant-train (élévation)

Ainsi qu’il est facile de le comprendre, lorsque l’affût est fixé à l’avant-train, l’ensemble constitue comme une voiture à quatre roues. La crosse se trouve plus haut qu’en position de tir et le poids de la pièce, si ses tourillons restent dans la même position, se porte vers la bouche et déséquilibre l’ensemble qui, ainsi, a tendance à piquer du nez. Gribeauval qui fit cette constatation sur les affûts autrichiens, pour remédier à cet inconvénient, fit donc creuser dans les flasques, à peu près à mi-longueur, une deuxième paire de logements identiques aux premiers, dans lesquels on engage les tourillons du canon lorsqu’il s’agit de faire route. Toutefois, la procédure que constitue le transfert de la pièce d’un logement à l’autre demande un assez grand effort. Dès lors, on laisse le canon dans son logement de tir lorsqu’on marche à l’ennemi ou que l’on est à portée de faire feu. Les canons de 6 et de 4 livres étant trop légers pour provoquer une fatigue excessive des roues, leur affût ne comporte pas ces logements de transport qui n’existent donc que sur les pièces de 12 et de 8.

Des sous-bandes en fer sont placées dans les logements des tourillons qui, sans cela, ne résisteraient pas à l’effort du recul. Les sous-bandes des logements de tir sont naturellement plus fortes que celles des logements de transport.

La semelle est une pièce en bois servant à supporter la pièce vers la culasse. Cette semelle est mobile et fixée par une charnière à l’entretoise de volée par un bout et, de l’autre, elle appuie sur la tête de la vis de pointage. A noter que les semelles des obusiers sont fixes.

L’essieu est ici en fer. On conçoit que cette pièce est essentielle. Elle ne peut ni plier ni se rompre. Briser un essieu en bataille équivaut à perdre la pièce. Aussi sa fabrication requiert-elle un soin tout particulier et la pièce subit-elle des épreuves sévères avant d’être livrée.

Les pièces en bois qui constituent l’affût sont donc : deux flasques, trois entretoises, deux roues et une semelle mobile placée sous la culasse. Les pièces en fer sont : un essieu, un anneau carré porte-levier, un crochet à tête plate et percée, un crochet à pointe droite, un crochet à fourche, deux clous rivés de crosse, un crochet porte-seau, une vis de pointage et son écrou en cuivre, deux doubles crochets de retraite, deux crochets de retraite, deux bouts d’affût, deux recouvrement de talus des flasques, deux sous-bande fortes, deux chevilles à tête ronde, quatre chevilles à tête plate, deux sous-bandes minces pour les logements de transport (pour les pièces de 8 et de 12) deux bandes de renfort, deux bandes d’essieu, deux têtes d’affût, quatre liens de flasque, une lunette, une contre-lunette, un anneau d’embrelage, deux grands anneaux de pointage, deux petits anneaux de pointage, un crochet porte-écouvillon, deux anneaux carrés de manœuvre, deux plaques de frottement de passoire, deux susbandes, une chaîne d’enrayage, quatre plaques de garnitures pour l’encastrement des essieux, un bandeau de semelle, une calotte de semelle, une plaque de semelle, une charnière de semelle.

Le canon

 

Plan d’un canon de 12 livres avec son affût

Commençons par dire que canons et obusiers de l’armée de terre sont en bronze composé de 11 parties d’étain pour 100 parties de cuivre rosette. Cette proportion donne au cuivre de la solidité tout en le rendant fort peu oxydable. On a essayé de faire des canons en fer ou de modifier la composition du bronze en y ajoutant du zinc mais les résultats se sont toujours montrés décevants avant la découverte du procédé Bessemer. Le bronze des canons nécessite peu d’entretien : un coup de chiffon suffit à leur rendre leur brillant. Néanmoins, en campagne, les artilleurs avaient coutume de les laisser s’oxyder, ce qui contribuait à les rendre moins repérables : une sorte de camouflage naturel en quelque sorte…

Le canon proprement dit est donc un tube en bronze (ou en fonte de fer), de la forme d’un cône tronqué ayant des renforts, dont l’âme est cylindrique, qu’on charge de poudre et d’un projectile, et auquel on met le feu par la lumière. Le canon a une forme tronconique parce que l’effort exercé par la poudre est plus important vers la culasse.

Dans le système Gribeauval, la longueur totale d’un canon, y compris le cul-de-lampe et le bouton est égal à 18 fois son calibre : c’est ainsi qu’un canon de 12 est long de très exactement de 2,289 mètres (7 pieds 7 lignes 1 points) ; un canon de 6 est long de 1,660 mètres (5 pieds 1 pouce 4 lignes 1 point). Le diamètre à la bouche d’un canon de 12 est de 121 mm, celui de la pièce de 6 est de 96 mm.

Les diverses parties d’un canon sont : l’âme, la bouche, la tranche de la bouche, le collet et le bourrelet en tulipe (portant une saillie en grain d’orge), la volée, le second renfort, le premier renfort, la plate-bande de culasse, le cul-de-lampe (qui comprend le bouton et le collet), la culasse, les tourillons, les embases des tourillons coupés parallèlement au second renfort, les anses, le grain de lumière, la lumière.

Le tableau suivant montre les principales données concernant les canons de campagne existant en 1815. Nous y avons introduit la pièce de campagne britannique de 9 afin d’établir un élément de comparaison. Le    « 9-pounder » britannique est entièrement inspiré du système Gribeauval. Introduit durant la campagne de la Péninsule, sa relative légèreté présentait l’avantage de pouvoir en doter l’artillerie à cheval et, surtout, de pouvoir l’embarquer beaucoup plus facilement que la pièce de 12. (Voir Artillerie britannique)

Calibre (en livres)

Longueur

(en mètres)

Poids

(en kg)

Diamètre de la bouche (en mm)

Charge de poudre (en kg)

Portée maximale (en m)

Portée efficace optimale (en m)

12

2, 289

986

121

1, 95

1 800

895

9

1, 828

665,4

101

 

1 700

850

8

1, 996

584

106

1, 12

1 500

895

6

1, 660

387

96

0, 90

1 300

800

4

1, 583

289

84

0, 73

 

795

 

Nous donnons ces chiffres sous toute réserve. Ils proviennent pour la plupart, sauf pour le canon britannique de 9, du Dictionnaire de l’Artillerie du colonel H. Cotty qui était directeur général des Manufactures royales d’armes de guerre, chevalier de Saint-Louis et officier de la Légion d’honneur . Le colonel Cotty est affirmatif : La plus grande distance à laquelle on doit tirer à boulet avec le canon de bataille est de 500 toises (994 mètres) pour les pièces de 12 et de 8. Si l’on tire à 50 toises de moins, l’effet est plus certain et le tir plus vif. Le Manuel d’Artillerie de Gassendi ne dit pas autre chose : il fixe la portée efficace d’un canon de 12 à 900 mètres. Or les auteurs ont souvent donné des portées allant parfois jusqu’au double de celles données par les techniciens. Sans s’en douter, ils sont pourtant moins loin de la vérité qu’on ne pourrait penser à première vue. L’effet le plus meurtrier d’un boulet est en effet le ricochet : sur un terrain plat et sec, un boulet peut rebondir jusqu’à cinq fois, la longueur de chaque rebond étant diminuée de moitié par rapport au précédent, provoquant à chaque fois des dégâts dans les rangs ennemis. Lors de tests effectués en Angleterre en temps de paix sur polygone, on a pu établir un tableau montrant l’efficacité des tirs pour des canons de 6 et de 12 à des distances différentes :

 

Portée

Canon de 6 livres

Canon de 12 livres

Yards

Mètres

Direct

Ricochets

Direct

Ricochets

950

868,68

9 p.c.

25 p.c.

13 p.c.

22,5 p.c.

1350

1234,44

0 p.c.

25 p.c.

9 p.c.

22,5 p.c.

1800

1645,92

0 p.c.

?

0 p.c.

20 p.c.

 

On peut donc tirer la conclusion que jusqu’à 1 800 mètres, un boulet de canon (sur cinq) représente toujours un danger. C’est ce que les auteurs, sans très bien le comprendre, expriment quand ils donnent des chiffres apparemment farfelus. Mais l’artilleur qui s’aviserait de tirer sur une cible disposée à cette distance s’exposerait au ridicule… Ces calculs et ces tests, répétons-le, ont eu lieu sur un terrain plat et sec. Or, à Waterloo, il n’en était rien : le terrain était boueux et vallonné. Nous entrons dans le détail de l’efficacité du tir d’artillerie sous la rubrique Grande Batterie et pour plus de détails, on se reportera aux divers articles qui traitent des artilleries des différentes nations en présence.

Voici encore quelques chiffres à propos du canon de 12 livres de Gribeauval :

·         Elévation au-dessus du terrain de l’axe de la pièce supposée à l’horizontale : 1,080 m

·         Elévation maximum que la pièce peut prendre sur son affût : 13°

·         Abaissement maximum au-dessous de l’horizon : 3°

·         Longueur de l’affût en batterie avec sa pièce : 5 m

·         Front idem : 2 m

·         Poids de l’avant-train seul : 433 kg

·         Poids de l’affût chargé de sa pièce tout compris : 2133 kg

·         Diamètre des roues 1,49 m

·         Poids idem : 102 kg

·         Voie des affûts et voitures correspondantes : 1,435 m (d’un milieu de jante à l’autre)

·         Longueur des essieux : 1,902 m

Il existait plusieurs méthodes pour mettre une pièce de canon hors service. La plus courante consistait à l’enclouer. Il s’agissait de placer un long clou dans la lumière de la pièce et de l’enfoncer d’un bon coup de maillet. Le clou se courbait ou s’écrasait alors dans la lumière et devenait impossible à retirer. Les Français disposaient de clous spéciaux en acier dentelés ou barbelés. Pour « désenclouer » un canon, on pouvait essayer d’arracher le clou. On pouvait aussi utiliser une technique tout à fait spectaculaire. Il s’agissait de remplir l’âme du canon d’un mélange de poudre ordinaire et de poudre fusante et d’y enfoncer ensuite une pièce de bois circulaire ou deux boulets. On mettait à feu par la bouche et, si tout allait bien, le clou jaillissait de la lumière comme un bouchon de champagne… Si tout allait bien ! Inutile en effet de dire qu’une telle opération était vraiment très dangereuse et ne pouvait, de toute façon, pas être utilisée sur le terrain. Précisons d’emblée qu’on n’eut pas à utiliser ces techniques à Waterloo : la seule pièce enclouée durant toute la journée le fut vers 14.00 hrs quand un sergent de la batterie Rogers se vit sur le point d’être débordé et encloua son canon de 9 livres. Les instructions étaient en effet de détruire les canons plutôt que de les laisser tomber aux mains de l’ennemi. Ramenée un peu plus tard vers l’arrière, la pièce fut remise en état et ramenée dans l’action.

La hausse et la vis de pointage

Hausse de pointage
Hausse d’un canon de 6
(manque la réglette graduée
)

Vallière avait supprimé le grain et le cran de mire qui, sous Louis XIV, aidait à pointer les pièces. Non seulement Gribeauval les rétablit mais il fit adapter une hausse à la culasse de ses canons. En même temps, il adoptait la vis de pointage que Vallière avait écartée pour en rester aux vieux système de coins. Quoique la hausse ne prétende à aucune précision, c’était une aide précieuse pour le pointeur qui d’un coup à l’autre, pouvait augmenter ou diminuer la portée du canon en se référant aux graduations qu’elle portait : « c’est un moyen d’enseigner au canonnier à rectifier son pointage quand ses coups portaient trop loin ou trop court, et d’assurer le tir après un coup tiré convenablement… »

La hausse de pointage est une targette graduée sur une hauteur de 4 centimètres, qui se place à la culasse des canons de campagne. Elle glisse dans une coulisse et s’arrête où l’on veut, au moyen d’une vis de pression. Le cran de mire est au milieu de la tête de la hausse.

La vis de pointage
et sa manivelle

La vis de pointage sert à élever ou abaisser la culasse d’une pièce d’artillerie pour pointer cette pièce. Elle est en fer forgé et à filets carrés ; elle tourne dans un écrou en cuivre dit aussi manivelle placé sur l’affût sous la culasse.

 

L’avant-train

L’avant train est une espèce de chariot monté sur deux roues qui se joint à l’affût d’un canon ou d’un obusier au moyen d’une cheville ouvrière que l’on fait entrer dans la lunette percée dans l’entretoise de crosse de l’affût. Il sert à faciliter le transport du canon de campagne en lui adjoignant, en quelque sorte, une seconde paire de roue. Les avant-trains des pièces de campagne comportent toujours un timon. Cette façon d’atteler a le triple avantage de raccourcir la longueur des colonnes, de permettre le trot (ou, au besoin, le galop) et de répartir également l’effort de traction entre les chevaux.

Les armons sont deux pièces en bois encastrées dans le corps de l’essieu et dans la sellette qu’elles traversent et qui vont en avant, en se rapprochant jusqu’à ce qu’elles ne laissent entre elles que l’espace nécessaire pour y loger la tête de timon ou le têtard de la limonière.

Avant-train de campagne et affût (et bombe) de mortier de 10
(Bonaparte, IV, pl. 88)

 La sellette est une pièce en bois placée immédiatement au-dessus de l’essieu ou du corps d’essieu en bois et qui lui est unie par diverses ferrures.

Les pièces en bois qui composent un avant-train de campagne sont : deux armons, une sellette, un corps d’essieu, un timon, une volée de derrière, une volée de bout de timon, une sassoire, quatre palonniers et deux roues. Les parties en fer : une boîte d’essieu, deux boulons de sellette, deux heurtequins à patte, deux étriers d’essieu, une coiffe de sellette, une cheville ouvrière, deux tirants de volée, un brabant à fourche, une happe à virole, une happe à crochet, une chaîne d’attelage, deux boulons d’assemblage pour les armons, un étrier d’armons, un grand anneau de volée, deux boulons de volée, une chaîne d’embrelage, une bande de renfort de sassoire, deux boulons de sassoires, deux putons pour la prolonge, deux équerres à tige.

Les roues

 Les roues des voitures d’artillerie, en ce compris celles des canons et des obusiers, sont toutes d’un modèle unique et ne diffèrent que par leurs dimensions.

 Elles sont composées
D’un moyeu en trois parties, à savoir le gros et le petit bout, entourés chacun d’un cercle de fer appelé frette, et le bouge, sur les bords duquel sont appliqués deux autres cercles de fer appelés cordons. De chaque côté du bouge, on trouve une espèce de collet concave appelé écoltage ; des jantes sur lesquelles sont placées des bandes de roues, retenues par des clous. Les jantes sont traversées par des boulons à écrous ; des rayons dits à pattes.


Roue ferrée à bandes
Roue ferrée à cercle

Si l’on regarde le schéma que nous donnons, on constate que les rayons ne sont pas exactement dans le plan, mais qu’il y a un déport de la jante vers l’extérieur. Ce déport porte le nom d’écuanteur. L’écuanteur sert à diminuer les risques de versage du véhicule, aide à rejeter les éclaboussures vers l’extérieur, donne plus de solidité à la roue. Toutefois, comme il est logique, trop d’écuanteur affaiblirait la roue.

Les roues de voitures d’artillerie ont 5, 6 ou 7 bandes selon leur destination. Alors que la technologie de l’époque permettait parfaitement de réaliser des roues ferrées à cercle, les artilleurs ont continué de ferrer à bandes, alors que les roues ferrées à cercle sont plus solides puisque les jantes ne sont pas affaiblies par les clous fixant les bandes et sont entièrement solidaires. En outre le ferrage à cercle se fait beaucoup plus rapidement. Néanmoins ce type de ferrage nécessite des bois ayant séché très longtemps. Or, ces bois sont difficiles à trouver en campagne. On a donc continué à privilégier l’ancien système de ferrage à bandes.

Gribeauval aurait bien voulu réduire le nombre de types de roue d’après leur diamètre. Il n’y arriva jamais. Le système de l’An XI, dont nous parlerons bientôt, réussit à exaucer le vœu de Gribeauval puisque de 23, le nombre de types de roue passa à 6.

L’obusier

Obusier de 6 pouces

Comme nous y avons fait allusion, le système Gribeauval a induit une étonnante conséquence : le vent – c’est-à-dire l’espace qui se trouve entre un projectile et la partie supérieure de la paroi de l’âme d’une bouche à feu et qui est égal à la différence entre le diamètre de ce projectile et celui de l’âme de la pièce – a été fortement réduit, la différence étant devenue égale à une ligne, soit 2,25 mm. Cela a considérablement augmenté la précision du tir mais il n’était plus possible de tirer à boulet rouge. Il a donc fallu inventer une pièce destinée à inquiéter l’ennemi derrière les retranchements et les hauteurs et pour brûler les bâtiments dans lesquels il s’abrite. C’est l’obusier.

Selon toute vraisemblance, il s’agirait d’une invention hollandaise ou autrichienne : les Français s’emparèrent de ce type de pièces inconnues d’eux à Neerwinden en 1693. Mais ils ne fondirent leur premier obusier qu’en 1749 à Douai. Il faut donc croire les spécialistes qui expliquent que l’obusier de 6 a été copié par les ingénieurs français sur une pièce de dimensions très proches utilisées par les Autrichiens durant la Guerre de Sept Ans. Le système Gribeauval comportait deux obusiers : l’un de 8 pouces plus spécialement destiné à l’artillerie de siège ; l’autre de 6 pour l’artillerie de campagne. Apparemment, Gribeauval, qui avait pourtant servi dans l’armée de Marie-Thérèse, ne croyait guère à l’efficacité de ces pièces. On constate, en tout cas, qu’il a apporté beaucoup moins de soins à leur conception qu’à celle des canons. L’obusier rentra dans le système Gribeauval en 1774.

L’obusier tire des obus, sphères de métal creuses, remplies d’une charge de poudre mise à feu par une fusée. Le réglage de cette fusée doit lui permettre d’exploser au moment de l’impact, projetant une gerbe d’éclats extrêmement meurtriers.

Le calibre de l’obusier de 6 pouces, compte tenu du vent, est en réalité de 6 pouces 1 ligne 6 points. L’âme est lisse. La chambre est cylindrique et peut contenir jusqu’à 28 onces (856,6 gr) de poudre, mais, normalement on la charge à 17 onces (520 gr) pour tirer un obus ou à 22 onces (670 gr) pour la boîte à mitraille. On peut pointer à 6, 10, 15 degrés (les obus pourront ricocher), 30 ou 45 degrés (et les obus ne ricocheront plus). A 6°, l’obus portera à 780 mètres au premier rebond et restera dangereux jusqu’au dernier rebond à 1200 mètres.

Les éléments d’un obusier de 6 sont la volée, le renfort, le pourtour de la chambre, le cul-de-lampe et le bouton, la culasse, les tourillons et leurs embases, les anses, le grain de lumière, la lumière, le canal d’amorce, l’âme, la chambre. Les moulures sont la gorge de la bouche, le listel supérieur de la plate-bande de volée, la plate-bande de la volée, le listel inférieur de la plate-bande de la volée, la gorge supérieure de la volée, la gorge inférieure de la volée, le listel du renfort de la volée, le tore du renfort de la volée, le listel inférieur du renfort, la gorge inférieure du renfort, la gorge de la culasse, le listel de la culasse, la plate-bande ou plinthe de la culasse, le listel du cul de lampe ou du bouton.

Affût de l’obusier de 6
(Bonaparte, IV, pl.91)

Le caisson

Pas de système d’artillerie sans moyen de locomotion pour les munitions. Avant Gribeauval, on se contentait, en France, de transporter les poudres et les boulets dans des chariots séparés. Ces chariots n’avaient rien de différent de ceux utilisés dans le civil et, d’ailleurs, étaient menés par des civils. Gribeauval ramena d’Autriche – les Autrichiens appelaient ce véhicule un « wurst » – l’idée de construire des véhicules spécifiques au transport de munitions en les rendant aussi fonctionnels que possible. Le général Allix nous décrit le système :

« Quant aux caissons à munitions, il y en a aussi, dans ce système, d’autant d’espèces que de munitions, c’est-à-dire des caissons de 12, de 8, de 4, d’obusier de 6 pouces et d’infanterie. Tous ces caissons sont les mêmes en ce qui concerne leur forme extérieure, je veux dire qu’ils ont même longueur, même largeur et même hauteur, à l’exception toutefois du caisson de 4, qui était moins haut que les autres ; mais tous ces caissons différaient par leur division intérieure, en sorte que le caisson de 12 ne portait que des munitions de ce calibre, et de même pour les autres ; en sorte que si le besoin exigeait que l’on transformât un caisson de 12 en un caisson de 8 ou d’obus, ou d’infanterie, il fallait commencer par détruire les divisions intérieures de ce caisson, pour y substituer les divisions qui convenaient aux autres calibres. Cela avait un inconvénient dont l’expérience de la guerre a fait justice. D’abord on a abandonné le caisson de 4, qui n’avait pas assez de hauteur pour contenir les munitions de 12, de 8 et d’obus, et l’on n’a conservé dans le système Gribeauval qu’un seul caisson, susceptible des divisions intérieures qui conviennent, étant faites, aux munitions du 8, de l’obusier et de l’infanterie, comme aux munitions de 4, ce qui n’empêche pas qu’il ne faille nécessairement, et avant tout, opérer le changement de ces divisions intérieures.»

Un canon de 12 sur son avant-train et son caisson (élévation)

 

Le caisson est donc une « espèce de chariot couvert en planche, dont on se sert pour voiturer des munitions ou des agrès ». On distingue deux types de caissons : d’une part, le caisson de 12 et de 8, qui emportent les cartouches à canon de ces calibres, les munitions d’obusier de 6 pouces et les cartouches à fusil. On modifie les divisions de ces caissons selon les munitions qu’elles ont à emporter. D’autre part, le caisson de 4 qui, comme on l’a vu, était moins haut et qui disparut avant 1815.

Les caissons à munitions sont tous partagés en quatre grandes divisions transversales, lesquelles sont subdivisées selon le calibre transporté :pour le 12 en cinq cases transversales ; pour le 8 en quatre cases longitudinales. Dans le caisson de l’obusier de 6, la troisième division a cinq cases longitudinales et le fond du caisson , pour les trois autres contient des petits carrés faits avec des liteaux, pour placer les obus et les empêcher de balloter en route. Toutes ces cases sont garnies d’étoupe qui amortit les chocs.

Le caisson de Gribeauval n’est pas exempt de défauts dont le principal est sans doute de verser si l’on tourne trop court. Cela est dû au fait que la taille des roues, identique à celle des roues d’avant-train d’affût, est trop importante par rapport au plancher du caisson. On a suggéré de réduire la taille de ces roues de façon à ce qu’elles passent sous le plancher. Mais à moins de rehausser ce plancher et de compromettre ainsi l’équilibre de l’ensemble, les roues devenaient trop petites pour permettre une allure soutenue sur la route. En 1815, on n’était pas fixé sur la solution à adopter et on en resta donc aux dimensions établies par Gribeauval.

Par ailleurs, le toit en bois n’apparut pas suffisant pour protéger les munitions. On couvrit donc ce toit de huit feuilles de tôle, mais cela avait l’inconvénient d’alourdir considérablement le caisson. Des expériences ont été faites pour remplacer ces feuilles de tôle par des feuilles de zinc plus légères, mais il a fallu renoncer car, non seulement le zinc était beaucoup plus cher, mais encore on n’arrivait à poser ces feuilles sans qu’elles se déchirent ou qu’elles gondolent. On remarque aussi sur le schéma un élément d’essieu (b) qui supportait une roue de canon de secours. Les roues avant du caisson sont de la même dimension que celles de l’avant-train, les roues arrière que celles du canon.

Création de l’artillerie à cheval

En 1759, on vit avec étonnement les premiers artilleurs à cheval apparaître sur le terrain dans les rangs de l’armée prussienne. Frédéric II estimait en effet indispensable l’exploitation immédiate de positions gagnées par la cavalerie. Des pièces d’artillerie devaient donc être en mesure d’occuper le terrain quasiment à l’instant même où la cavalerie l’avait dégagé. Or, même si une artillerie composée de pièces de 3 attelées était en elle-même fort mobile, le personnel continuait à marcher à pied ou devait s’accrocher comme il pouvait aux pièces ou aux avant-trains, ce qui ralentissait considérablement les opérations. L’idée était donc fort simple :il suffisait de faire monter les artilleurs et de leur faire suivre à cheval leurs pièces. Arrivés à destination, ils sautent de leur monture qui est confiée à un des leurs et s’en vont mettre la pièce en batterie.

L’innovation prussienne ne fut pourtant pas acceptée partout. Les Autrichiens firent construire des caissons semi-cylindriques (des « würtzen ») sur lesquels grimpaient les canonniers et qui les transportaient sur le champ de bataille. Mais la procédure était acrobatique, risquée et finalement assez lente. On utilisa quelque temps cette méthode dans l’armée française mais l’expérience la fit complètement abandonner.

C’est en 1791 que l’on créa en France les deux premières compagnies d’artillerie à cheval et on leur affectait des pièces de 8 livres ; la loi du 29 avril 1792 portait ce nombre à neuf compagnies ; en 1794, on en comptait déjà neuf régiments de 6 compagnies chacun… Le premier coup de feu tiré par une batterie à cheval le fut à l’armée du Rhin.

Un auteur « au service de Sa Majesté le Roi d’Italie », le chef d’escadron Christophe Clément compare les performances de l’artillerie à cheval française à celles fournies par les Autrichiens :

« Les nôtres, isolés sur leurs chevaux, ont peu de dangers communs ; toujours en action ils arrivent en batterie, sautent à terre, courrent (sic) à la pièce, sans avoir le temps de la réflexion ; et à peine a-t-elle cessé de tourner, que déjà le feu prend, le coup part, et la flame (sic) et le bruit étourdissent, raniment le soldat. La cavalerie se décide-t-elle à charger la batterie ; l’artillerie à cheval continue le tir avec la moitié des canonniers, les autres préparent les chevaux ; dès que l’ennemi arrive à 80 toises, où la mitraille à cause du peu d’étendue des gerbes n’est plus d’un grand effet, le dernier coup part, l’artillerie se retire, les canonniers montent à cheval et défendent les pièces le sabre à la main… »

Le système de l’An XI (1802)

Dire que, malgré les discussions, le système Gribeauval donna pleine satisfaction serait un euphémisme. Légèreté, mobilité, efficacité… Que pouvait rêver de mieux un artilleur ? Cependant, il n’est de système susceptible d’amélioration.

On se rappelle que Gribeauval avait obtenu que l’on affecte deux pièces de petit calibre à chaque bataillon d’infanterie tandis que les plus gros calibres constituaient la réserve. Or, les changements intervenus depuis la révolution dans la nature même de l’armée avaient mis en lumière les inconvénients de ce principe : l’artillerie dit « de régiment » gênait la marche des colonnes, ralentissait la mise en ligne des bataillons et se montrait peu efficace, tirant hors de portée ou sans justesse. Bonaparte avait dû souffrir ce handicap, surtout durant les campagnes d’Italie alors que ses troupes marchaient avec difficulté sur les sentiers de montagne. En même temps, on assistait à la création de l’artillerie à cheval à laquelle on n’avait pas craint d’affecter des pièces de 8 livres – au lieu de pièces de 3 comme en Autriche – ajoutant deux chevaux au quatre normalement utilisés pour les tracter. Le soin que l’on apporta à constituer les unités d’artillerie à cheval montre à quel point les généraux croyaient en cette nouveauté : on sélectionna les meilleurs canonniers et les plus hardis, les sous-officiers les plus éprouvés et les officiers les plus intelligents. Mais ces officiers eux-mêmes reconnaissaient que leur efficacité était surtout due au calibre des pièces qu’on leur avait affectées. Dès lors, on constata un abandon progressif de la pièce de 4 et des batteries de régiment. De leur côté, les Autrichiens, toujours à l’affût de nouveautés en matière d’artillerie, en vinrent à abandonner leurs pièces de 3 et à concevoir un canon de 6 livres susceptible de servir tant dans l’artillerie à pied que dans l’artillerie à cheval, et supprimèrent l’artillerie de régiment en faveur des batteries de réserve.

Le canon de 6 livres

 

Canon de 6 livres Mod. An XI « La Baleine », fondu à Douai chez Bérenger.
On remarque la suppression des renforts et la simplification générale de la ligne. Chaque canon fondu dans ce système portait un nom gravé sur la volée. Ici « La Baleine » (MRAHM)

Dès lors, il s’avéra qu’il serait peut-être nécessaire de réformer le système Gribeauval ou plutôt de le perfectionner. Le Premier consul, dès la Paix d’Amiens signée, profitant du répit ainsi gagné, convoqua une commission de généraux de l’arme, présidée par le général d’Aboville et chargée d’évaluer les modifications à apporter au système Gribeauval. Dès l’abord, la commission se fixa un objectif : la simplification. Dans ce but, il commença par supprimer les calibres de 4 et de 8 livres et les remplaça par des pièces nouvelles d’un calibre de 6 livres. Ces canons, d’une ligne fort épurée grâce à la suppression des renforts, présentaient, selon la commission – et selon Napoléon lui-même – l’avantage d’être plus léger que celui de 8 tout en offrant des performances fort proches. Il était plus facile à transporter, pouvait être mis immédiatement en batterie sans qu’on eût à changer la pièce de position sur l’affût, nécessitait moins de personnel, tirait des boulets plus légers et pouvait donc disposer de plus munitions dans le même nombre de caissons. Bref : la pièce idéale pour l’artillerie à cheval. Et qui peut le plus, peut le moins : l’artillerie à pied bénéficiait avec ces pièces de plus de mobilité… Comme le mot d’ordre restait la simplification, on supprima le canon de 8. Ajoutons – et ce n’est pas un détail – que les Français s’étaient emparés d’un nombre considérable de pièces de 6 autrichiennes et prussiennes sur les champs de bataille. L’adoption du calibre de 6 livres permettait de réutiliser ces nombreuses pièces sans devoir multiplier les calibres de munitions.

La commission fit redessiner les affûts de Gribeauval. Mais les changements sont très peu sensibles et vont tous dans le sens de la simplification. C’est ainsi, par exemple, que le nouvel affût de la pièce de 12 permet une élévation plus importante de la pièce. Dans le même esprit, les caissons et les fourgons subirent quelques modifications et un nouveau modèle de forge de campagne fut mis en construction.

La réforme de l’an XI se fit progressivement sentir sur les champs de bataille mais pas au rythme qu’aurait souhaité Napoléon. C’est ainsi qu’en 1809, la Grande Armée comptait encore un nombre important de pièces de 8 livres (37 au moins pour l’armée d’Allemagne[8]). Le remplacement des pièces de 8 par les pièces de 6 subit un coup d’accélérateur imprévu suite à la campagne de Russie. Il est extrêmement difficile d’établir un décompte des pertes de l’artillerie au cours de l’année 1812. Mais, si elle manque cruellement de précision, l’évaluation de Thiers doit être prise en compte : selon lui, 1000 bouches à feu franchirent le Niémen en juin 1812[9] et « quant au matériel (d’artillerie), il était resté enfoui tout entier sous les neiges de Russie [10]».Mais, toujours selon la même source, « les arsenaux de terre et de mer en était remplis ». Comme depuis l’an XI, on ne fondait plus, pour l’artillerie de campagne, que des pièces de 12 et de 6 – outre les obusiers de 24 – les 600 pièces que put réunir Napoléon sur le Rhin en janvier 1813 ne devait compter que très peu de pièces de 8. En tout cas, l’Armée du Nord, en 1815, ne comptait pas une seule pièce de 8…

Malgré ses incontestables qualités, le canon de 6 ne convainquit pas tout le monde. Dès la première abdication, certains généraux spécialistes de l’arme, comme Ruty, préconisèrent son abandon et le retour pur et simple au système Gribeauval. Selon eux, les performances du canon de 8 compensaient largement le désavantage du poids, dans la mesure où il ne réclamait pas plus de chevaux et où le changement de position de la pièce sur l’affût ne réclamait guère plus de temps que l’accrochage ou le décrochage de l’avant-train. S’y mêla une sorte de conflit idéologique assez étonnant : le 6, qui avait été copié sur son homologue autrichien, devenait un symbole du régime napoléonien, tandis que le bon vieux 8, qui avait été approuvé par Louis XVI, était, lui, « bien français »… De telle sorte qu’en 1814, une ordonnance de Louis XVIII rétablissait le système Gribeauval dans son intégralité et qu’une autre, de Napoléon, signée en avril 1815, en revenait au système de l’An XI… La seconde Restauration supprima définitivement le système de l’an XI.

L’obusier de 24

L’autre innovation introduite par le système de l’an XI est l’obusier de 5 pouces et demi. Le calibre réel de cette pièce est de 5 pouces 7 lignes 2 points… Et encore les artilleurs de l’époque préféraient-ils parler d’obusier de 24. En effet la munition tirée par cet obusier était-elle exactement du même calibre que celui des boulets tiré par le canon de siège de 24 soit 5 pouces 6 lignes. Notons ici, au passage, qu’il s’agit bien du calibre des boulets qu’aurait tiré cet obusier si l’idée absurde était venue à un artilleur inconscient de tirer des boulets avec un obusier… Cela a quand même troublé les auteurs dont certains n’ont pas hésité à donner à cette petite pièce un calibre de 24 pouces

Les performances de cette pièce sont sensiblement les mêmes que celle du 6 pouces. Mais elle présente l’avantage d’être un peu plus légère (environ 600 livres) et, surtout, moins gourmande en munition puisque, là où l’obusier de 6 demande trois caissons, elle n’en exige que deux. L’obusier de 24 entra en service en même temps que le canon de 6 livres lors de la réforme de l’an XI, dont le but affirmé était d’alléger le poids des pièces d’artillerie et d’augmenter leur mobilité. Il était destiné à remplacer progressivement l’obusier de 6 pouces. Toutefois dans les batteries de 12, on continua à affecter deux obusiers de 6, pour l’excellente raison qu’à un détail près, les affûts des deux pièces sont exactement semblables. Les batteries de 6, elles, se virent affecter deux obusiers de 24.

Les caissons

Pendant la Révolution et au début de l’Empire, trois caissons accompagnaient une pièce de 12, deux caissons pour une pièce de 8, un seul pour une pièce de 4 et trois pour un obusier de 6.

Comme nous y avons brièvement fait référence, lors de l’adoption du système d’artillerie de l’an XI, qui réformait le système Gribeauval, les anciens caissons des pièces de 12 livres furent adaptés pour pouvoir charger des munitions de tous types. Ce chariot étroit de quatre mètres de long au toit en pente, monté sur charnière pour être ouvert, était peint en vert olive et comptait quatre roues dont les deux arrières étaient d’un plus grand diamètre. Le caisson portait à l’arrière une roue de secours. Sur les côtés, on trouvait des pelles et une pioche et sur le devant une boîte à outil amovible. L’intérieur était divisé en compartiments étanches dessinés pour maintenir les munitions sans trop de dégâts pendant une période assez longue. La configuration de ces compartiments pouvait être modifiée en fonction des types de munitions à transporter ou de leur calibre.

Un caisson « de 12 » emportait 68 coups :

  • ·         48 cartouches à boulet, 12 carouches à grosses balles, 8 cartouches à petites balles
  • ·         99 étoupilles, 11 lances à feu, 22 sachets de poudres, 12 toises de mèche.

Le coffret de devant contient 3 sacs à cartouches, 1 sac à étoupilles, 1 étui à lance à feu, 3 dégorgeoirs, dont 2 ordinaires et 1 à vrille, 2 porte-lances, 2 doigtiers, 2 spatules pour bourrer les étoupes.

Le train d’une pièce de 12 étant composé de trois caissons, chaque pièce a donc 213 coups à tirer. Le caisson de 12 peut contenir 16 335 cartouches à fusil.

Un caisson à munitions de 12

 

Normalement, un artificier était affecté à chaque caisson. On attelait quatre chevaux, deux par deux, au caisson et l’un d’eux était monté par le conducteur.

Quoique régulièrement améliorés, ces véhicules n’étaient guère satisfaisants et suscitaient des plaintes, particulièrement du fait qu’ils ne comportaient aucun système de suspension. Les chocs, les soubresauts et les secousses finissaient par provoquer des dégâts aux munitions. La protection contre l’humidité était insuffisante. Mais ce qui était le plus gênant, c’est l’effort exagéré demandé aux chevaux en dehors des bonnes routes ou dans les montées un peu raides. Si un des quatre chevaux était blessé ou tué, il était impossible de déplacer le caisson avec la seule aide des trois chevaux restants. Les Britanniques avaient observé ce défaut et attelaient leurs caissons de six chevaux.

C’est le moment de dire que, pendant les guerres napoléoniennes, les affûts, les avant-trains, les caissons et les fourgons étaient tous peints d’une couleur réglementaire selon les nations. Les Français peignaient les leurs en vert olive, les Britanniques en gris fer, les Prussiens en un joli bleu tirant vers l’outremer, les Russes en vert bouteille, les Autrichiens en jaune et les Hollando-Belges en brun rougeâtre.

A Waterloo, 200 de ces caissons furent alignés derrière la grande batterie.

Munitions

Il est plus que temps, maintenant, de jouer avec les allumettes !…

La poudre

Les auteurs qui nous décrivent tant soit peu le matériel d’artillerie de l’époque napoléonienne nous disent que la poudre utilisée était de la poudre noire et nous donnent généralement les proportions du mélange explosif : 75 p.c. de salpêtre, 12,5 p.c. de charbon et 12,5 p.c. de soufre. En Angleterre, les proportions étaient un peu différentes : 75 p.c. de salpêtre, charbon 15 p.c., soufre 10 p.c. Bien heureux si les auteurs nous disent que cette poudre provoquait une abondante fumée… Or la connaissance un peu plus intime de la poudre à canon permet de répondre à beaucoup de questions, sans cela impossibles à résoudre.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la poudre noire n’est pas à proprement parler un explosif  !… En effet, son effet n’est pas une explosion mais bien plutôt une combustion. Cette combustion est une suite de réactions chimiques dont l’équation peut se résoudre ainsi :

2KNO3(s) + 3C(s)+S(s) à K2S(s) + 3 CO2 (g) + N2(g)

Deux molécules de nitrate de potassium réagissent avec 3 molécules de carbone et 1 molécule de soufre. Le salpêtre joue le rôle de comburant, le charbon celui de combustible et le soufre, en diminuant la température nécessaire à la réaction, accélère la combustion. Cette réaction a pour effet de dégager une quantité très importante de gaz. Le résidu solide K2S est appelé « calamine ». Si l’on procède à cette combustion en plein air, on obtiendra une intense chaleur, qui se traduira par une flamme, et un gros dégagement de gaz (et donc de fumée). On dit alors que la poudre déflagre, c’est-à-dire que les gaz générés se déplacent plus vite que le front de flamme. Comme les gaz se déplacent dans l’atmosphère, l’élévation de la pression n’est pas suffisante pour qu’il y ait une onde de choc ; en effet, le déplacement des gaz n’atteint pas le « mur du son » (341 m/s à 15° C) et l’on n’entend pas d’explosion. Pour simplifier, on entendra « Pssscht », plutôt que « Boum »…

Maintenant, si l’on procède à l’expérience en enfermant la poudre dans un espace confiné, la pression des gaz s’exercera sur les parois du contenant et le fera éclater. La soudaine expansion des gaz dans l’atmosphère suite à la rupture des parois sera plus rapide que le mur du son : « Boum ! ». C’est le principe de l’obus, tel que le connaissaient les contemporains de Napoléon.

Si l’une des parois est plus fragile que les autres, la pression des gaz s’exercera d’abord sur cette paroi qui se rompra la première et les gaz s’échapperont avec violence vers l’espace ainsi créé : c’est le principe de la « charge creuse ».

Si l’on fait l’expérience dans un tube dont l’une des extrémités est libre, la pression des gaz s’exercera vers cette ouverture. Du fait que ces gaz ne rencontrent pas d’obstacle, ils s’échappent librement et ne provoquent aucune réaction en retour ; il n’y aura pratiquement aucun recul. Si l’on place une balle dans le tube, celle-ci jouera le rôle de la paroi la moins solide de notre espace confiné et lorsque la pression des gaz sera suffisante, elle sera propulsée vers la sortie libre du tube : « Pan ! ». Mais les physiciens savent que la quantité de mouvement dépend de la masse du corps et de la vitesse (q = mv). Comme d’autre part, l’énergie cinétique dépend de la moitié de la masse et de la vitesse au carré (Ecin = 1/2mv² ) et que le projectile est moins massif que le tube propulsif, la plus grande part de l’énergie lui sera appliquée. Mais le solde se traduira en quantité de mouvement exercée vers l’arrière : c’est le recul.

Le salpêtre

Le salpêtre est en réalité du nitrate de potassium – appelé aussi nitre (KNO3). Il se présente à la surface des murailles calcaires, cristallisé en petites aiguilles. Il s’agit du résidu du développement de bactéries qui se nourrissent de l’ammoniac contenu dans l’eau du sol ou dans le carbonate de potassium présent dans les murs. Les bâtiments qui ont longtemps abrité du bétail ou les abords des fosses septiques sont naturellement riches en salpêtre du fait de leur richesse en ammoniac provenant de l’urine. Les murs des écuries, des étables, des colombiers, des bergeries en fournissent abondamment. Il existe des mines naturelles de salpêtre mais à l’époque dont nous parlons, on n’avait pas encore trouvé le moyen de les exploiter économiquement.

Une fois récolté, le salpêtre doit encore être traité. Il s’agit d’abord de pulvériser les matériaux recueillis puis de les laver, ce qu’on fait au moyen de sorte de tamis que l’on remplit d’eau. Après avoir laissé séjourner cette eau assez longtemps pour qu’elle se charge des sels contenus dans les matériaux, on recueille cette eau chargée de sels de toutes natures. Il s’agit alors de séparer le nitrate de potasse des autres sels. Pour ce faire on mélange le produit de cette sorte de saumure avec des cendres ou bien de la potasse. Lorsque le mélange a produit son effet, on recueille l’eau dans des chaudières afin de cristalliser le salpêtre par le moyen de plusieurs ébullitions et refroidissements successifs.

Mais le salpêtre ainsi recueilli n’est pas encore assez pur pour être utilisé dans la fabrication de la poudre. Il faut encore le raffiner, ce que l’on fait en le faisant dissoudre dans l’eau pure et en le laissant cristalliser deux fois.

Le charbon

Le combustible est fourni par le charbon. Il s’agit ici de charbon de bois et le meilleur charbon de bois pour cette utilisation est celui obtenu à partir de bois de peuplier, de tilleul ou de saule. Ce charbon doit être pulvérisé et tamisé avant d’être utilisé. Mais il est dangereux de vouloir pulvériser du charbon à sec : il peut s’enflammer. On l’arrose donc abondamment (7/10ème du poids du charbon en eau), on remue abondamment afin que tout le charbon soit humide et l’on soumet ce mélange à un pilonnage.

Le soufre

Le soufre (S) se trouve dans la nature sous forme de cristaux jaunes ou combiné avec d’autres minéraux (sulfates et sulfures). On le réduit en poudre dans des machines à meules tournantes. Cette opération que l’on appelle « trituration » n’est jamais vraiment complète : après pulvérisation, on retrouve toujours des petits grains très durs. Il faut donc tamiser, ce que l’on fait au moyen d’un blutoir qui a pour effet de séparer la poudre fine de soufre de ces petits grains.

Mélange et compression

Le salpêtre, le soufre et le charbon étant convenablement pulvérisé, il s’agit d’en former une « pâte » totalement homogène. On utilise pour cela des moulins à pilons. Les pilons utilisés sont en bois de hêtre et mis en mouvement par des roues à came. Chacun de ces pilons, pesant 40 kilos, bat au rythme d’environ 60 coups à la minute. Le battage dure ordinairement 14 heures. A l’issue de cette opération, on obtient la poudre ordinaire, dite « à gros grains » et qui sert dans l’artillerie. Mais la poudre plus fine, utilisée pour les amorces, les armes de chasse ou les pistolets, doit encore passer dans des meules tournantes de chaux carbonatée fétide (appelée « pierre puante » ou « pierre de porc »). Les poudres fines et superfines subissent encore une opération appelée lissage. Pour ce faire, on la fait tourner lentement durant huit à douze heures dans des tonneaux hermétiquement fermés.

Le boulet

Le boulet est un projectile sphérique en fonte de fer dont on charge le canon. Il existe en différents calibres selon le diamètre de l’âme de la pièce utilisée. Dans l’Armée du Nord en 1815, il n’y avait que deux diamètres de boulets :

 

Table des calibres utilisés à l’Armée du Nord en 1815

 

BOULETS

OBUS

Calibre

12

6

6 pouces

5,5 pouces

Mesures modernes

0,1177 m

0,931 m

0,160 m

0,1465 m

Mesures ancienne

4 p 4 l 4 pt

3 p 5 l 7 pt

5p 11 l 6 p

5 p 5 l 11 pt

 

Cartouche
à boulet

Tous les boulets sont ensabotés. Le sabot est une pièce cylindrique en bois de tilleul, d’orme ou de frêne (parfois d’aulne), dont la surface de la base supérieure est creusée d’une quantité égale au quart du boulet. Sa base inférieure est un peu arrondie, afin d’entrer plus facilement dans le sachet. A deux pouces de cette base, on pratique une rainure pour l’étranglement du sachet. Le boulet est fixé dans le sabot par une croix de deux bandelettes de fer blanc de 4 lignes (9 mm) de largeur, chacune fixée à chaque extrémité au sabot par deux petits clous. On ensabote ainsi obligatoirement les boulets depuis 1772 : cette méthode abîme moins la pièce dans la mesure où le boulet et son sabot forme comme un cylindre qui glisse le long de l’âme et ne fait pas éprouver à celle-ci les chocs violents qui ont lieu avec les boulets roulants, chocs qui ont pour effet de mettre la pièce hors service à bref délai.

Le sachet en toile de serge, dont les bords se fixent par un double cordon au sabot, contient la poudre de propulsion selon des proportions déterminées. La toile doit être d’un tissage bien serré afin que la poudre ne tamise pas. On a fait le choix de la serge dans la mesure où ce textile ne charbonne pas en brûlant, comme le faisait le parchemin, évitant ainsi les accidents au moment du rechargement. Ce sachet, le sabot et le boulet constituent ensemble une cartouche d’artillerie ou une cartouche à boulet.

La charge de poudre, pour le canon de bataille, est d’un poids égal au tiers du boulet. Cette quantité de poudre est fixée. Dès lors, pour atteindre la distance voulue, le canonnier doit pointer sa pièce. De quoi s’agit-il ? Pour répondre à cette question, il nous faut aborder quelques notions de balistique :

Quelques notions de balistique

Pointer une pièce consiste à la diriger et à l’incliner de manière que le projectile aille frapper le but qu’on veut atteindre.

Diriger une pièce, c’est la placer de manière que l’œil du pointeur, le point le plus élevé de la culasse et celui du bourrelet (représenté par un grain dans le système Gribeauval) soient avec le but sur une même ligne droite : c’est la ligne de mire naturelle.

Le grain de mire de « La Baleine »

L’axe de la pièce est une ligne droite imaginaire passant par le milieu de l’âme dans toute sa longueur ; cette ligne prolongée à l’infini s’appelle ligne de l’axe

Mais, dans les canons, le diamètre de la plate-bande étant plus grand que celui du renflement du bourrelet, la ligne de mire est inclinée sur la ligne de l’axe et la rencontre en avant de la bouche.

Par ailleurs, le boulet est lancé hors de la pièce dans la direction de l’axe ; mais comme il tend, par gravité, à se rapprocher de la terre, en même temps qu’il est poussé en avant par la force de la poudre, il est à chaque instant écarté de la ligne de l’axe et finit par toucher à terre. Il suit donc une ligne courbe que l’on appelle ligne de tir ou trajectoire.

La trajectoire se confond un moment avec la ligne de l’axe, puis passe avec elle au-dessus de la ligne de mire, à peu de distance de la bouche du canon, puis vient la couper une seconde fois en un point donné pour se retrouver au-dessous. Ce point donné est le but en blanc. La distance entre le canon et le but en blanc est nommée portée de but en blanc.

On a pu déterminer expérimentalement la portée de but en blanc des pièces qui nous intéressent, à charge de guerre réglementaire et la ligne de mire naturelle étant horizontale :

 

Portées de but en blanc

Canon de 12

270 toises

526,5 m

Canon de 6

260 toises

507,0 m

 

De quoi il découle que, pour pointer une pièce de but en blanc, le pointeur dirige la pièce, la crosse étant bien posée, en lui donnant, au moyen de la vis de pointage, une inclinaison telle que la ligne de mire aboutisse au but. Si ce but est plus éloigné et que l’artilleur ne modifie pas son réglage, le projectile aboutirait trop près. Pour pouvoir l’atteindre, il faudra élever la ligne de tir, ce qui aura pour effet d’éloigner le point où la ligne de tir rejoint la ligne de mire. Pour élever la ligne de tir, le canonnier doit élever la volée. Le canon étant posé en équilibre par ses tourillons, le fait d’élever la volée fait baisser la culasse. On mesure cet abaissement avec la hausse de pointage graduée qui sert donc à relever la ligne de mire.

Vis de pointage et manivelle

Dès lors, pour pointer un objet situé au-delà du but en blanc, le pointeur dispose d’abord la pièce comme pour le but en blanc, place la hausse au nombre de lignes indiqué par le chef de pièce et, par le moyen de la vis de pointage, baisse la culasse jusqu’à ce que, visant par le cran situé à la partie supérieure de la hausse et le grain du bourrelet, son œil rencontre de nouveau le but. Le chef de pièce indiquera deux lignes de hausse pour chaque 50 mètres au-delà du but en blanc.

Le point à battre peut aussi être plus proche que le but en blanc. Dès lors, en pointant avec la ligne de mire naturelle, le projectile passerait au-dessus du but et irait frapper trop loin. Il faut donc pointer en dirigeant la ligne de mire au-dessous du point à battre. Or la hausse n’est pas prévue pour cela. C’est donc l’expérience qui guidera le canonnier. La règle est que pour chaque 20 toises (environ 400 m) en deçà du but en blanc, il faut pointer un pied (environ 33 cm) en dessous jusqu’à la moitié de la distance du but en blanc où l’on pointera le plus bas possible ; à partir de cette moitié, il faut diminuer d’un pied l’abaissement, à mesure que le but se rapproche de vingt toises de la pièce.

Comme on le voit, tout cela n’est pas très simple. L’officier de pièce avait intérêt à être doué dans la difficile science d’évaluer les distances. Mais l’expérience aidant, on a pu établir des tables qui lui facilitaient un peu le travail. Voici une table de tir pour les pièces de campagne qui nous intéressent. Dans les colonnes intitulées « Distance de la batterie au but », on peut voir le nombre de lignes de hausse à reporter sur la hausse graduée. Les trois dernières colonnes indiquent le nombre de pieds qu’il faut pointer au-dessous du but en blanc.

 

Calibres

Charges de poudre

Vitesse initiale

Distance de la batterie au but en mètres et lignes de hausse correspondant

kg

livres

 

1000

900

800

700

600

500

400

300

200

12

1,958

4

419 m/s

20

14

10

6

3

0

-3

-6

-9

6

0,979

2

416 m/s

22

17

13

9

5

1

-2

-4

-6

Obusier 6’’

0,642

17 on

170 m/s

46

36

28

28

12

 

La cartouche ou boîte à balles

La cartouche à balles est un cylindre creux du calibre de la pièce à tirer, contenant des balles en fer battu et qu’on fixe à un sabot. Le cylindre est en fer-blanc ordinaire, flexible, dont le diamètre extérieur est égal à celui du boulet. Ils sont fermés par le bas par un culot en fer un peu plus épais sur lequel sont rangées les balles. Pour les cartouches dites de grand calibre, celles-ci sont rangées en cinq couches de sept balles et une de six balles, ce qui donne un total de 41 balles. Les cartouches de petit calibre contiennent 112 balles en 12 couches. Ces petites balles portent aussi le nom de « biscayen ». Cette munition fonctionnait à la façon des cartouches de chasse, s’ouvrant en gerbe à la sortie du canon. Elle était extrêmement meurtrière à une distance d’environ 200 mètres mais pouvait porter jusqu’à plus de 400 mètres.

On trouve souvent sous la plume des auteurs les expressions « tirer à mitraille » ou « boîte à mitrailles ». C’est une impropriété : ces expressions ne devraient s’appliquer qu’à des cartouches remplies d’éclats de métal sans forme. Or, en 1815, il n’existait pas de telles munitions dans les parcs d’artillerie français.

L’obus

L’obus est un projectile sphérique creux rempli d’une charge de poudre mise à feu par une fusée. Le réglage de cette fusée doit lui permettre d’exploser au moment de l’impact, fractionnant l’enveloppe en multiples éclats extrêmement meurtriers.

L’obus de 6 pouces mesure 162 mm de diamètre et pèse de 10,76 kg à 11,75 kg (22 à 24 livres). L’enveloppe est épaisse de 25 mm et elle contient  de 0,367 kg à 0,489 kg de poudre (12 à 16 onces). Le diamètre de la lumière – qui permet d’adapter la fusée – est de 25 mm.

L’obus de 5 pouces et demi – dit aussi de 24 – fait 148,3 mm de diamètre, pèse de 6,36 kg à 6,85 kg (13 à 14 livres). L’enveloppe est épaisse de 16,9 mm et elle contient 0,305 kg à 0,520 kg de poudre (de 10 à 17 onces). Diamètre de la lumière : 22,5 mm.

Le principal inconvénient de l’obus, à l’époque dont nous parlons, était que la fusée avait tendance à sortir de son logement lors du tir. Des recherches étaient encore en cours afin d’y pallier, mais rien n’était encore décidé. En Angleterre, on proposait de tarauder les lumières et d’y visser des fusées en bois.

Le shrapnel

Le Dictionnaire de l’Artillerie du colonel Cotty ignore superbement le mot « schrapnel ». Il parle d’ « obus à la spartelle ». Il est vrai que cette munition n’existait pas en France. Mais notre paragraphe à propos de la cartouche à balles nous incite à en parler ici, dans la mesure où on a souvent confondu cette dernière avec le « spherical case shot » des Anglais, lui réellement bien présent à Waterloo.

Il s’agit de l’invention du lieutenant Henry Shrapnel qui, en 1784, frappé par l’efficacité de la boîte à balles mais aussi par sa faible portée, entreprit des recherches afin d’en allonger l’efficacité. Jusque-là, outre la boîte à balle, les artilleurs n’utilisaient que le boulet plein et l’obus. Shrapnel se demanda s’il n’était pas possible de combiner les deux. Il ne s’agirait donc que de produire des boulets creux, de les remplir de poudre et d’y adapter une fusée que l’on règlerait de manière à ce que le projectile explose en l’air, fragmentant l’enveloppe et faisant de chacun des éclats ainsi produits un projectile dangereux. Ce n’étaient donc rien d’autre que des obus de petits calibres. Les essais démontrèrent rapidement que ce n’était pas possible : si l’enveloppe était assez épaisse pour résister au choc produit au départ du coup, elle l’était trop pour se fragmenter en vol. Si, au contraire, elle ne l’était pas assez, la charge d’explosif risquait de prendre feu lors du départ du coup et risquait de faire sauter la pièce… Il fallait donc que la charge de poudre « embarquée » soit suffisamment réduite pour ne pas exploser dans le canon. Mais alors, elle n’était plus suffisante pour faire éclater l’enveloppe en vol. Shrapnel eut donc l’idée de remplir son boulet creux d’un mélange de poudre et de balles de fusil. La fusée mettant le feu à la charge de poudre, l’enveloppe éclaterait, libérant les balles qui produiraient leur effet meurtrier. Mais attention, il ne s’agissait que de déchirer l’enveloppe en vol, les balles continuant leur trajectoire suivant la force acquise lors du tir. La charge de poudre n’avait donc aucun effet propulsif. 

Il fallut attendre 1803 avant que l’invention du lieutenant Shrapnel – entre-temps pourvu d’un brevet de major – soit assez au point pour être adoptée par l’artillerie britannique. Et elle fut dans l’enthousiasme… Le premier emploi connu de la nouvelle munition date de 1804 lorsque les Britanniques assiégèrent Fort Amsterdam au Surinam. Le futur duc de Wellington l’utilisa dans la Péninsule ibérique dès 1808 et ne tarit pas d’éloge sur cette nouveauté. 

Le shrapnel est donc une sphère métallique creuse contenant une charge explosive et un certain nombre de balles de fusils (de 27 à 85 pour le canon de 6 livres, de 41 à 127 pour le « 9-Pounder », et 153 pour l’obusier de 8 pouces et demi). Une fusée détermine le moment de l’explosion qui survient lorsque le projectile est en l’air. Bien utilisé – le réglage de la fusée est une opération délicate – le shrapnel disperse ses projectiles sur une bande de terrain de 90 mètres de profondeur lorsqu’on le tire de 900 mètres. L’effet en est terrifiant. Non seulement, chacune des balles porte, mais encore, psychologiquement, la « victime » d’un tel tir ne se sent nulle part à l’abri de cette munition dont on ne sait pas d’où elle vient.

Le service d’un canon de 6 livres

Personnel

Il faut 10 hommes pour servir une pièce de 6 :

          2 canonniers
          2 premiers servants
          2 seconds servants
          2 troisièmes servants
          2 quatrièmes servants

Les troisièmes servants peuvent être des fantassins réquisitionnés dans l’unité d’infanterie la plus proche.

Matériel

Le matériel nécessaire est composé de :

          Un écouvillon à hampe droite portant un refouloir
          Deux leviers de pointage
          Un seau d’affût
          Un coffret
          Une prolonge
          Quatre bricoles
          Deux sacs à munitions
          Un étui à lances
          Un porte-lances
          Un sac à étoupilles
          Un dégorgeoir
          Un doigtier.

La manœuvre

 

Le service d’un canon de 6 livres

 

Lorsque la pièce est amenée à pied d’œuvre sur son avant-train, et lorsque l’ordre « A vos postes ! » est donné, les canonniers et servants sont placés à droite et à gauche, sur deux lignes parallèles à la pièce dans l’ordre suivant :


A GAUCHE

 

·         1er servant, à la hauteur de la bouche de la pièce, 18 pouces hors de l’alignement des roues, faisant face à la pièce, chargé d’un sac à munitions et d’une bricole.
·         2e servant, chargé du sac à étoupille, du dégorgeoir et d’une bricole, à hauteur de la fusée de l’essieu.
·         Canonnier chargé du doigtier, à hauteur du bouton de la pièce.
·         3e servant, chargé d’un sac à munitions, à hauteur du bout  du timon
·         4e servant, muni d’un sac à charge pour porter les munitions à la pièce.

 


A DROITE

 

·         1er servant, à hauteur de la bouche de la pièce, 18 pouces hors de l’alignement des roues, chargé d’une bricole 

·         2e servant, chargé de l’étui à lance, du porte-lance et d’une bricole, placé à la hauteur de la fusée de l’essieu.
·         Canonnier à la hauteur du bouton de la pièce.
·         3e servant, à hauteur du bout du timon
 
·         4e servant, chargé de la surveillance de l’avant-train et du coffret.

 

Les sacs à munitions et l’étui à lances sont placés en-dessous des bricoles et pendants à gauche ; le sac à étoupilles est porté en ceinture ; toutes les bricoles sont pendantes à droite.

S’il s’agit de déplacer la pièce, toujours sur son avant-train, à l’ordre « En avant ! », le canonnier de gauche détache un levier et le porte au bout du timon ; le canonnier de droite s’y porte de son côté, dispose les chaînes d’attelage avec lesquelles il forme deux boucles en dessus ; celui de gauche y introduit son levier par le petit bout jusqu’à son milieu, le fixe « en galère », c’est-à-dire perpendiculairement au timon, et s’y place contre le timon en face du canonnier de droite. Les troisièmes servants se portent à l’aide des canonniers aux extrémités du levier ; les premier servants accrochent leur bricole à la flotte à crochet, et les seconds servants au double crochet de la crosse, ceux de droite de la main droite, ceux de gauche de la main gauche, et tendent leur bricole.

A l’ordre « Marche ! », les canonniers et servants font effort et prennent la direction qui leur est indiquée par le commandant de pièce, les premiers et seconds servants ayant la main qui est du côté de la pièce, sur leur bricole.

A l’ordre « Halte ! », les canonniers et servants s’arrêtent ; les premiers et seconds servants tendent sur leur bricole.

A l’ordre « A vos postes ! », les premiers et seconds servants de droite pivotent sur leur gauche et décrochent leur bricole de la main gauche ; ceux de gauche font l’inverse ; le canonnier de gauche reporte le levier à sa place et chacun reprend son poste comme au début.

Si la pièce est en position correcte, on donne l’ordre : « Ôtez l’avant-train ! ». Le quatrième servant de droite soulève le bout du timon ; le canonnier de droite décroche la chaîne d’embrelage et soulève la crosse à l’aide du canonnier de gauche, placé, ainsi que lui, contre le flasque. Dès que la cheville ouvrière est hors de la lunette, on fait avancer l’avant-train de quatre pas et l’on pose la crosse à terre. Les canonniers enlèvent alors le coffret et le placent sur l’avant-train, que l’on conduit aussitôt vingt pas en arrière. Le second servant de gauche détache les leviers de pointage, en passe un au second servant de droite, et les place aux anneaux de pointage.

Les leviers sont en bois et sont longs de 2,10 mètres ; ils sont arrondis sur le bout que l’on tient en main et taillés à arêtes à l’autre extrémité et servent à toutes les manœuvres de force. Les leviers de pointage sont plus courts (1,78 m) et d’une finition plus soignée ; on en introduit deux dans les anneaux fixés sur l’entretoise de lunette des affûts de campagne lorsque la pièce est en action. Le canonnier se place entre les deux leviers pour diriger la pièce. Sur le cintre des flasques, on place encore deux leviers dans les anneaux de manœuvre. Lors du transport, ces derniers leviers sont fixés dans les anneaux carrés de l’affût, sur le flasque gauche.

Le second servant de droite ôte la clef du crochet à fourche qui retient les écouvillons et refouloirs attachés au flasque de la pièce et le premier servant de droite prend l’écouvillon.

L’avant-train étant parvenu à la distance indiquée, on le tourne par la gauche pour placer le timon du côté et en direction de la pièce.

Si la pièce est arrivée sur le terrain par derrière la ligne qu’elle doit occuper en batterie, on commande : « En batterie ! », on ôte l’avant-train, comme ci-dessus. Dès qu’il a reçu le coffret, on le tourne par la gauche pour passer dans l’intervalle et à droite de la pièce ; on le conduit à 20 pas en arrière. Aussitôt qu’il a dépassé la pièce, les canonniers se portent aux leviers de pointage ; les premiers et seconds servants aux roues ; on tourne la crosse par la gauche pour lui faire faire une demi-conversion. Cela fait, au commandement « A vos postes ! », chacun reprend son poste de la manière suivante :


A GAUCHE

 

·         1er servant, à hauteur de la bouche de la pièce, 18 pouces hors de l’alignement des roues, faisant face à la pièce.
 
 
·         2e servant, à hauteur du bouton de culasse, faisant face à la pièce, aligné sur le prenier servant et tenant le dégorgeoir de la main droite.
·         Canonnier à hauteur du milieu des leviers de pointage, aligné sur les premiers et seconds servants, faisant face à la pièce et ayant le doigtier au second doigt de la main gauche.
·         3e servant, à hauteur du bout du timon dans le prolongement de la ligne formée des trois précédents, faisant face en avant.
·         4e servant à un pas du troisième.

 


A DROITE

 

·         1er servant, à hauteur de la bouche de la pièce, dix huit pouces hors de l’alignement des roues, faisant face à la pièce et tenant l’écouvillon des deux mains, horizontalement.
·         2e servant, à hauteur du bouton de culasse, faisant face à la pièce, aligné sur le premier servant et teant le boute-feu de la main droite.
·         Canonnier à hauteur du milieu des leviers de pointage, aligné sur les premier et second servants, faisant face à la pièce.
 
·         3e servant, à la hauteur du bout du timon dans le prolongement de la ligne formée par les trois précédents, faisant face en avant.
·         4e servant à un pas du troisième

 

Au commandement « En action ! », le second servant de droite décroche le seau, le pose sous la fusée de l’essieu, allume sa lance, et se place en demi-à-gauche. Les premiers servants écartent vivement, celui de droite la jambe gauche, celui de gauche la jambe droite, se fendent de 18 à 20 pouces environ, plient sur cette partie, et tendent le jarret opposé. Les troisièmes servants se portent au coffret ; celui de droite distribue les munitions au troisième de gauche, qui, après en avoir pourvu le premier servant de ce côté, se place dans le prolongement de la file de gauche à mi-distance de l’avant-train à la pièce, faisant face en avant ; le canonnier de droite, partant du pied droit, se porte entre les leviers de pointage, dirige la pièce, se retire à son poste par un mouvement contraire et fait le commandement : « Chargez ! »

Le canonnier de gauche, partant du pied droit, se porte à la culasse en se fendant de la jambe gauche, bouche la lumière de la main gauche (munie du doigtier), donne les degrés d’élévation de la main droite en tournant la vis de pointage. Les premiers servants se portent à la volée pour charger la pièce.

La pièce se charge de la manière suivante. Lorsque la pièce est commandée « En action ! », les deux premiers servants s’inclinent en avant, le dos trois-quarts tournés à la pièce : celui de droite tient l’écouvillon horizontalement, les bras pendant naturellement. Au commandement « Chargez ! », le premier servant de droite, regarde si le canonnier de gauche a bien bouché la lumière, introduit l’écouvillon dans l’âme de la pièce de la main gauche, l’enfonce de la main droite. Il écouvillonne la pièce de deux tours d’écouvillon dans chaque sens puis ressort l’écouvillon. A ce moment, le premier servant de gauche, qui a reçu la cartouche à boulet, place celle-ci dans la pièce puis reprend sa position d’ « En action ! ». Le premier servant de droite enfonce la charge d’un seul coup en appuyant fortement pour la faire arriver au fond de l’âme, retire son écouvillon d’un seul coup et reprend sa position d’ « En action ! ». Les écouvillons peuvent être à hampe droite : dans ce cas, le premier servant retourne son écouvillon et enfonce la charge au moyen du refouloir, mais toujours d’un seul coup.

Le canonnier de gauche se retire alors. Le second servant de gauche, partant du pied gauche, se porte à la culasse, dégorge de la main droite, c’est-à-dire qu’il enfonce un dégorgeoir – qui est une broche en fer de 4 mm de diamètre et d’une vingtaine de centimètres de longueur, pointue à l’un des bouts et munie d’un manche à l’autre bout – dans la lumière afin de la nettoyer de tout corps étranger et de percer la cartouche. Il place alors l’étoupille de la main gauche, se retire en partant du pied droit et fait signe au second servant de droite qu’il peut mettre le feu. Le coup parti, on recharge la pièce de la même manière, et on continue le feu jusqu’au roulement (de tambour) ou au commandement « A vos postes ! » sur lequel le second servant de droite éteint sa lance, accroche le seau, et chacun reprend son poste.

Pendant l’action, le troisième servant de droite reste à la garde du coffret ; le troisième de gauche remplace, du caisson au coffret, les munitions qui auront été tirées de ce dernier pour le service de la pièce.

Pour remettre la pièce sur son avant-train, au commandement « Amenez l’avant-train ! », le premier servant de droite remet l’écouvillon à son emplacement que le second servant de droite verrouille avec la clef du crochet à fourche. Les quatrièmes servants amènent l’avant-train vers la pièce de manière à ce qu’il soit à quatre pas de la pièce. Les canonniers enlèvent les leviers de pointage et les passent aux deux premiers servants de gauche qui les remettent en place puis retirent le coffret de l’avant-train et le replacent dans de délardement des flasques de la pièce-même. Après quoi, ils soulèvent la crosse. On fait reculer l’avant-train pour pouvoir introduire la cheville ouvrière dans la lunette. Le canonnier de droite accroche la chaîne d’embrelage, et chacun reprend le poste qu’il occupait tout au début de la manœuvre. Il peut arriver que l’on doive faire avancer la pièce sur le terrain. Dès lors, on fera passer par la droite l’avant-train quatre pas en avant de la bouche de la pièce. Les canonniers se portent aux leviers de pointage, les premiers et seconds servants aux roues et on tourne la crosse par la gauche pour la charger sur l’avant-train comme on vient de l’indiquer.

Le service d’un canon de 12 livres

Personnel

La pièce de 12 nécessite quinze hommes :

          2 canonniers
          2 premiers servants
          2 seconds servants
          2 troisièmes servants
          2 quatrièmes servants
          2 cinquièmes servants
          2 sixièmes servants
          1 treizième servant

Matériel

          1 écouvillon à hampe droite et à refouloir
          4 leviers de pointage
          1 seau d’affût
          1 coffret
          1 prolonge
          8 bricoles : 4 longues et 4 courtes
          3 sacs de munitions
          1 étui à lances
          1 sac à étoupilles
          1 porte-lances
          1 dégorgeoir
          1 doigtier

La manœuvre

Lorsque la pièce est amenée à pied-d’œuvre sur son avant-train, au commandement « A vos postes ! », son équipage prend la position suivante :

Position de l’équipage « A vos postes ! »

 

A GAUCHE

 

·         1er servant, à la hauteur de la bouche, 18 pouces hors de l’alignement des roues, faisant face à la pièce, chargé d’une bricole longue.
 
·         2e servant, chargé du sac à étoupilles et du dégorgeoir, à hauteur de la fusée de l’essieu.
 
·         Canonnier, chargé du doigtier, à hauteur du bouton de culasse
 
·         3e servant, chargé d’un sac à munitions et d’une bricole courte, à hauteur de l’essieu de l’avant-train.
 
·         4e servant, chargé d’un sac à munitions et d’une bricole longue, à un pas de distance du troisième, du côté du timon
 
·         5e servant, chargé d’un sac à munitions et d’une bricole courte, à un pas du quatrième
·         6e servant, à un pas du cinquième

 

 

A DROITE

 

·         1er servant, à la hauteir de la bouche, 18 pouces en dehors de l’alignement des roues, face à la pièce, chargé d’une bricole longue
 
·         2e servant, chargé de l’étui à lances et du porte-lances, à hauteur de la fusée de l’essieu
 
·         Canonnier, à hauteur du bouton de culasse
 
·         3e servant, chargé d’une bricole courte, à hauteur de l’essieu de l’avant-train.
 
·         4e servant, chargé d’une bricole longue, à un pas du troisième

 
 
·         5e servant, chargé d’une bricole courte, à un pas du quatrième
 
·         6e servant à un pas du cinquième
 
·         13e servant a hauteur du bout du timon
 

 

Les sacs à munitions sont placés au-dessous des bricoles et pendant à gauche ainsi que l’étui à lances ; le sac à étoupilles est porté en ceinture. Toutes les bricoles sont pendantes à droite.

Au commandement « En avant ! » :

Le canonnier de gauche détache un levier et le porte en galère au bout du timon. Le canonnier de droite s’y porte et fixe le levier au moyen des chaînes d’attelage. Tous deux se placent à ce levier contre le timon ; les seconds servants se portent à leur aide en dehors. Les premiers servants accrochent leur bricole à la flotte à crochet ; les troisièmes doublent sur les premiers. Les cinquièmes s’accrochent au double crochet de la crosse ; les quatrièmes doublent sur les cinquièmes. Les deux sixièmes servants sont à la volée et le treizième vient en renfort où cela est nécessaire.

Les commandements « Marche ! », « Halte ! », « A vos postes ! » s’exécutent de la même manière que pour la pièce de 6.

Il s’agit maintenant de faire passer la pièce de l’encastrement de transport à l’encastrement de tir. La pièce est toujours sur son avant-train. Au commandement « Préparez-vous à changer d’encastrement ! », les seconds servants lèvent les susbandes, celui de droite enraye la roue à un rais supérieur ; le canonnier et le premier servant de gauche détachent les leviers, en passent un au premier servant de droite, un au canonnier de droite et en gardent chacun un.

Au commandement « Changez d’encastrement !», le premier servant de gauche introduit son levier par le gros bout dans l’âme de la pièce et l’enfonce jusqu’en son milieu. Le premier servant de droite embarre sous le bouton de culasse ; le canonnier de gauche embarre sous le premier renfort et tous deux soulèvent la culasse avec l’aide des seconds servants. Le canonnier de droite, tournant le dos à l’avant-train, place son levier en rouleau sous le premier renfort et le fait avancer jusqu’au cintre de mire, de manière que l’arrêtoir dépasse le flasque de gauche. Le premier servant de droite place alors son levier en croix sous celui qui est dans la volée. Au commandement « Ferme ! » que fait le canonnier de droite, les servants agissent ensemble avec force mais sans secousse, pour faire descendre la pièce dans l’encastrement de tir. Lorsqu’elle y est parvenue, les troisièmes servants retournent à leurs postes ; les seconds servants placent les susbandes, celui de droite désenraye la roue. Les premiers servants pèsent sur la volée et les canonniers dégagent leurs leviers pour les poser debout contre les bras du coffret ; celui de droite soutient la semelle ; celui de gauche relève la vis de pointage. Les premiers servants reprennent leurs postes en conservant leurs leviers. Les canonniers passent les leurs par le petit bout dans les anneaux carrés de support.

Au commandement : « Ôtez l’avant-train ! », le 13e servant qui est à la garde du coffret soulève le bout du timon, le canonnier de droite décroche la chaîne d’embrelage, soulève la crosse avec l’aide du canonnier de gauche, placé comme lui contre le flasque. Les seconds servants leur viennent en renfort et se placent aux leviers de support entre le flasque et la roue. Dès que la cheville ouvrière est hors de la lunette, on fait avancer l’avant-train de quatre pas et l’on pose la crosse à terre. Les canonniers enlèvent le coffret et le mettent sur l’avant-train  que l’on conduit aussitôt vingt pas en arrière. En même temps, les premiers servants passent leurs leviers aux seconds servants qui les passent dans les anneaux de pointage. Le premier servant de droite prend l’écouvillon que le second détache.

La manœuvre terminée, les hommes d’équipage prennent la position suivante :

 

Position des hommes en batterie

 

A GAUCHE

  • 1er servant, à hauteur de la bouche, 18 pouces en dehors de l’alignement des roues, face à la pièce

 
 

  • 2e servant, à hauteur du bouton de culasse, sur l’alignement du premier servant, face à la pièce, tenant son dégorgeoir à la main droite

 

  • Canonnier, à hauteur du milieu des leviers de pointage sur l’alignement des premier et second servant, face à la pièce, le doigtier au second doigt de la main gauche.

 

  • 3e servant, à hauteur du bout du timon, dans le prolongement de la ligne formée par les trois précédents, face en avant.

 

  • 4e servant, à un pas en arrière du 3e et dans le même prolongement
 

 

  • 5e servant à un pas en arrière du 4e et dans le même prolongement.

 

  • 6e servant, un pas en arrière du 5e et dans le même prolongement

 

 

A DROITE

  • 1er servant, à hauteur de la bouche, 18 pouces hors de l’alignement des roues, face à la pièce, tenant l’écouvillon horizontalement des deux mains.

 

  • 2e servant, à hauteur du bouton de culasse, sur l’alignement du premier servant, face à la pièce, tenant le porte-lance de la main droite.

 

  • Canonnier, à hauteur du milieu des leviers de pointage sur l’alignement des premiers et seconds servants, face à la pièce.

 
 

  • 3e servant, à hauteur du bout du timon, dans le prolongement de la ligne formée par les trois précédents, face en avant.

 

  • 4e servant, à un pas en arrière du troisième et dans le même prolongement.

 

  • 5e servant, à un pas en arrière du 4e et dans le même prolongement.


 

  • 6e servant, à un pas en arrière du 5e et dans le même prolongement.

 

  • 13e servant, garde du coffret, à droite, à hauteur et près du bout du timon.

 

 

Lorsqu’est donné le commandement « En action ! », le second servant de droite décroche le seau, le pose sous la fusée de l’essieu, allume sa lance au boute-feu et se place en demi-à-gauche. Le second servant de gauche pousse les leviers de support vers la droite de l’affût pour se donner la facilité de se porter à la culasse. Le canonnier de droite, partant du pied droit, se porte entre les leviers de pointage, dirige la pièce et se retire par le mouvement contraire. Il fait alors le commandement : « Chargez ! ».

Le canonnier de gauche, partant du pied droit, se porte à la culasse, se fend de la jambe gauche, saisit la vis de pointage de la main droite, donne les degrés d’élévation réclamés pendant qu’il bouche la lumière du doigtier qu’il porte à la main gauche. Les premiers servants se portent à la volée et chargent la pièce comme nous l’avons indiqué plus haut. Puis ils se retirent à leurs postes ainsi que le canonnier quand la pièce est chargée. Le second servant de gauche, partant du pied gauche, se porte à la culasse, dégorge de la main droite, place l’étoupille de la main gauche, fait signe au servant de droite qu’il peut faire feu et puis se retire à son poste. Le coup parti, on recharge de la même manière et le feu continue jusqu’au roulement de tambour ou au commandement « A vos postes ! ».

Pendant toute cette action, le 13e servant, garde du coffret, a continuellement distribué les munitions aux pourvoyeurs. Ceux-ci, en commençant par le 3e servant, se portent rapidement vers le 1er servant de gauche pour lui donner les charges. Quand son sac à munitions est vide, il cède la place au 4e servant, ce dernier au 5e servant et ainsi, alternativement, jusqu’à la fin du feu quand le second servant de droite éteint sa lance, accroche le seau et chacun reprend son poste.

Schéma indiquant la manœuvre d’un canon de 12 
à la bricole ainsi que la position des leviers de pointage et de support

S’il faut déplacer la pièce en avant, au commandement : « En avant ! », les canonniers se portent aux leviers de pointage, les seconds servants aux leviers de support ; les premiers servants accrochent leurs bricoles à la tête d’affût ; les troisièmes doublent les premiers, les quatrièmes servants à la flotte au crochet, les cinquièmes doublent sur les quatrièmes ; les sixièmes viennent en aide au seconds servants en se plaçant aux leviers de supports près du flasque. Le 13e servant se prépare à faire faire à l’avant –train le même mouvement que celui de la pièce pour se tenir toujours à 20 pas en arrière de celle-ci.

S’il faut déplacer la pièce en arrière, au commandement « En retraite ! », les canonniers se portent aux leviers de pointage ; les seconds servants se placent aux leviers de support en dehors des bricoles ; les troisièmes servants accrochent leurs bricoles à la flotte au crochet ; les premiers doublent sur les troisièmes, les quatrièmes servants au double crochet de la crosse ; les cinquièmes doublent les quatrièmes, les sixièmes se portent à la volée. Le 13e servant tourne l’avant-train par la gauche et se dispose à lui faire faire le même mouvement que celui de la pièce.

Quand on veut raccrocher la pièce à son avant-train, au commandement « Amenez l’avant-train ! », le premier servant de droite remet l’écouvillon à sa place, le second servant le fixe. Les canonniers ôtent les leviers de pointage, les passent aux seconds ; celui de gauche les remet dans l’anneau carré avec l’aide du premier. Le 13e servant amène l’avant-train vers la pièce, en obliquant un peu à droite de manière qu’en le tournant par la gauche, il se trouve vis-à-vis et à quatre pas en arrière de la crosse. Les canonniers prennent le coffret sur l’avant-train et le replacent dans le délardement des flasques. Avec l’aide des seconds servants placés aux leviers de support entre la flasque et la roue, ils soulèvent alors la crosse et on fait reculer l’avant-train pour pouvoir introduire la cheville ouvrière dans la lunette. Le canonnier de droite accroche la chaîne d’embrelage ; le second servant de gauche ôte les leviers de support, les remet à leur place, et chacun rejoint son poste de départ.

Si le déplacement de la pièce est plus important, on doit la changer d’encastrement. L’ordre donné est alors « Amenez l’avant-train et changez d’encastrement ! ». Dans ce cas, les seconds servants ne replacent pas les leviers de pointage dans l’anneau carré mais les passent aux premiers servants. On amène l’avant-train, on charge la pièce dessus de la manière qu’on vient de décrire. Dès que la pièce est accrochée, les seconds servants ôtent les susbandes, celui de droite enraye la roue aux rais d’en bas. Les canonniers prennent chacun dans les anneaux de support un levier par le gros bout et les posent debout contre les bras du coffret. Le premier servant de gauche en prend un et l’introduit dans l’âme de la pièce. Le premier servant de droite, ayant la main droite sur le bourrelet, appuie en même temps que celui de gauche sur la volée pour soulever la culasse. Le canonnier de droite soulève la semelle, celui de gauche abat la vis de pointage et l’appuie contre l’entretoise de support. Le canonnier de droite, tournant le dos à l’avant-train, place son levier en rouleau sous le premier renfort et le fait avancer jusqu’au-delà du cintre de mire de manière que l’arrêtoir  dépasse le flasque de gauche. Le canonnier de gauche introduit le petit bout du sien dans l’anse droite de la pièce. Le premier servant de droite place le sien en croix sous celui qui est dans la volée. Les seconds et troisièmes servants viennent en renfort aux premiers, ceux de gauche au levier qui est en croix, le troisième de droite à celui qui est dans la volée. Au commandement « Ferme ! » fait par le canonnier de droite, tous les servants agissent ensemble et font remonter la pièce dans l’encastrement de route. Les tourillons parvenus à hauteur de leur encastrement, les troisièmes servants retournent à leur poste. Le canonnier de gauche embarre sous le premier renfort et le premier servant de droite sous le bouton ; ils soulèvent la culasse avec l’aide des seconds servants ; le canonnier de droite dégage son levier et l’on descend la pièce dans ses encastrements. Les seconds servants placent les susbandes, celui de droite désenraye la roue. Le canonnier et le premier servant de droite passent leurs leviers au canonnier et au premier servant de gauche qui les placent avec les leurs dans l’anneau carré porte-armement.

Quelques éclaircissements utiles aux « reconstiteurs »…

Comme on le constate, rien n’est laissé au hasard et chaque homme sait exactement ce qu’il a à faire au moment où il doit le faire. Lors des reconstitutions, on voit souvent des équipes hésiter ou discuter ou encore se préoccuper de choses étrangères à la manœuvre. Un petit tour sur Youtube est très instructif à cet égard. C’est ainsi que deux petits films montrent la mise en œuvre d’une pièce de 8 [11] dans la Cour des Invalides, lors de la fête de la Sainte-Barbe 2010.

Paris, Cours des Invalides, Sainte-Barbe 2010

Vidéo YouTube

Et l’on doit constater plusieurs détails de nature à faire se dresser les cheveux sur la tête des spécialistes. C’est ainsi qu’au moment de décrocher la pièce de son avant-train, les servants déplacent la pièce et non l’avant-train qui, dans un premier temps, doit règlementairement se déplacer de quatre pas sans que la pièce ne bouge. Après quoi, les servants retirent le coffret de l’affût et le posent à terre au lieu de le placer sur l’avant-train. C’est une hérésie : le règlement prévoit bien que c’est sur l’avant-train que se place le coffret. Notons bien que cette erreur se retrouve très souvent sur les modèles réduits… Après quoi, seulement, l’avant-train doit s’éloigner de 20 pas. Or le fait d’éloigner le coffret de 20 pas a, bien entendu, une raison : il s’agit d’éviter qu’accidentellement, un choc ou une flammèche vienne mettre le feu et provoquer une explosion du coffret. Autre erreur constatée : l’écouvillon est tenu (de manière non réglementaire : l’écouvillon à la verticale au lieu d’être tenu à deux mains à l’horizontale) par le 1er servant de gauche, alors que le règlement précise bien qu’il est aux mains du 1er servant de droite. Le 1er servant de gauche a pour fonction d’introduire la charge dans la bouche du canon. Rien d’autre… Ces erreurs sont d’autant plus regrettables que cette pièce  est censée être mise en batterie par des élèves de l’Ecole d’Application de l’Artillerie de Draguignan… Nous laisserons aux amateurs le plaisir de découvrir d’autres erreurs plus ou moins vénielles.

Le recul

Remarquons aussi que les pièces, à chaque coup, subissent un recul important. Nos contemporains réalisent assez peu ce que signifie ce détail. En effet, il ne nous est pas souvent donné de voir opérer une pièce d’artillerie de l’époque napoléonienne. Quelquefois, lors de reconstitutions ou de bivouacs, quelques courageux amateurs passionnés – mais souvent mal informés – mettent en œuvre l’une ou l’autre pièce. Mais, naturellement, ils tirent à blanc… Et le fait de ne pas charger de boulet annule l’effet de recul, puisque celui-ci est provoqué par la résistance du boulet et de son sabot à la charge propulsive. Par ailleurs, un certain nombre de films (ou de séries télévisées) nous ont également montré des canons de l’époque à l’œuvre. Il est d’ailleurs incompréhensible que les conseillers techniques que l’on utilise à grand frais sur ces productions n’aient presque jamais eu le bon sens d’aviser les réalisateurs qu’un canon de 12 n’était pas un pistolet à eau… A notre connaissance, la meilleure reconstitution où nous ayons eu l’occasion de voir l’effet réel du recul se trouve dans le film de Tony Richardson (1969) « La Charge de la Brigade légère » :

Extrait du film « La Charge de la Brigade légère »

Une pièce de 12, chargée au maximum de poudre, pouvait avoir un recul de 15 pieds 8 pouces, soit environ 1,86 m ! C’était d’ailleurs un des reproches majeurs faits au canon de Gribeauval et cela tenait au fait que l’allègement des affûts diminuait naturellement l’inertie des pièces. L’allègement des charges de poudre consécutif aux travaux de Bélidor avait déjà permis de réduire le recul. Mais celui-ci restait considérable et on n’y avait pu trouver aucun remède. Il était hors de question de fixer l’affût au sol, les chocs violents dus au recul l’auraient renversé ou, au moins, l’auraient rapidement démantibulé. Il était hors de question d’enrayer les roues, elles auraient été brisées aux premiers coups. Il a donc fallu se résoudre à en rester à la vieille habitude de remettre les pièces en ligne après chaque coup tiré. Cette opération se faisait en utilisant les leviers de support, ceux de pointage, les poignées de crosse et les roues. En cas de besoin, on pouvait recourir aux bricoles. Tous les servants sauf les premiers, le treizième (dans le cas d’une pièce de 12) et les canonniers pouvaient être appelés à participer à la manœuvre. Le commandant de batterie pouvait d’ailleurs réquisitionner des hommes dans l’unité d’infanterie la plus proche afin de venir en aide à l’équipage ou de remplacer l’un des servants mis hors combat.

Quelques accessoires

Le seau que l’on décroche au moment de mettre la pièce en batterie et que l’on place sous la fusée de l’essieu a posé des questions : à quoi pouvait servir cet ustensile ? Bien entendu, il est prévu qu’il soit rempli d’eau. Quoique ce ne soit pas expressément mentionné dans le règlement, il est recommandé au servant qui manie l’écouvillon de le tremper dans l’eau avant de le passer dans la pièce. Cela a pour effet d’éteindre les particules de braise qui seraient restées dans l’âme et qui risqueraient d’enflammer la charge au moment du rechargement. L’écouvillon est composé d’une tête cylindrique garnie de soie de porc (de peau de mouton chez les Britanniques) et d’une hampe en bois de frêne ou de chêne. La hampe de l’écouvillon des canons de campagne porte aussi un refouloir.

Ces flammèches sont la hantise des artilleurs : il peut s’agir de filaments de serge provenant des sachets de cartouche, mais aussi de particules de poudre mal enflammées. Le mouvement de la cartouche quand on l’introduit dans l’âme du canon créerait un courant d’air avec la lumière. Ce courant d’air pourrait raviver des particules mal éteintes et faire sauter la charge de poudre : c’est la raison pour laquelle un canonnier dispose d’un doigtier en cuir, garni de crin ou de bourre, dans lequel il met deux doigts de la main et qu’il utilise pour boucher la lumière au moment ou le premier servant de gauche introduit la cartouche à boulet dans le canon et pendant que le premier servant de droite la refoule au fond de l’âme du canon. Le règlement prévoit d’ailleurs que le premier servant garde un œil sur le canonnier portant le doigtier avant de refouler la cartouche.  Il est à remarquer que le règlement prévoit aussi que ce refoulement doit se faire en un coup et non en deux ou trois comme on le voit parfois faire lors des reconstitutions. La différence de calibre entre l’âme de la pièce et la cartouche à boulet (le vent) est précisément destinée à faciliter cette manœuvre. Des artilleurs bien entrainés et suivant les prescriptions réglementaires étaient capables de charger une pièce de 12 en une minute. Les « champions » arrivaient à tirer deux coups à la minute !

Le porte-lance est un cylindre creux en tôle d’environ 30 centimètres de long. Ses deux bouts sont fendus sur les deux bouts qu’une virole vient resserrer. A un bout est fixé un bâton, à l’autre la lance à feu. La lance à feu est une espèce de fusée à combustion lente. En fait, il s’agit d’un petit tube en papier blanc que l’on a rempli de poudre fine bien tassée et qui, humecté à l’huile de lin, brûle pendant 12 minutes. On allume la lance à feu à un boutefeu en fourche qui porte deux mèches, que l’on plante en terre entre deux pièces et qu’on allume dès l’arrivée sur l’emplacement de tir [12]. Le maniement de la lance à feu est assez périlleux. La poudre fulminante fournit en effet des étincelles et non une flamme continue. Lorsque l’ordre de cesser le feu est donné, le servant chargé du porte-lance doit couper la lance à feu au moyen d’une sorte de sécateur afin d’éviter tout accident mais aussi le gaspillage

On se souvient que Gribeauval, visitant l’artillerie autrichienne, avait remarqué l’emploi d’étoupilles métalliques qui remplaçaient les mèches pour la mise à feu des canons. Cette innovation ne fut pas adoptée en France, mais on remplaça la mèche par des roseaux remplis de poudre fulminante. Ces roseaux restèrent très longtemps en service dans la marine. Les mèches continuèrent à servir à mettre le feu aux fusées. Mais l’artillerie de campagne utilisa surtout des petits tubes, en papier graissés à l’huile de lin et remplis de poudre fulminante bien tassée, identiques à la lance à feu décrite plus haut mais de dimension plus modeste. Une fois la pièce chargée, le  2e servant de gauche devait donc introduire le dégorgeoir – sorte de poinçon – dans la lumière, percer assez profondément le tissu de la gargousse puis introduire son étoupille de manière à ce qu’elle y pénètre. Cette double opération terminée, il faisait signe au 2e servant de droite que la pièce était prête à être tirée.

Le service d’un obusier

Les opérations pour charger un obusier sont essentiellement les mêmes que pour charger un canon. Toutefois, l’opération est un peu plus délicate. Il n’y a en effet pas de cartouche à obus. Et il faut régler la fusée de l’obus en même temps que l’on charge.

Le service d’un obusier requiert 13 hommes dont les fonctions sont semblables à celles de l’équipage d’un canon de 12. Néanmoins, les canonniers portent ici le nom de « bombardiers »

Tout d’abord, on bouche la lumière au moyen du doigtier. On place la gargousse de poudre dans la chambre en refoulant légèrement ; le premier servant de gauche décoiffe la fusée et introduit l’obus par-dessus la poudre en plaçant l’œil exactement dans la direction de l’axe.

Les chevaux

Toutes les voitures de l’artillerie de campagne française sont tractées par des chevaux. Les mules sont réservées à l’artillerie de siège. Bien entendu, pour être « engagés » dans l’armée, ces chevaux doivent répondre à un certain nombre de critères. Tous devront être étoffés et de bonne conformation. Les chevaux destinés à servir de monture aux canonniers seront plus légers d’allure que ceux destinés à l’attelage des voitures qui auront plus de coffre, plus d’épaules et dont les membres seront plus gros.

Les chevaux d’artillerie devront être sains, de bonne conformation, exempts de tares, et hors des dangers de la castration. Ils doivent être bons trotteurs et d’une tournure convenable. Quoique le règlement précise que le crin du cheval n’a aucune importance (les chevaux peuvent être « à tous crins »), on évite autant que possible les chevaux blancs ou de robe bigarrée.

Les chevaux de selle des canonniers auront au moins 4 pieds 7 pouces et 6 lignes (1,542 m) et au plus 4 pieds 10 pouces (1,57 m). Les chevaux de trait auront au moins 4 pieds 7 pouces (1,489 m) et au plus 4 pieds 8 pouces 6 lignes (1,53 m) pour l’Artillerie à pied et 4 pieds 8 pouces 6 lignes (1,530 m) à 4 pieds 10 pouces (1,57 m). Sous la Révolution, tous les chevaux, entiers, hongres ou juments, étaient éligibles et on les admettait un peu plus grands : jusqu’à 5 pieds (1,67 m). Ils devaient être âgés de 5 à 6 ans mais on a admis des chevaux jusqu’à 7 ans, notamment pendant les Cent-Jours quand la remonte était plus difficile. Les équipages d’artillerie ne pouvaient pas compter plus d’un quart de juments (non pleines) et les chevaux entiers, quoique s’étant révélés plus résistants, furent progressivement éliminés, le voisinage des juments les rendant plus difficiles à mener.

Chose plus étonnante, l’origine des chevaux était réglementée. Les chevaux d’attelage de l’artillerie à cheval devaient obligatoirement provenir des départements du Calvados, de la Dyle (actuel Brabant), de l’Eure, de la Manche, de la Meuse-Inférieure (actuel Limbourg), de l’Ourthe (actuel Luxembourg belge), de l’Orne ou de la Seine-Inférieure. Ceux de l’artillerie à pied des Ardennes, du Cantal, de la Corrèze, du Finistère, du Morbihan, de la Nièvre, du Nord, du Puy-de-Dôme, des Pyrénées ou de la Haute-Vienne.

Bien entendu, ces bêtes doivent être nourries convenablement. On les nourrira de préférence de graminées comme le blé, l’orge, l’avoine, le seigle, le fromental, le ray-grass, le chiendent. On pourra également leur donner de la luzerne, du trèfle à fleur rouge et du sainfoin. Pois, lentilles, fèves, haricots et vesces sont appréciés par les chevaux ainsi que les carottes, les bettes ou même les pommes de terre. On préférera le foin des pays découverts à celui des bois, celui qui vient à mi-côte à celui des hauteurs et celui-ci à celui des prairies basses. Le foin qui pousse dans l’eau et celui des marais sont dangereux. Le bon foin doit être vert, d’une odeur agréable, légèrement aromatique et fin, il doit être sec et cassant. Quant au foin blanc, jaune, noir, gros ligneux, humide, boueux ou sentant mauvais, il sera éliminé.

La paille doit être d’un jaune doré, ses tuyaux gros et non parsemés de petites taches noires. La paille la plus utilisée est celle du froment, c’est la plus saine et la plus appréciée des bêtes, surtout s’il s’y trouve encore quelques graines… La paille fortifie les chevaux et les rend bien nerveux, ce qui n’est pas le cas du foin qui les endort un peu. Dans la mesure du possible, on évitera la paille hachée qui peut causer des coliques ; on préférera la paille broyée.

L’avoine est le plus nourrissant de tous les aliments à donner aux chevaux, à condition d’éviter avec soin toute avoine germée ou mouillée.

L’eau doit être claire limpide, légère et inodore. L’eau de pluie est parfaite pour les chevaux. En règle générale, on préférera l’eau en mouvement à l’eau dormante, celle des grandes rivières aux eaux de source, celle des étangs à celle des mares et celle des mares à celles de puits. L’eau ne doit pas être trop froide, ni tiède, mais à la température de l’air. Il ne faut jamais faire boire un cheval en sueur. Il faut le faire boire avant l’avoine et on attend trois heures après son repas avant de lui faire faire des exercices violents. Ce qui peut expliquer pourquoi, parfois, l’intervention de la cavalerie a été retardée sur le champ de bataille.

En 1808, la ration était à l’écurie de 8 kilos de foin, 8,5 litres d’avoine, de 5 kilos de foin  et de 6 kilos de paille. En travaillant ou en route : 9 kilos de foin, 9,5 litres d’avoine et si possible de 5 kilos de foin, de 8 kilos de paille et de 9,5 litres d’avoine. Il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce que les cavaliers, à peine arrivés à un lieu de stationnement, se mettent à fourrager dans les environs.

Trains et pontonniers

Derrière chaque compagnie d’artillerie, suivaient des ouvriers spécialisés, forgerons, charpentiers, artificiers ou armuriers, dont la tâche essentielle consistait à entretenir les pièces au parc. Le 18 juin, la plupart de ces ouvriers restèrent au grand parc qui était situé aux environs des Quatre-Bras.

Soldat du train et artilleur de la ligne

Le personnel des trains d’artillerie appartient à une catégorie de personnel injustement méprisé. Le courage et l’habileté des « tringlots » étaient pourtant au moins aussi grands que celui des artilleurs eux-mêmes. Ce sont en effet ces hommes qui montaient les chevaux qui tiraient les canons et leurs caissons sur le champ de bataille. Ils couraient donc exactement les mêmes dangers que leurs camarades canonniers, dont on les distinguait facilement par la couleur de leur uniforme gris fer alors que les artilleurs étaient en bleu. Jusqu’en 1801, le train était assuré par des civils, mais il s’avéra bien vite que cette solution n’était pas fiable et même catastrophique sur le champ de bataille. Le Premier consul forma donc un corps strictement militaire de membres du train qui se montra vite très efficace. Napoléon allait jusqu’à affirmer que cette organisation lui épargnait jusqu’à deux millions par an… En tout cas, il s’en montra assez satisfait pour créer en 1807 le train des équipages qui assurait les mêmes fonctions pour les autres véhicules de l’armée.

Le train d’artillerie était organisé en bataillons, dont les compagnies étaient affectées chacune à une batterie sur une base semi-permanente.

Une compagnie du train d’artillerie dépendait de l’officier commandant la batterie à laquelle elle était affectée et comportait :

·         1 sergent-chef
·         4 sergents
·         1 fourrier
·         4 caporaux
·         24 soldats de 1ère classe
·         60 soldats de 2ème classe
·         2 cordonniers
·         2 fabricants de harnais
·         2 trompettes.

Enfin, un article concernant l’artillerie française sous l’Empire ne serait pas complet sans, au moins, une allusion aux pontonniers.

Ainsi que le dit Adkin, en 1792, lors de la formation de leur corps, les pontonniers constituaient « une collection hétéroclite de mariniers rhénans indisciplinés [13] ». De nos jours, la construction de ponts de bateaux est une tâche attribuée au Génie. Cependant, Napoléon maintint le corps des pontonniers dans l’artillerie du fait que les artilleurs disposaient de ressources plus importantes, de meilleurs ateliers, de plus de chevaux et d’ouvriers très habiles. Il existait trois bataillons de pontonniers, composée de six à quatorze compagnies chacun. Le fait d’arme le plus connu de ces pontonniers est bien sûr le passage de la Bérézina quand ils construisirent dans l’eau glacée les deux ponts qui sauvèrent la plus grande partie subsistant de la Grande Armée en déroute. En 1815, les pontonniers marchèrent en Belgique, mais, du fait que les Français trouvèrent intacts les ponts de la Sambre, ils n’eurent pas à intervenir. Le 18 juin, ils restèrent donc au grand parc d’artillerie près des Quatre-Bras.

L’artillerie française à Waterloo

Nul ne l’ignore, Napoléon était artilleur. C’est du moins ce que son curriculum vitae nous laisse entendre, puisqu’il est censé avoir suivi les cours de l’École militaire de Paris à partir de 1784 et en être sorti sous-lieutenant [14] en octobre 1785 Mais on ne jugea pas utile de lui faire suivre les cours de l’École d’artillerie et on l’expédia avec son épaulette en garnison à Valence. Il considérait d’ailleurs sa vie militaire comme un agréable passe-temps. D’octobre 1785 à juin 1793, il fut régulièrement 30 mois dans son unité et 60 mois en congé… Ceci dit, les auteurs,sans doute influencés par son habileté à Toulon, continuent à nous faire croire que Napoléon était un artilleur de génie. Admettons !

On ne peut toutefois dénier à Napoléon ses facultés d’organisateur et il appliqua ce don à l’artillerie. Dès la première campagne d’Italie, en 1797, il appliqua les principes de Gribeauval dont la priorité absolue était la mobilité, ce qui correspondait fort bien à ce que le jeune général considérait comme un fondement de la stratégie : frapper comme la foudre là où on ne l’attendait pas. L’expression « surprendre l’ennemi en flagrant délit » revient constamment sous sa plume.

Donc, nous disent les auteurs, Bonaparte invente la « blitzkrieg »… Nous ne discuterons pas sur ce fait et nous nous contenterons d’observer que s’il n’en est pas l’inventeur, il s’en sert fort bien. Il y a une nécessité absolue à respecter pour ce type de guerre : ne pas s’encombrer d’un charroi trop important. Napoléon poussera parfois ce principe jusqu’à l’absurde : en juin 1815, les charrois seront laissés à l’arrière rendant impossible les réapprovisionnements. Ainsi le parc d’artillerie français se trouve-t-il aux Quatre-Bras, ce qui semble beaucoup trop éloigné. Les caissons, qui outre les munitions d’artillerie transportaient également celles de l’infanterie, rappelons-le, auraient dû remonter les quelques 10 kilomètres qui les séparaient du parc, en traversant les rues étroites et le pont de Genappe, avant de se réapprovisionner et de refaire le chemin en sens inverse…

Donc, conséquence de ce principe : il faut faire campagne sans avoir recours aux habituels magasins et, par conséquent, l’armée doit se suffire à elle-même. Cela équivaut, si nous comprenons bien, à ce que les auteurs appellent élégamment « vivre sur le pays ». Nous serons moins élégant et nous dirons « vivre sur l’habitant ». Encore plus près de la vérité, nous ajouterons « en pillant ». Ce qui, il faut l’avouer, n’est pas une nouveauté… Cependant, « vivre sur le pays » n’est possible que si l’on évolue avec des unités qui ne dépassent pas les 30 000 hommes. Napoléon découpe donc sa Grande Armée en « corps d’armée » équivalant à cette force et en fait son unité tactique.

Chaque corps d’armée jouit donc d’une relative autonomie et possède son propre état-major et sa propre artillerie. Il marche indépendamment des autres et, de préférence, par des chemins séparés. Cette belle indépendance ne va quand même pas jusqu’à la bataille. Le moment propice venu, Napoléon réunit ses corps d’armée sur un point de concentration. Dès ce moment, ils ne jouissent plus d’aucune autonomie et les chefs de corps d’armée, maréchaux ou lieutenants généraux, redeviennent de simples exécutants.

Chaque corps d’armée est, en principe, constitué de quatre divisions d’infanterie et d’une division de cavalerie légère destinée à éclairer la marche des fantassins. Une division d’infanterie est, toujours en principe, composée de deux brigades de quatre ou cinq bataillons chacune. Chaque division possède une batterie d’artillerie dite « artillerie divisionnaire », composée d’une compagnie d’artillerie à pied (environ 190 hommes) servant 6 pièces de 6 livres et 2 obusiers de 24.

En plus de son artillerie divisionnaire, chaque corps d’armée comporte une réserve d’artillerie de corps, généralement constituée par une compagnie d’artillerie à pied (un peu plus de 200 hommes) servant 6 pièces de 12 livres et 2 obusiers de 6 pouces et par un escadron du train.

A Waterloo, toutefois, le 6e corps, auquel n’est attachée aucune division à cheval, verra son artillerie de corps renforcée par une batterie de 4 pièces de 6 et de deux obusiers de 24  appartenant à l’artillerie à cheval de la Marine.

La plupart du temps, comme à Waterloo, ces batteries divisionnaires sont détachées et réunies pour former une « grande batterie ». Cette masse d’artillerie constitue, à l’époque, le seul garant d’efficacité au niveau de la puissance de feu, compte tenu de la faible portée des pièces.

L’artillerie à pied, peu mobile, occupe généralement une position statique sur le terrain. Par contre, l’artillerie à cheval est souvent appelée à se porter sur un point précis du champ de bataille où la situation est jugée critique. Dans ce cas, elle s’approche rapidement à quelques centaines de mètres des lignes adverses contre lesquelles elle déclenche un tir à mitraille extrêmement meurtrier.

En 1815, chaque corps d’armée compte une division de cavalerie et à chacune de ces divisions apprtient une compagnie d’artillerie à cheval au service de 4 canons de 6 et de 2 obusiers de 24. Petite remarque : la 3e division d’infanterie  qui, le 18 juin, opère du côté de Wavre, s’est vu priver de sa cavalerie divisionnaire (sous Domon) qui combattra à Waterloo de manière autonome.

L’armée du Nord compte également une importante réserve de cavalerie, composée de 4 corps de cavalerie. Chaque corps de cavalerie compte deux divisions et donc deux compagnies d’artillerie au service chacune de 4 canons de 6 et de deux obusiers de 24. Retenons cependant que le 2e corps de cavalerie ne sera pas à Mont-Saint-Jean puisqu’il a été affecté le 17 juin au détachement de Grouchy.

L’artillerie de la garde impériale est organisée de manière un peu particulière. A son état-major est affectée une réserve d’artillerie, composée d’une part l’artillerie à pied de la Vieille Garde (Lallemand) –  trois batteries de 12 (chacune 6 canons de 12 et 2 obusiers de 6). L’artillerie à pied de la Vieille Garde constitue donc la réserve suprême.L’artillerie à cheval de la Vieille Garde est répartie entre les deux divisions (légère et lourde) de cavalerie de la garde : une batterie affectée aux Chasseurs à Cheval de la garde, une au 2e Chevau-légers lanciers, une aux Grenadiers à cheval et une aux Dragons de l’Impératrice.

Pour servir dans l’artillerie à cheval de la Garde, on sélectionnait des artilleurs d’exception au sang-froid à toute épreuve, les risques de capture étant plus grands que dans l’artillerie à pied. C’était aussi dans ces unités que l’on expédiait les éléments les plus turbulents dont on souhaitait se défaire rapidement…

Voici, à titre d’indication, quel était l’effectif d’une compagnie d’artillerie à cheval de 6 livres :

·         1 Capitaine, commandant de compagnie
·         1 Capitaine, commandant en second
·         2 Lieutenants
·         1 Maréchal-des-Logis chef (Sergent-Maître)
·         4 Maréchaux-des-Logis (Sergents)
·         1 Fourrier (sous-officier administratif)
·         4 Brigadiers (Caporaux)
·         4 Forgerons
·         4 Ouvriers (artificiers)
·         34 Canonniers de 1ère classe
·         35 Canonniers de 2ème classe
·         2 Trompettes
·         1 Cordonnier

Total : 4 officiers et 80 sous-officiers et soldats.

L’effectif d’une compagnie à pied de 6 livres est à peu près semblable, si ce n’est que l’on compte 1 chef d’escadron au lieu du capitaine en premier, 6 sergents, 6 caporaux 38 canonniers de 2e classe, 3 trompettes 

Petit détail pittoresque : en principe, tout le personnel d’une batterie de campagne à pied était censé se déplacer à pied, y compris les officiers. Cependant, il était très rare de ne pas voir le commandant de compagnie à cheval : privilège du rang… La technicité de l’arme rendait les promotions beaucoup moins rapide que dans l’infanterie et la cavalerie de telle sorte qu’un règlement prévoyait que les officiers moins gradés, généralement des lieutenants, dont la promotion semblait bloquée, bénéficient du même privilège à partir de l’âge de cinquante ans.

 Lors de la campagne de 1815, pas une seule pièce de 8 ne fut utilisée : l’artillerie française était uniquement composée de pièces de 6 et de 12 livres, quoi qu’osent en dire certains auteurs. Sur le champ de bataille de Waterloo, il y avait 178 canons français – sans compter les obusiers – dont 142 de 6 livres. Avec les obusiers, le total de l’artillerie française se monte à 246 pièces.

Les 22 batteries à pied se composaient chacune de six canons et de deux obusiers, les batteries à cheval de quatre canons et deux obusiers. Une batterie de 6 livres comptait deux obusiers de 5.5 pouces ; une de 12 livres, deux obusiers de 6 pouces. Voici comment étaient distribuées les différentes pièces dans l’armée de Napoléon le 18 juin :

 

Unités

Batteries

6 Lbs

Obusiers 5.5’’

12 Lbs

Obusiers 6’’

Totaux

Garde impériale

13

52

20

18

6

96

1°Corps

6

28

10

6

2

46

2°Corps

5

22

8

6

2

38

6°Corps

6

24

10

6

2

42

3°corps Rés. Cavalerie

2

8

4

12

4°corps Rés. Cavalerie

2

8

4

12

Totaux

34

142

56

36

12

246

 

Il y avait à Waterloo, 22 batteries ou compagnies à pied (174 pièces) et 12 batteries ou compagnies à cheval (72 pièces). En moyenne, il y avait 26 hommes pour servir une pièce alors que les Alliés en employaient 32.

L’artillerie à pied comme l’artillerie à cheval étaient organisées en régiments, chacun avec un commandant et un état-major. A Waterloo, 11 régiments d’artillerie différents étaient représentés mais seuls trois commandants de régiments étaient présents : Lallemand commandait le régiment d’artillerie à pied de la Vieille Garde et Duchand le régiment à cheval. Le commandant du 6e régiment de l’artillerie de ligne était le colonel Hulot (à ne pas confondre avec le général Hulot, commandant la 14e division d’infanterie), un homme d’expérience très courageux dont le nom est commémoré par une stèle à 200 mètres au nord de la Belle-Alliance. Son 6ème régiment d’artillerie à pied fournissait des compagnies à six divisions d’infanterie et la réserve de canons de 12 du 1er corps de Drouet d’Erlon. 

Particularité : le 1er régiment d’artillerie auxiliaire de Marine a fourni deux compagnies à la division des Tirailleurs et Voltigeurs de Jeune Garde et deux compagnies à la division formée par les 3èmes et 4èmes régiments de grenadiers et de chasseurs de la Garde (Moyenne garde). Il y avait à Waterloo une compagnie d’artillerie auxiliaire à cheval de Marine qui fournissait son artillerie à la réserve du 6e corps d’armée.

Notons toutefois que le régiment d’artillerie est une unité strictement administrative comportant jusqu’à 28 compagnies.

 

 

Bibliographie sommaire

 

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Instruction générale sur le service de toutes les bouches à feu en usage dans l’artillerie – Paris, Magimel, 1793.

(Jean Jacques Basilien Gassendi) – Aide-Mémoire à l’usage des officiers d’artillerie de France, attachés au service de terre – 3e édition – Paris, Magimel – An IX, 1802.

(Jean Jacques Basilien Gassendi) – Aide-Mémoire à l’usage des officiers d’artillerie de France, attachés au service de terre – 5e édition – 2 vol. – Paris, Magimel, Anselin et Pochard, 1819.

Jacques Alexandre François Allix – Système d’artillerie de campagne du lieutenant-général Allix – Paris, Anselin et Pochard, 1827.

Christophe Clément – Essai sur l’artillerie à cheval – Pavie, Jean Capelli, imprimeur-libraire, 1808.

Colonel Herman Cotty – Dictionnaire de l’Artillerie – Paris, chez la Veuve Agasse, 1832.

Général Baron Herman Cotty – Supplément au Dictionnaire de l’artillerie – Paris, Librairie militaire d’Anselin, 1832.

Chef de bataillon Jacques-Louis Hulot – Instruction sur le service de l’artillerie, à l’usage des Ecoles militaires établies à Saint-Cyr et à Saint-Germain – Paris, Magimel, 1813.

Charles Victor Thiroux – Instruction théorique et pratique d’Artillerie à l’usage des élèves de l’Ecole militaire de Saint-Cyr – 3e éd. – Paris, Librairie militaire J. Dumaine, 1849.

Louis Napoléon Bonaparte (Napoléon III) et colonel Favé – Etudes sur le passé et l’avenir de l’Artillerie – 4 vol. – Paris, Librairie militaire J. Dumaine, 1863.

Jeff Kinard – Artillery, An illustrated History of its Impact – Santa Barbara (Calfornia), Denver (Colorado), Oxford (England), 2007.

Lieutenant J. (Ignace) Campana – L’artillerie de champagne 1792-1901, études technique et tactique – Paris, Nancy,  Berger-Levrault & Cie, 1901

Bottée et Riffault – Traité de l’art de fabriquer la poudre à canon – Paris, Leblanc, 1811.

J.A. Borgnis – Traité complet de mécanique appliquée aux arts – Paris, Bachelier, 1818.

Emile Marco de Saint-Hilaire – Histoire anecdotique, politique et militaire de la Garde impériale – Paris, Eugène Penaud & Cie, 1847.

Correspondance militaire de Napoléon Ier – 10 vol. – Paris, Plon, Nourrit & Cie, 1897.

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Patrick Facon, Renée Grimaud et François Pernot – Des Armes et des hommes – Evreux, Editions Atlas MMIV, coll. La glorieuse épopée de Napoléon, 2004.

Revue d’artillerie (124 numéros), Paris, Nancy, Berger-Levrault, 1872-1935.